lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2309084 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ABEILLE & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, M. B C, représenté par la SELARL Chiche-Cohen, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier (CH) d'Aubagne et le Dr A à lui verser une somme de 18 961,67 euros, en réparation de l'ensemble de ses préjudices ;
2°) de condamner le CH d'Aubagne à prendre en charge les frais d'expertise taxés et liquidés à hauteur de 1 300 euros ;
3°) de mettre à la charge du CH d'Aubagne et du Dr A une somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens comprenant les frais d'expertise.
Il soutient que :
- il a été victime de fautes médicales dans le cadre de sa prise en charge au sein du CH d'Aubagne le 20 avril 2021 à la suite d'une chute ayant engendrée une fracture du fémur gauche avec, notamment, l'utilisation d'un clou fémoral inadapté, aux dimensions insuffisantes, donnant lieu à sa rupture le 27 juin 2021 ;
- en conséquence, il a droit à l'indemnisation de son déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 2 061,67 euros, de ses souffrances endurées à hauteur de 9 000 euros, de ses besoins en assistance par une tierce personne à hauteur de 4 700 euros, de son déficit fonctionnel permanent à hauteur de 2 600 euros et des frais d'assistance à expertise qu'il a engagés pour un montant de 600 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le CH d'Aubagne, représenté par la SELARL Abeille avocats, conclut à la réduction des prétentions indemnitaires du requérant et au rejet de ses demandes formulées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'il ne conteste pas le principe de sa responsabilité fautive au cas d'espèce mais que les prétentions indemnitaires du requérant doivent être ramenées à de plus justes proportions et notamment que l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent ne saurait excéder la somme de 1 200 euros.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire.
Par un courrier du 10 juin 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée, pour partie, sur un moyen d'ordre public, tiré de ce que la victime d'un dommage causé par un médecin intervenant dans un établissement public de santé, conserve la possibilité d'engager une action en réparation en recherchant soit la responsabilité personnelle du médecin exerçant à titre libéral en utilisant les moyens du service public hospitalier, soit, la responsabilité personnelle du médecin en tant qu'agent public, en cas de faute personnelle détachable de l'exercice des fonctions. Dans les deux cas la responsabilité du médecin concerné doit être recherchée devant le juge judiciaire. Par suite, les conclusions de M. C dirigées contre le docteur A doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 30 mai 2023 par laquelle la présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise à la somme de 1 300 euros et les a mis à la charge de M. C.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ludivine Journoud, magistrate rapporteure,
- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a été victime d'un accident de scooter le 20 avril 2021 sur la voie publique, alors qu'il était encore mineur, et a été pris en charge au sein du service des urgences du CH d'Aubagne pour une fracture sous trochantérienne du fémur gauche où il a fait l'objet d'une intervention chirurgicale d'ostéosynthèse, avec plaque et clou fémoral à foyer ouvert, réalisée en urgence par le Dr A le jour-même. Ayant dû faire l'objet d'une nouvelle intervention chirurgicale réalisée à l'hôpital de la Timone le 27 juin 2021 à la suite d'une rupture du clou fémoral posé le 20 avril 2021, et devenu majeur, il demande la condamnation du CH d'Aubagne à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait d'une prise en charge défectueuse par cet établissement.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Seule la responsabilité d'un établissement public d'hospitalisation et non celle de ses praticiens, qu'ils exercent à titre privé ou non, peut être mise en cause devant la juridiction administrative. Par suite, les conclusions de M. C tendant à la condamnation du docteur A doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur la responsabilité du CH d'Aubagne :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction, et principalement du rapport d'expertise, que, d'une part, le clou mis en place lors de l'intervention chirurgicale le 20 avril 2021 était d'un diamètre insuffisant dès lors qu'il ne bloquait pas complètement le foyer de fracture qui montre, après ablation de la plaque d'alignement temporaire, un net déplacement secondaire par rapport à un alignement sur place et, d'autre part, que la technique d'ostéosynthèse par clou fémoral à foyer ouvert utilisée et non à foyer fermé constitue une prise de risque sceptique. Ces manquements techniques fautifs, à l'origine de douleurs invalidantes pour le requérant puis de la rupture du matériel d'ostéosynthèse, ont entraîné une reprise chirurgicale en urgence de remplacement du matériel d'ostéosynthèse réalisée le 27 juin 2021 à l'hôpital de la Timone et sont constitutifs de fautes de nature à engager la responsabilité du CH d'Aubagne.
5. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à engager la responsabilité pour faute du CH d'Aubagne et à obtenir la réparation intégrale de ses préjudices en lien direct et certain avec les fautes techniques en cause.
Sur l'évaluation des préjudices :
6. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de M. C à la suite de l'intervention en litige, non contestée par le CH en défense, doit être fixée au 8 avril 2022.
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M. C a présenté un déficit fonctionnel temporaire total pour la période du 25 au 30 juin 2021, soit 6 jours. Par ailleurs, il a présenté un déficit fonctionnel temporaire à 50% du 1er juillet au 1er septembre 2021, soit 63 jours. Il a ensuite subi un déficit fonctionnel temporaire à 25% du 2 septembre au 2 novembre 2021, soit 62 jours. Et enfin, le requérant a présenté un déficit fonctionnel temporaire à 15% du 3 novembre au 31 décembre 2021, soit 59 jours. Il sera fait par suite une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total de M. C en l'évaluant à 1 050 euros.
8. En deuxième lieu, les souffrances endurées par M. C ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 600 euros.
9. En troisième lieu, le besoin de M. C en assistance par une tierce personne imputable directement aux conséquences dommageables des manquements retenus à l'encontre du CH d'Aubagne et commis au cours de l'intervention du 20 avril 2021, a été fixé par l'expert à 2 heures par jour durant la période de déficit fonctionnel temporaire à 50% du 1er juillet au 1er septembre 2021, soit 63 jours, puis un besoin de 1 heure par jour durant la période de déficit fonctionnel temporaire à 25% du 2 septembre au 2 novembre 2021, soit 62 jours. Compte tenu du taux horaire moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette période, augmenté des charges sociales, le taux horaire de l'assistance par une tierce personne non spécialisée doit être fixé à 14 euros. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours. L'indemnisation de ce poste de préjudice doit donc être fixée à la somme de 2 970,90 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et principalement du rapport d'expertise, que M. C présente un déficit fonctionnel permanent en lien avec l'intervention en litige évalué à 1% par l'expert. Le requérant étant âgée de 17 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à hauteur de 1 200 euros.
11. En second lieu, M. C justifie de frais d'assistance à expertise par la production d'une facture d'honoraires d'un montant total de 600 euros. Par suite, le CH d'Aubagne doit être condamné à prendre en charge l'intégralité de ces frais dûment justifiés à hauteur de 600 euros et qui concourent à la solution du litige.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à obtenir la condamnation du CH d'Aubagne à lui verser la somme totale de 9 420,90 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait des manquements fautifs dont il a été victime dans le cadre de l'intervention du 20 avril 2021.
Sur la déclaration de jugement commun :
13. La caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les frais d'expertise :
14. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme totale de 1 300 euros, à la charge définitive du CH d'Aubagne.
Sur les frais du litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH d'Aubagne une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le CH d'Aubagne est condamné à verser une somme de 9 420,90 euros à M. C en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à hauteur de 1 300 euros sont mis à la charge définitive du CH d'Aubagne.
Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la CPAM des Bouches-du-Rhône.
Article 4 : Le CH d'Aubagne versera une somme de 2 000 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au centre hospitalier d'Aubagne et à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Frédérique Simon, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
L. JournoudLa présidente,
signé
F. Simon
La greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026