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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2407850

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2407850

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2407850
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGILBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par le préfet des Bouches-du-Rhône pour ordonner l'expulsion d'une famille d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA). La demande préfectorale était fondée sur l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de leur demande d'asile et une mise en demeure restée infructueuse. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la situation de vulnérabilité de la famille, notamment l'état de santé de M. E et la scolarisation des enfants, faisait obstacle à une expulsion sans proposition de relogement, en application des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à M. A E et Mme B E, accompagnés de leur deux enfants nés en 2019 et 2009, de quitter les lieux en évacuant, dans un délai d'un mois, le logement qu'ils occupent, 30 chemin du Bassens, appartement A20 au 3ème étage à Marseille, mis à leur disposition par le centre d'accueil de demandeurs d'asile géré par l'association ADRIM, au besoin avec le concours de la force publique et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire des lieux, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir, dès lors qu'il lui appartient de décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un hébergement en C.A.D.A ;

- la demande d'expulsion, qui trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté les recours formés par les intéressés et que, par un courrier notifié le 5 juin 2024, ils ont été mis en demeure de quitter l'appartement qu'ils occupent ;

- il y a urgence et utilité au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors que le département des Bouches-du-Rhône dispose de 3450 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, alors que 772 demandeurs d'asile sont en attente d'hébergement dans le département, dont certains présentent un besoin prioritaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, M. A E et Mme B E, représentés par Me Gilbert, concluent :

- au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- au rejet de la requête ;

- à ce que lui soit accordé un délai de trois mois pour libérer l'hébergement occupé ;

- à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- leur famille est en situation de vulnérabilité : M. E est atteint de pathologies rares et bénéficie d'un suivi spécialisé, Mme E a fait l'objet d'un suivi médical récent, leurs deux enfants sont mineures et scolarisées, l'aînée poursuit ses études au collège avec succès ;

- le droit à un accueil inconditionnel en vertu de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et le droit au maintien dans l'hébergement qui découle de l'article L. 345-2-3 du même code font obstacle à une expulsion sans proposition de relogement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 août 2024 à 14 heures, en présence de la greffière d'audience, Mme C D, Mme Arniaud a lu son rapport et entendu Me Gilbert, représentant M. A E et Mme B E, qui a repris les observations présentées par écrit, en insistant sur le suivi médical de M. E, la présence de leurs enfants, leur recherche infructueuse de logement dans le parc privé alors que Mme E travaille dans le secteur de l'hôtellerie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Il y a lieu d'admettre M. A E et Mme B E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions du préfet des Bouches-du-Rhône formées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile qui n'a plus cette qualité, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les demandes d'asile présentées par M. A E et Mme B E, de nationalité tunisienne, ont été rejetées par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 3 mars 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 13 décembre 2023. Après que les intéressés aient été informés de la fin de leur prise en charge par l'association ADRIM, au titre de l'accueil des demandeurs d'asile, le préfet des Bouches-du-Rhône les a mis en demeure de quitter les lieux par un courrier notifié le 5 juin 2024. Par ailleurs, les intéressés ne pouvaient ignorer, depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de leur demande d'asile mais aussi de l'édition d'obligations de quitter le territoire français le 4 avril 2024, qu'ils n'avaient plus le droit d'occuper le lieu d'hébergement destiné à l'accueil de demandeurs d'asile. La mesure d'expulsion ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse.

5. En deuxième lieu, compte tenu du nombre de places d'accueil des demandeurs d'asile limité à 3 450 dans le département, alors que 772 demandeurs d'asile y sont en attente de logement, la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.

6. En troisième lieu, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Et selon l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

7. L'évacuation d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile est indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles précités de l'article L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Les requérants n'invoquent donc pas utilement un droit au maintien dans les lieux prévus par l'article L. 345-2-3 de ce code. Si les requérants estiment être susceptibles de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et de la famille, il leur appartient de mettre en œuvre ces dispositions.

8. Enfin, le caractère d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée n'est pas remis en cause par le fait que M. E ait été opéré d'une arthrodèse en avril 2023 compte tenu d'une scoliose dégénérative, le certificat médical du 12 décembre 2023 mentionnant un contrôle satisfaisant et une légère lombalgie lors de la marche. Par ailleurs, ni le certificat médical du 24 avril 2024 ni celui du 5 avril 2024 mentionnant une fibrose rétropéritonéale et fixant des rendez-vous de consultation de suivi durant les mois de mai, d'août et de septembre 2024, n'apportent de précision suffisante sur l'état de vulnérabilité de M. E. Enfin, la scolarisation des enfants des requérants ne constitue pas en soi une circonstance exceptionnelle faisant obstacle à la reconnaissance d'une urgence et d'une utilité à libérer les lieux destinés à l'accueil des demandeurs d'asile, dans un délai d'un mois, et alors qu'existe une procédure distincte d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles invoqués de l'article L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles, procédure ne relevant pas de la présente instance.

9. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme E de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sis la résidence la Minoterie, 30 chemin du Bassens, appartement A20 au 3ème étage à Marseille, mis à leur disposition au titre de l'accueil de demandeurs d'asile et géré par l'association ADRIM. À défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet des Bouches-du-Rhône à donner toutes instructions utiles à l'association ADRIM afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, au cas où ceux-ci ne les auraient pas emportés.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A E et Mme B E sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme E de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sis la résidence la Minoterie, 30 chemin du Bassens, appartement A20 au 3ème étage à Marseille, mis à leur disposition au titre de l'accueil de demandeurs d'asile et géré par l'association ADRIM.

Article 3 : A défaut du respect de ce délai, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique, et donner toutes instructions utiles à l'association ADRIM afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme E, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : Les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet des Bouches-du-Rhône, à M. A E, à Mme B E, et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Fait à Marseille, le 28 août 2024.

La juge des référés,

signé

C. Arniaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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