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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2406477

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2406477

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2406477
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELAS FOUCAUD TCHEKHOFF POCHET ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 1er juillet 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative la requête présentée par la société Quardina (QCS Services).

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Montreuil le 25 juin 2024, et un mémoire enregistré le 10 juillet 2024, la société Quardina (QCS services) représentée par Me Aubignat, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure d'attribution de l'accord-cadre mono-attributaire à bons de commande de prestations intellectuelles portant sur des missions de diagnostics des constructions avoisinantes en lien avec les aménagements du projet Ligne Nouvelle Provence Côte d'Azur ;

2°) d'enjoindre à la société SNCF Réseau de communiquer le nom du contrôleur technique de l'opération, ainsi que les montants des DQE remis par la société Socotec Infrastructure ainsi que le montant de l'accord-cadre attribué, si besoin sous le régime de communication prévu par l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative ;

3°) d'enjoindre à la société SNCF Réseau de suspendre l'exécution de toute décision relative à la procédure de passation du marché en cause et de se conformer à ses obligations, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la société SNCF Réseau la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en sa qualité de candidate évincée de la procédure de passation du contrat en litige, elle dispose d'un intérêt à agir ;

- le pouvoir adjudicateur a manqué à son obligation de publicité et de concurrence en attribuant le contrat à une entreprise ayant participé en qualité de sous-traitante aux opérations de conception des travaux ;

- la décision d'attribution du contrat est ainsi entachée de conflit d'intérêt et de partialité, notamment du fait des informations privilégiées dont elle a eu connaissance ;

- il y a incompatibilité entre les missions de contrôle technique et celles de conception de l'ouvrage exercées par la société attributaire ;

- la société SNCF Réseau a modifié en cours de procédure le dossier de consultation, en méconnaissance des stipulations de l'article 4.5 du règlement de la consultation ;

- la société SNCF Réseau l'a insuffisamment informée des motifs de rejet de sa candidature.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Crespelle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 4 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés et que la société Quardina ne saurait se prévaloir d'aucun intérêt lésé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, la société Socotec infrastructure SAS, représentée par Me Sultan, demande à ce que le tribunal rejette la requête présentée par la société Quardina et à ce que soit mise à la charge de la société Quardina la somme de 5 000 € au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que le juge des référés ordonne la suspension de la procédure d'attribution du marché litigieux, ces conclusions étant sans objet car prévues par les dispositions de l'article L. 551-4 du code de justice administrative.

A l'audience, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que la société SNCF réseau communique, le nom du contrôleur technique de l'opération, ainsi que les montants des DQE remis par la société Socotec infrastructures ainsi que le montant de l'accord-cadre attribué, si besoin sous le régime de communication prévu par l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, de telles conclusions n'entrant pas dans l'office du juge des référés précontractuels tel que défini par l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dyèvre, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 11 juillet 2024, tenue en présence de Mme Martinez, greffière d'audience, Mme Dyèvre a lu son rapport et a entendu les observations de Me Aubignat pour la société Quardina (QCS Services) qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens et précise se désister du moyen tiré de l'existence d'un conflit d'intérêt du fait de l'influence qu'aurait pu avoir la société attributaire dans la procédure d'attribution du marché en litige, les observations de Me Boucheteil pour la société SNCF Réseau qui maintient les termes de sa défense, et les observations de Me Sultan pour la société Socotec infrastructure qui maintient ses conclusions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 22 février 2024, la société SNCF Réseau, en qualité d'entité adjudicatrice, a lancé une consultation en vue de conclure sous la forme d'un accord-cadre à bons de commande un marché portant sur une mission de diagnostic des constructions avoisinantes en lien avec les aménagements du projet Ligne Nouvelle Provence Côte d'Azur (LNPCA). Par un courrier du 19 juin 2024, la société Quardina a été informée que son offre, classée en deuxième position, avait été rejetée et que l'attributaire du marché était la société Socotec Infrastructure. La société Quardina demande au juge des référés d'annuler la procédure d'attribution de ce marché.

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-23 du code de la construction et de l'habitation : " Le contrôleur technique a pour mission de contribuer à la prévention des différents aléas techniques susceptibles d'être rencontrés dans la réalisation des ouvrages. / Il intervient à la demande du maître de l'ouvrage et donne son avis à ce dernier sur les problèmes d'ordre technique, dans le cadre du contrat qui le lie à celui-ci. Cet avis porte notamment sur les problèmes qui concernent la solidité de l'ouvrage et la sécurité des personnes. " Selon le premier alinéa de l'article L. 111-25 de ce code : " L'activité de contrôle technique prévue à la présente section est incompatible avec l'exercice de toute activité de conception, d'exécution ou d'expertise d'un ouvrage. ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu prohiber toute participation à des activités de conception, d'exécution ou d'expertise d'ouvrage des personnes physiques ou morales agréées au titre du contrôle technique d'un ouvrage.

4. La société Quardina se prévaut de ces dispositions pour soutenir que la procédure de passation du marché en litige est entachée d'incompatibilité. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société Socotec Infrastructure a été engagée en qualité de sous-traitante du marché subséquent n°1 de l'accord cadre portant sur des études de conception technique, environnementale et d'exploitation pour la réalisation des études de la traversée souterraine de Marseille (T.S.M.) du projet LNPCA pour une mission de diagnostic des bâtis et étude de leur sensibilité et vulnérabilité aux travaux prévus. Ainsi, elle n'a pas été engagée en qualité de contrôleur technique, qualification dont, au demeurant, elle ne dispose pas. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité de la société attributaire aux missions de conception du marché en cause avec les missions de contrôleur technique qu'elle aurait exercé sur un marché précédent ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2141-10 du code de la commande publique : " L'acheteur peut exclure de la procédure de passation du marché les personnes qui, par leur candidature, créent une situation de conflit d'intérêts, lorsqu'il ne peut y être remédié par d'autres moyens. / Constitue une telle situation toute situation dans laquelle une personne qui participe au déroulement de la procédure de passation du marché ou est susceptible d'en influencer l'issue a, directement ou indirectement, un intérêt financier, économique ou tout autre intérêt personnel qui pourrait compromettre son impartialité ou son indépendance dans le cadre de la procédure de passation du marché. ".

6. Au nombre des principes généraux du droit figure le principe d'impartialité, dont la méconnaissance est constitutive d'un manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence. Le principe d'impartialité implique l'absence de situation de conflit d'intérêts au cours de la procédure de sélection du titulaire du contrat.

7. Compte tenu de l'intervention de la société Socotec infrastructure en qualité de sous-traitante pour une mission d'étude auprès de la maîtrise d'œuvre du marché subséquent n°1 de l'accord cadre portant sur la phase préparatoire aux études d'avant-projet pour la réalisation des études de la traversée souterraine de Marseille (T.S.M.) du projet LNPCA, elle n'a pas participé à l'élaboration de la procédure de marchés. Il résulte ainsi de l'instruction que la société Socotec Infrastructure n'a participé ni directement ni indirectement à la préparation de la procédure du marché en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure de passation en cause est entachée d'un conflit d'intérêt ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, la société Quardina se prévaut de la qualité déjà mentionnée de sous-traitante de la société Socotec Infrastructure pour soutenir qu'elle aurait eu accès à des informations privilégiées ayant pu lui permettre d'exercer une influence sur l'analyse des offres. A supposer que la société Socotec Infrastructure aurait pu obtenir d'éventuelles informations à l'occasion de sa mission de sous-traitante du marché subséquent n°1 de l'accord cadre portant sur des études de conception technique, environnementale et d'exploitation pour la réalisation des études de la traversée souterraine de Marseille (T.S.M.) du projet LNPCA, cette circonstance, au demeurant non établie dès lors que la société Socotec Infrastrucre ayant notamment obtenu une note technique inférieure à celle de la société Quardina, n'est pas en elle-même susceptible d'affecter l'impartialité de l'acheteur public. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que l'article 8 du règlement de la consultation précise que l'attribution du marché se fait selon trois critères : technique, financier et R.S.E. Le critère financier est apprécié au vu du montant global du détail quantitatif estimatif (DQE) renseigné par les candidats, par application d'une formule prenant comme référence l'offre la moins-disante laquelle aura obtenu le maximum des points, ce critère étant pondéré à 80% et au vu de la remise commerciale proposée, critère pondéré à 20%. Aux termes de l'article 10 de ce règlement : " L'ensemble des pièces contractuelles de la présente consultation pourra comporter, lors de sa conclusion, des évolutions n'altérant pas de manière substantielle l'objet et les conditions de cette consultation. Ces modifications seront le résultat des négociations avec les soumissionnaires et de leurs propositions technico-financières ".

10. Il résulte de l'instruction que, le 3 mai 2024, la société Quardina a été sollicitée par SNCF Réseau afin qu'elle remette son offre finale pour le 21 mai 2024. Dans cette communication, elle informe la société candidate de ce que " les quantitatifs associés au DQE de l'offre finale ont été modifiés ". Il résulte de l'instruction que cette modification porte sur les quantités estimées réévaluées à la hausse pour le dépôt de l'offre finale. Tout d'abord, contrairement à ce que soutient la société Quardina, ces modifications apportées à l'offre finale ne sont pas soumises aux conditions de délai prévues par les stipulations de l'article 4.5 du règlement qui ne concernent que les offres initiales. Ensuite, il résulte tant du cahier des clauses techniques particulières que du cahier des prescriptions spéciales que le besoin de SNCF Réseau sera amené à évoluer. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que l'évolution du DQE, document destiné à permettre la comparaison des prix proposés par chaque candidat, constituerait une modification substantielle du besoin de la personne publique ni des conditions du marché mais ressort comme une modalité de mise en œuvre de ce besoin. Enfin, il résulte de l'instruction que SNCF Réseau a choisi la procédure négociée de passation de l'accord-cadre en litige. A la suite de la remise des offres initiales, la phase de négociation organisée avec chaque candidat s'est traduite par l'audition des candidats à l'issue desquelles ils ont été invités à remettre une offre finale tenant compte de l'évolution des modalités de mise en œuvre du marché, matérialisé par la modification du DQE. Par suite, le moyen tiré de la modification irrégulière du DQE ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 2181-1 du code de la commande publique : " Dès qu'il a fait son choix, l'acheteur le communique aux candidats et aux soumissionnaires dont la candidature ou l'offre n'a pas été retenue, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 2181-1 du même code : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre. ". L'article R. 2181-3 de ce code énonce que : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1. ".

12. Il résulte de l'instruction que par courrier du 19 juin 2024, la société SNCF Réseau a informé la société requérante du rejet de son offre en indiquant le nombre d'offres finales reçues, le nom de l'attributaire, le classement des offres, et les notes des critères et sous-critères fixés par le règlement de consultation, obtenues par l'attributaire ainsi que par la requérante pour chacune de leur offre. Ces seules informations ont permis à la société Quardina de contester utilement son éviction devant le juge des référés précontractuels. Par suite, le moyen tiré de ce que SNCF Réseau aurait méconnu les dispositions des articles L. 2181-1 et R. 2181-3 du code de la commande publique doit être écarté.

13. Il résulte de toute ce qui précède que les conclusions présentées par la société Quardina aux fins d'annulation de la procédure d'attribution de l'accord-cadre mono-attributaire à bons de commande de prestations intellectuelles portant sur des missions de diagnostics des constructions avoisinantes en lien avec les aménagements du projet Ligne Nouvelle Provence Côte d'Azur ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées à fin d'injonction.

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de SNCF Réseau qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Quardina demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Quardina une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par SNCF Réseau et non compris dans les dépens et une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Socotec Infrastructure et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par la société Quardina (QCS Services) est rejetée.

Article 2 : La société Quardina (QCS Services) versera à la société SNCF Réseau la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société Quardina (QCS Services) versera à la société Socotec Infrastructure la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Quardina (QCS Services), à la société SNCF Réseau et à la société Socotec Infrastructure.

La juge des référés,

Signé

C. DYEVRE

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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