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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2404853

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2404853

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2404853
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, Mme A B représentée par

Me Ali demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 11 avril 2024 par laquelle le président de la commission départementale des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours déposé par Mme B en vue d'une offre de logement ;

3°) de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de relogement ;

4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'assurer le relogement de Mme B et de sa famille dans le délai de 15 jours après la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation dudit conseil au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

La requérante soutient que :

- la condition d'urgence est en l'espèce remplie dès lors qu'elle vit actuellement avec ses deux enfants dans un studio de 15m2, loué sur le marché noir jusqu'au 30 mai 2024 ;

- sa situation est précaire sur le plan financier ;

- le 115 a refusé de l'héberger en janvier ;

- en ce qui concerne la question du doute sérieux sur la légalité de la décision, cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- la requérante n'a pas justifié de sa situation au regard d'un motif DALO qu'elle ait été effectivement dépourvue d'hébergement ou hébergée en structure d'hébergement ;

- le recours de Mme B a été considéré comme incomplet par la Commission de médiation ;

- le seul justificatif produit, un relevé CAF de novembre 2023, ne permettait pas à la commission de dégager des ressources mensuelles " normales " à disposition de la requérante afin de prendre en considération d'une part la capacité de la requérante à supporter les charges inhérentes à un éventuel logement dans le parc social attribué suite à une potentielle reconnaissance du caractère prioritaire et urgent du recours par la Commission de Médiation et d'autre part, sur l'éventuelle capacité de la requérante à trouver un logement dans le parc privé par ses propres moyens.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n°2404751 par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision de la commission de médiation " DALO " des Bouches-du-Rhône du 11 avril 2024.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience, laquelle s'est tenue le 12 juin 2024 à 9h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Boncet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Pecchioli ;

- les observations de Me Ali, représentant la requérante, qui a repris et développé ses écritures précisant que l'administration avait l'obligation de relancer sa clientèle pour la production de pièces et qu'elle est actuellement hébergée dans un logement qu'elle sous-loue à un étudiant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. D'autre part, aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article

L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur- occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. Elle peut préconiser que soit proposé au demandeur un logement appartenant aux organismes définis à l'article L. 411-2 loué à une personne morale aux fins d'être sous-loué à titre transitoire dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article L. 442-8-3. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires ".

4. Les dispositions de l'article L. 441-2-3 ainsi que celles de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, déterminent les conditions dans lesquelles le droit au logement peut être reconnu et opposable ainsi que la procédure à suivre pour rendre effectif ce droit quand il est constaté. Il en résulte notamment que la reconnaissance du caractère prioritaire d'une demande d'hébergement n'emporte pas nécessairement l'attribution immédiate d'un hébergement pour la personne reconnue prioritaire et devant être hébergée en urgence. Il suit de là que la suspension de l'exécution d'une décision de la commission de médiation rejetant une demande au motif de l'incomplétude du dossier ou refusant de reconnaître un caractère prioritaire à une demande d'hébergement n'est pas susceptible de remédier à l'urgence constituée par le besoin sans délai d'une habitation, alors, que le demandeur conserve toujours la possibilité de saisir ladite commission d'une nouvelle demande.

5. En l'espèce, Mme B a saisi la commission de médiation du département des Bouches-du-Rhône d'un recours, sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, en vue d'une offre de logement. Ce recours, déposé le 18 décembre 2023, a été rejeté par une décision du 11 avril 2024 au motif que " le requérant n'a pas produit dans les délais impartis l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction du recours réclamées lors de l'accusé de réception (-Justificatifs fournis par la CAF avec le détail des prestations perçues sur les trois derniers mois - Attestation de l'accueil dans la structure précisant l'organisme, la date d'entrée et la durée - Pièces complémentaires : rapport d'un travailleur social), dans ces conditions, la Commission départementale de Médiation ne peut statuer sur le caractère prioritaire et urgent du recours ".

6. Pour soutenir que la condition d'urgence est remplie, Mme B se borne à faire valoir qu'elle trouve difficilement des logements dans le parc immobilier privé et qu'elle risque de se retrouver à la rue avec ses enfants. A elles seules, ces allégations, au demeurant non étayées par des pièces justificatives, ne sont pas de nature à démontrer une atteinte grave et immédiate à la situation personnelle de Mme B au sens des dispositions susmentionnées.

7. Par ailleurs si, à l'appui d'une demande de logement social, un demandeur doit produire, quelle que soit sa situation, les pièces justificatives visées par les textes, aucune obligation n'est faite à la commission de relancer le demandeur qui n'a pas produit les pièces demandées dans les délais impartis. Il s'ensuit que faute pour le demandeur de transmettre les pièces sollicitées, sa demande peut être rejetée en raison de son caractère incomplet. En l'espèce il est constant que Mme B n'a pas produit les pièces demandées dans les délais impartis.

8. Par suite, la circonstance que la situation difficile de Mme B nécessiterait la disposition d'un hébergement stable, ne peut être regardée, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, comme caractérisant une situation d'urgence.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée présentées par Mme B doivent être rejetées, dans toutes leurs composantes Par ailleurs, il n'y a pas lieu en l'espèce d'admettre la requérante au bénéfice de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

10. Cette circonstance, ainsi qu'il a été dit au point 4, ne fait toutefois pas obstacle à ce que Mme B saisisse à nouveau la commission d'une nouvelle demande en produisant devant cette autorité toutes les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B n'est pas admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Ali.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 12 juin 2024.

Le juge des référés

signé

J.-L. PECCHIOLI

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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