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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2310176

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2310176

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2310176
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantPOINSO-POURTAL - VILLATTE DE PEUFEILHOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, M. B C, représenté par Me Villatte de Peufeilhoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 août 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, sur recours préalable obligatoire, a mis à sa charge la somme de 4 446,45 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période comprise entre le 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active est entachée d'incompétence et n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'indu n'est fondé ni dans son principe, ni dans son montant ;

- les sommes versées sur son compte bancaire correspondent à des prêts ou à des dons.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2025, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'entier dossier de l'allocataire, enregistré le 30 décembre 2024, produit par le département des Bouches-du-Rhône a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fédi, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fédi, vice-président, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en ce qu'elles sont dirigées contre la caisse d'allocations familiales, qui n'est pas partie dans la présente instance ;

- les observations de Me Villatte de Peufeilhoux, représentant par M. C ;

- et les observations de Mme A, représentant le département des Bouches-du-Rhône, qui s'en rapporte au bénéfice des précédentes écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône. Par une décision du 29 août 2023, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône confirmé l'existence de l'indu et rejeté sa demande de remise de dette. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Lorsque le recours, dont est saisi le juge administratif, est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année, d'aide exceptionnelle de solidarité, d'aide personnelle au logement ou de prime d'activité, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Le 8° de l'article L. 211-2 et l'article L. 412-8 du code des relations entre le public et l'administration disposent que la décision qui " rejette un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire doit être motivée ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il résulte de ces dispositions que la décision par laquelle l'autorité administrative rejette un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux est au nombre des décisions qui doivent être motivées. Il en va en particulier ainsi de la décision du président du conseil départemental, ou de l'organisme assurant le service du revenu de solidarité active lorsque cette compétence lui est déléguée par la convention mentionnée à l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, qui rejette un recours administratif préalable obligatoire formé, en application de l'article L. 262-47 de ce code, contre une décision de récupération d'indus en matière de revenu de solidarité active, de la décision de la commission de recours amiable du conseil d'administration de l'organisme payeur qui rejette un recours administratif préalable obligatoire formé, en application de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale, contre une décision de récupération d'indus en matière de prime d'activité et de la décision du directeur de l'organisme payeur qui rejette, en application de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation, le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de récupération d'indus en matière d'aides personnelles au logement. Dans tous ces cas, l'autorité administrative doit faire figurer, soit dans sa décision elle-même, soit par référence à un document joint ou précédemment adressé à l'allocataire, pour chaque prestation en cause, la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

5. La décision contestée du 29 août 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, est " relative à un titre exécutoire concernant trop perçu RSA ". Cette décision mentionne d'une part, le montant de 4 446,45 euros et la période concernée : du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020, et d'autre part, le fait que " de nombreuses ressources n'ont pas été déclarées et que le contrôle de la Caf de juillet 2022 révèle que l'intéressé est auto entrepreneur du 27 avril 2021 au 1er mars 2022 ". Si cette décision mentionne que le requérant " déclare percevoir des aides financières ", les onze montants mentionnés, compris entre mars 2020 et mai 2022, ne permettent de déterminer, avec précision, le motif et la période sur laquelle porte la récupération, alors même, que contrairement à ce que soutient le département en défense, il ne résulte pas de l'instruction, notamment de l'entier dossier de l'allocataire, que la décision puisse, davantage, en l'espèce, être regardée comme motivée par référence à d'autres documents, en l'absence d'accusé de réception joint à un tel document lors de la notification de la décision attaquée. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 août 2023 en tant qu'elle lui notifie un indu de revenu de solidarité active de 4 446,45 euros pour la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

8. Eu égard au motif d'annulation de la décision du 29 août 2023 mettant à la charge de M. C un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020, il y a lieu d'enjoindre à l'administration de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par M. C sont irrecevables dès lors qu'elles visent à l'allocation d'une somme à la caisse d'allocations familiales, qui n'est pas partie en défense dans la présente instance et doivent, pour ce motif, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 août 2023, par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé la mise à la charge de M. C d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 446,45 euros relatif à la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au département des département des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au département des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adresseée à la caisse d'allocations familiales des Bouches du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

G. FédiLe greffier,

Signé

D. Griziot

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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