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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309520

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309520

mardi 21 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309520
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL RACINE MARSEILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2023, Mme A D, représentée par Me Adrai Lachkar, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de La Ciotat à lui verser la somme de 74 858,61 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de son accident imputable au service du 30 octobre 2015 ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de La Ciotat à lui verser la somme de 33 836,50 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de son accident imputable au service du 30 octobre 2015 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de La Ciotat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens à hauteur de 4 654,40 euros.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier de La Ciotat a commis une faute dans l'organisation du service qui ouvre droit à son indemnisation pour l'ensemble des préjudices subis ;

- à titre subsidiaire, elle a droit à l'indemnisation des préjudices extra-patrimoniaux subis à la suite de son accident du travail ;

- elle a droit à être indemnisée de ses préjudices à hauteur de : 3 836,50 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 8 000 euros au titre des souffrances endurées, 3 240 euros au titre des frais divers,1 627,71 euros au titre de l'assistance d'une tierce personne, 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 20 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent évalué à 12 %, 30 000 euros au regard de l'incidence professionnelle et de sommes à justifier au titre des dépenses de santé actuelles et de la perte de gains actuels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le centre hospitalier de La Ciotat, représenté par Me Million Rousseau, conclut au rejet de la requête, et à titre subsidiaire à ce que l'indemnisation se limite aux préjudices tirés des souffrances endurées, du déficit fonctionnel temporaire partiel, du déficit fonctionnel permanent, et du préjudice esthétique temporaire. Il demande à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions. Il demande enfin à ce que soit mis à la charge de Mme A D la somme de 3 000 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 12 février 2021 taxant les frais et honoraires des experts à la somme de 1 867 ,60 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 décembre 2024 :

- le rapport de Mme Diwo, magistrate rapporteure,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,

- les observations de Me de Laubier pour le centre hospitalier de La Ciotat.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est fonctionnaire titulaire au sein du centre hospitalier de La Ciotat exerçant en qualité d'aide-soignante. Elle a été victime d'un accident le 30 octobre 2015, date à laquelle une patiente atteinte d'obésité lui est tombée dessus au moment de la toilette. Par une décision du 3 novembre 2015, cet accident a été reconnu comme imputable au service. Elle a bénéficié d'une allocation temporaire d'invalidité pour une durée de 5 ans à partir du 21 décembre 2017. Elle a adressé une demande indemnitaire au centre hospitalier de La Ciotat le 10 octobre 2023. En l'absence de réponse du centre hospitalier de La Ciotat, elle demande au tribunal de condamner cet établissement à l'indemniser de l'ensemble des préjudices ayant résulté de son accident.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de La Ciotat :

2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Elles déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

3. Pour déterminer si l'accident de service ou l'affection imputable au service ayant causé un dommage à un agent public est imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de l'autorité administrative, de sorte que cet agent soit fondé à engager une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale par l'autorité administrative de l'ensemble du dommage, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de rechercher si l'accident est imputable à une faute commise dans l'organisation ou le fonctionnement du service.

4. Il résulte de l'instruction que la requérante, fonctionnaire titulaire depuis 2004, était chargée de soins de nursing délivrés à une patiente obèse dans le cadre d'une hospitalisation à domicile, pour le compte du centre hospitalier de La Ciotat. Elle reproche au directeur de cet établissement une faute dans l'organisation du service qui consisterait à ne pas avoir envoyé deux personnes pour procéder à la toilette de la patiente, quasi impotente et pesant 260 kg sans toutefois indiquer à quel titre l'établissement aurait été tenu d'employer au minimum deux personnes. Il ne résulte pas d'une part de l'instruction que la requérante, qui n'intervenait pas pour la première fois au domicile de cette patiente, ait fait connaître par le passé des difficultés à exécuter seule la toilette, ni qu'elle ait fait valoir l'existence de risques inhérents aux soins d'hygiène à une personne aussi lourde ou encore qu'elle ait sollicité l'adjonction d'autres personnes pour effectuer cette mission avec elle. D'autre part, la requérante ne rapporte pas la preuve de la violation de normes particulières réglementant le nombre de personnels chargées de procéder aux soins sur des personnes en obésité majeure, le centre hospitalier précisant par ailleurs sans être contredit que la prescription médicale ne comportait pas d'indication sur le nombre de personnes nécessaires pour effectuer la toilette. Enfin, il résulte de l'instruction que la chute de la requérante est due au fait qu'elle a trébuché sur le déambulateur de la patiente et non qu'elle aurait été entraînée par le poids de cette dernière au cours d'une chute, la présence du mari valide démontrant l'inutilité de la présence d'une seconde personne puisque pas moins de 4 pompiers ont été nécessaires pour porter secours à la requérante. Par suite, l'instruction ne permet pas de caractériser une faute à la charge du centre hospitalier de La Ciotat, de sorte que la requérante n'est pas fondée à obtenir la réparation intégrale de ses préjudices sur le fondement de la responsabilité pour faute.

5. En revanche, dès lors que l'accident survenu le 30 octobre 2015 dont a été victime Mme D a été reconnu comme imputable au service, l'intéressée est fondée à obtenir réparation des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que ses pertes de revenus et son incidence professionnelle ainsi que de ses préjudices personnels sur le fondement de la responsabilité sans faute du centre hospitalier de La Ciotat.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire de Mme D, en lien direct et exclusif avec l'accident, a été partiel de 75 % du 30/10/2015 au 19/11/2015 soit pendant 21 jours, puis de 50 % entre le 20/11/2015 et le 10/12/2015 soit pendant 21 jours, de 25% entre le 11/12/2015 et le 21/01/2016 soit pendant 48 jours et de 15% du 27/01/2016 jusqu'à la date de consolidation de son état de santé fixée au 31/10/2017,soit pendant 643 jours. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 17 euros par jour, par la somme de 2 289,90 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme D a enduré des souffrances évaluées à 1 sur 7 comprenant la douleur physique mais également les souffrances psychiques et morales liées aux conséquences de l'accident. En l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 3 650 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

8. Il résulte du rapport d'expertise que Mme D a présenté un préjudice esthétique temporaire résultant de l'accident. Ce préjudice a été évalué par l'expert à 1 sur 7, en raison de l'existence d'une boiterie et de la nécessité de faire usage d'une canne. Par suite, il y a lieu de faire une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents :

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

9. Il résulte de l'instruction que Mme D, née le 12/08/1963, présente un taux de déficit fonctionnel permanent de 12 % évalué par les experts comme étant en lien exclusif avec l'accident dont elle a été victime. Eu égard à ce taux et à son âge à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 20 000 euros.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier de La Ciotat à verser à Mme D la somme de 26 940 euros en réparation de ses préjudices personnels non indemnisés par l'allocation temporaire d'invalidité.

Sur la charge des frais d'expertise :

11. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de La Ciotat les frais et honoraires de l'expertise des Dr C B et Olive-Eysseric (sapiteur) liquidés et taxés à la somme de 1 867,60 euros par l'ordonnance du président du tribunal du12 février 2021 ;

Sur les frais d'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de La Ciotat le versement à Mme D d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme D, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par centre hospitalier de La Ciotat, et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier de La Ciotat est condamné à payer à Mme D la somme de 26 940 euros en réparation des préjudices subis.

Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 887,60 euros (mille huit cent quatre-vingt-sept euros et soixante centimes) par l'ordonnance du président du tribunal du 12 février 2021 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de La Ciotat.

Article 3 : Le centre hospitalier de La Ciotat versera à Mme D une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du centre hospitalier de La Ciotat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au centre hospitalier de La Ciotat.

Copie en sera adressé aux docteurs Redréau et Olive-Eysseric.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

Mme Hétier-Noël, première conseillère,

Mme Diwo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

C. DIWOLa présidente,

signé

F. SIMON

La greffière,

signé

A. VIDAL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière,

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