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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2308077

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2308077

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2308077
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, M. A C, représenté par Me Preciozi, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et le Centre Hospitalier (CH) de Salon de Provence à lui verser une provision de 25 000 euros, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, assortie des intérêts à compter de la date d'introduction de la requête et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM et du CH de Salon de Provence une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la dette de l'ONIAM et du CH de Salon de Provence à son égard n'est pas sérieusement contestable ni dans son principe ni dans son montant dès lors que le tribunal de céans les a condamnés à indemniser le préjudice d'affection de ses demi-frères et sœurs du fait du décès de leur mère à hauteur d'une somme totale de 25 000 euros chacun.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Patrick de la Grange, ne s'oppose pas à sa condamnation au versement d'une somme de 12 500 euros au bénéfice du requérant, somme qui doit constituer l'indemnisation définitive du requérant, et conclut au rejet de la demande présentée par l'intéressé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- son obligation indemnitaire doit être limitée à 50% du préjudice de l'intéressé ;

- la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative n'est pas fondée dès lors que M. C indique lui-même que la présente procédure est le fruit d'un oubli des Consorts D dans le cadre de leur requête déposée au greffe du tribunal le 27 aout 2020.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 11 octobre 2023, le Centre Hospitalier de Salon de Provence, représenté par Me Zandotti, conclut à ce qu'il soit donné acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la demande du requérant et au rejet de la demande présentée par celui-ci au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- son obligation indemnitaire s'élève à 50% du préjudice subi par l'intéressé ;

- la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative n'est pas fondée dès lors que la présente procédure est initiée du fait de son " omission par erreur de l'instance principale ".

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Simon, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 2006486 du 20 décembre 2022 dont appel pendant, le tribunal de céans a condamné notamment, d'une part, l'ONIAM et, d'autre part, le CH de Salon de Provence à verser à chaque enfant de Mme B D issus de sa seconde union une somme de 12 500 euros en réparation du préjudice d'affection qu'ils ont subis du fait du décès de leur mère le 15 septembre 2016 à la suite de son opération consistant au retrait d'un anneau gastrique en vue de la réalisation d'une gastrectomie Sleeve prévue le 13 décembre 2016. M. C, fils issu d'une première union de Mme B D, demande au juge des référés de condamner l'ONIAM d'une part et le CH de Salon de Provence à lui verser chacun la même somme de 12 500 euros à titre de provision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

3. Il résulte de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas contesté par le CH de Salon de Provence que, lors de l'intervention du 15 septembre 2016, Mme B D a présenté à la suite de la cinquième tentative d'intubation orotrachéale une lésion trachéale qui aurait dû faire l'objet, devant le tableau de pneumothorax compressif, d'une exsufflation à l'aiguille en attendant la mise en place des drains thoraciques qui n'a eu lieu que 40 minutes après l'établissement du diagnostic du pneumothorax, ce qui n'a pas permis l'amélioration de l'état respiratoire de la patiente, décédée le jour même d'un arrêt cardio-respiratoire. Le CH de Salon de Provence a ainsi commis une faute médicale dans la prise en charge des suites de la lésion trachéale à l'origine d'une perte de chance pour Mme B D d'éviter son décès de 50 %.

4. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que l'intéressée ne présentait aucun signe en faveur d'une intubation difficile alors que l'échec d'intubation survient dans 1 cas sur 2 000 anesthésies programmées et conduit au décès dans 22 % des cas. En outre, la gravité des conséquences médicales de l'intubation ayant causé la lésion trachéale à l'origine de son décès qui constitue un accident médical non fautif est sans commune mesure avec l'état qui aurait été le sien si l'acte médical d'intubation à l'origine de cette lésion n'avait pas été pratiqué. Par suite, les conditions auxquelles les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique subordonnent la réparation par l'ONIAM des conséquences dommageables de l'aléa thérapeutique au titre de la solidarité nationale sont remplies. Il en résulte que le requérant peut prétendre à la réparation par l'ONIAM de la part de son préjudice non imputable aux manquements du centre hospitalier de Salon de Provence estimé responsable à hauteur de 50 % des dommages subis.

5. Dans ces conditions, l'existence et le montant, non contesté en défense de 25 000 euros au titre de son préjudice d'affection, de l'obligation dont se prévaut M. C, enfant mineur vivant au domicile de sa mère à la date du décès de cette dernière, n'est pas sérieusement contestable. Par suite il y a lieu de condamner d'une part l'ONIAM et d'autre part le CH de Salon de Provence à verser chacun au requérant une provision d'un montant de 12 500 euros.

6. Enfin, il n'appartient pas au juge saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative de fixer à titre définitif le montant de l'indemnisation due à un requérant. Par suite, les conclusions de l'ONIAM tendant à ce que la somme de 12 500 euros mise à sa charge constitue l'indemnisation définitive du requérant doivent être rejetées.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

7. En premier lieu, que lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il suit de là que M. C a droit aux intérêts au taux légal à compter, comme il le demande, de l'enregistrement de sa requête, le 30 aout 2023.

8. En second lieu, aux termes de l'article 1154 du code civil : "Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. En l'espèce, M. C a demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête enregistrée par le tribunal le 30 aout 2023. Il suit de là que sa demande tendant à la capitalisation des intérêts doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'ONIAM ou du CH de Salon de Provence une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le CH de Salon de Provence est condamné à verser à M. C une provision de 12 500 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 30 aout 2023.

Article 2 : L'ONIAM est condamné à verser à M. C une provision de 12 500 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 30 aout 2023.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par l'ONIAM est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, au Centre Hospitalier de Salon de Provence et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Fait à Marseille, le 21 novembre 2023.

La juge des référés,

signé

F. SIMON

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

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