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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2407852

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2407852

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2407852
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGILBERT

Résumé IA

Le tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a fait droit à la demande du préfet des Bouches-du-Rhône visant à ordonner l'expulsion d'une famille d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA). La solution retenue est fondée sur les articles L. 551-11 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la fin de l'hébergement après le rejet définitif de la demande d'asile. Le juge a estimé que la demande ne se heurtait à aucune contestation sérieuse et que l'urgence était caractérisée par la saturation des places d'hébergement dans le département, justifiant ainsi l'expulsion.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à Mme B F, M. A D, accompagnés de leurs trois enfants, de quitter les lieux en évacuant, dans un délai d'un mois, le logement qu'ils occupent, sis résidence la Minoterie, 30 chemin du Bassens, appartement A19 au 3ème étage à Marseille, mis à leur disposition par le centre d'accueil de demandeurs d'asile géré par l'association ADRIM, au besoin avec le concours de la force publique et de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire des lieux, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir, dès lors qu'il lui appartient de décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un hébergement en C.A.D.A ;

- la demande d'expulsion, qui trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que leurs demandes d'asiles ont été rejetées, qu'ils ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que, par un courrier notifié le 29 mai 2024, ils ont été mis en demeure de quitter l'appartement qu'ils occupent ;

- il y a urgence et utilité au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors que le département des Bouches-du-Rhône dispose de 3450 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, alors que 772 demandeurs d'asile sont en attente d'hébergement dans le département, dont certains présentent un besoin prioritaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, Mme B F et M. A D, représentés par Me Gilbert, concluent :

- au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- au rejet de la requête ;

- à ce que lui soit accordé un délai de trois mois pour libérer l'hébergement occupé ;

- à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- leur famille est en situation de vulnérabilité, M. D étant affecté d'une hépatite B chronique nécessitant un suivi pluriannuel et compte tenu de la présence de leurs enfants âgées de 9 ans et 22 mois, l'aînée étant scolarisée depuis trois ans ;

- le droit à un accueil inconditionnel en vertu de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et le droit au maintien dans l'hébergement qui découle de l'article L. 345-2-3 du même code font obstacle à une expulsion sans proposition de relogement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 août 2024 à 14 heures, en présence de la greffière d'audience, Mme C E, Mme Arniaud a lu son rapport et entendu les observations de Me Gilbert qui a repris ses observations écrites, en précisant que l'état de santé de M. D et la présence de deux enfants âgés de 22 mois nécessitent un hébergement, et qu'ils ont déposé une demande de réexamen au titre de l'asile.

La clôture de l'instruction a été différée au 27 août 2024 à 16 heures 30.

La pièce médicale enregistrée pour Mme F et M. D le 27 août 2024 à 16 heures 19 a été communiquée.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre Mme B F et M. A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions du préfet des Bouches-du-Rhône formées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article

L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile qui n'a plus cette qualité, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la demande d'asile présentée par M. D, de nationalité azerbaïdjanaise, a été rejetée le 15 mars 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 novembre 2023. La demande d'asile présentée par Mme F, également de nationalité azerbaïdjanaise, a été rejetée par l'OFPRA le 30 novembre 2023, décision confirmée par la CNDA le 7 mars 2024. Après que les intéressés aient été informés de la fin de leur prise en charge par l'association ADRIM, au titre de l'accueil des demandeurs d'asile, le préfet des Bouches-du-Rhône les a mis en demeure de quitter leur hébergement par un courrier notifié le 29 mai 2024. Par ailleurs, les intéressés ne pouvaient ignorer, depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de leur demande d'asile, qu'ils n'avaient plus le droit d'occuper un lieu d'hébergement destiné à l'accueil de demandeurs d'asile, sans que le dépôt d'une demande de réexamen n'y fasse obstacle. La mesure d'expulsion sollicitée ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse.

5. En deuxième lieu, compte tenu du nombre de places d'accueil des demandeurs d'asile limité à 3 450 dans le département, alors que 772 demandeurs d'asile y sont en attente de logement, la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.

6. En troisième lieu, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Et selon l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

7. L'évacuation d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile est indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions des articles précités de l'article L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles. Les requérants n'invoquent donc pas utilement un droit au maintien dans les lieux prévus par l'article L. 345-2-3 de ce code. Si les requérants estiment être susceptibles de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et de la famille, il leur appartient de mettre en œuvre ces dispositions.

8. Enfin, le caractère d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée n'est pas remis en cause par le fait que M. D serait atteint d'une hépatite B nécessitant un traitement pluriannuel ou compte tenu de la présence de leurs enfants dont la plus âgée est scolarisée. En l'état de l'instruction, les requérants ne font valoir aucune circonstance exceptionnelle faisant obstacle à la reconnaissance d'une urgence et d'une utilité à libérer les lieux, dans un délai qui, compte tenu notamment de la présence de jeunes enfants et comme le demande le préfet, doit être fixé à un mois.

9. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à Mme F et à M. D de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sis résidence la Minoterie, 30 chemin du Bassens, appartement A19 au 3ème étage à Marseille, mis à leur disposition au titre de l'accueil de demandeurs d'asile et géré par l'association ADRIM. À défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet des Bouches-du-Rhône à donner toutes instructions utiles à l'association ADRIM afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, au cas où ceux-ci ne les auraient pas emportés.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme F et à M. D sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à Mme F et à M. D de quitter, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sis résidence la Minoterie, 30 chemin du Bassens, appartement A19 au 3ème étage à Marseille.

Article 3 : A défaut du respect de ce délai, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique, et donner toutes instructions utiles à l'association ADRIM afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme F et de M. D, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : Les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet des Bouches-du-Rhône, à Mme B F, à M. A D et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Fait à Marseille, le 28 août 2024.

La juge des référés,

signé

C. Arniaud

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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