lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2411994 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PREZIOSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 novembre 2024 et le 9 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à Mme A B et à M. C E d'évacuer dans un délai de trois semaines le logement qu'ils occupent en hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) " La Coudoulière " géré par l'association Adoma et situé boulevard des Espigau à Martigues ;
2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'association Adoma afin de débarrasser les lieux des meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B et de M. E, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.
Il soutient que :
- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la demande d'asile présentée par les occupants a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile et que la mise en demeure qu'il leur a adressée est restée infructueuse ;
- la mesure demandée présente un caractère d'urgence et d'utilité eu égard au nombre de demandeurs d'asile en attente d'un hébergement dans le département des Bouches-du-Rhône, dont certains présentent un besoin prioritaire ;
- les occupants se maintiennent sans droit ni titre dans les locaux ;
- aucune demande de réexamen des demandes d'asile n'a été déposée ;
- les demandeurs d'un réexamen n'ont pas droit aux conditions matérielles d'accueil, sauf en cas de grande vulnérabilité après étude de leur situation par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- le collège de médecins de l'OFII a émis un avis négatif à la demande d'admission au séjour présentée par M. E au motif qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque ;
- les dispositions du code des procédures civiles d'exécution applicables en matière d'expulsion locative ne sont pas applicables au litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, Mme B et M. E, représentés par Me Prezioso, concluent :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire :
- à ce qu'un délai et le bénéfice de la " trêve hivernale " leur soient accordés ;
- à ce qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de leur procurer un logement de substitution d'urgence préalablement à l'expulsion ;
3°) à leur admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
4°) et à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils doivent être regardés comme demandeurs d'asile et bénéficier du rétablissement des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'ils ont l'intention de déposer une demande de réexamen ;
- la mesure demandée par le préfet est dépourvue d'utilité dès lors que le logement leur sera de nouveau attribué à la suite du rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
- ils disposent ainsi de nouveau d'un droit à se maintenir dans les lieux ;
- leur expulsion mettrait leur santé en danger ;
- il y a lieu de différer jusqu'au 31 mars 2025 la mesure demandée, sauf à mettre préalablement un logement à leur disposition.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 1er juillet 2024 du président du tribunal désignant M. D pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir présenté son rapport au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissants géorgiens, nés respectivement le 19 février 1975 et le 23 octobre 1997, Mme B et M. E, qui déclarent être entrés en France le 10 novembre 2022, ont déposé chacun, le 22 novembre, une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 juillet 2023. Les recours formés contre ces décisions ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile le 23 novembre 2023. Les intéressés, qui ont été admis au bénéfice du dispositif de prise en charge par l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile " La Coudoulière " géré par l'association Adoma, situé boulevard des Espigau à Martigues, se sont maintenus dans les lieux. Par une décision du 19 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a fixé au 31 janvier 2024 la date de sortie en application de l'article R. 552-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet des Bouches-du-Rhône a mis les intéressés en demeure de quitter les lieux dans le délai d'une semaine, par un courrier qui a été notifié le 31 juillet 2024. Le préfet demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à Mme B et à M. E d'évacuer dans un délai de trois semaines le logement qu'ils occupent.
2. Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. " Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B et M. E auraient sollicité leur maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'OFII.
5. D'autre part, si Mme B et M. E se prévalent de leur intention de présenter une demande de réexamen de leur demande d'asile, ils ne démontrent pas avoir déposé une telle demande à la date de la présente ordonnance, ni même avoir présenté une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent, en application des dispositions des articles R. 551-35 et R. 551-36 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'article L. 551-15 prévoit au demeurant, en son 2°, que, par une décision écrite et motivée, prenant en compte leur vulnérabilité, les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, aux demandeurs qui présentent une demande de réexamen de leurs demandes d'asile. Il suit de là qu'à supposer même qu'elle ait été effectivement déposée, une demande de réexamen ne donnerait en tout état de cause aucun droit à Mme B et M. E de se maintenir dans les lieux.
6. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 1 et 3 à 5 que Mme B et M. E occupent sans droit ni titre depuis le 31 janvier 2024, le logement, référencé chambres n° 12 et 13, mis à leur disposition dans le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile " La Coudoulière ", géré par l'association Adoma, et situé boulevard des Espigau à Martigues. Si les intéressés présentent chacun des pathologies, il ne résulte pas de l'instruction que celles-ci soient, par leur nature ou leur gravité, de nature à faire obstacle à l'exécution de la mesure demandée. Par suite, cette mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. Eu égard au nombre important de demandeurs d'asile en attente d'hébergement dans le département des Bouches-du-Rhône, évalué par l'OFII à 647 au 31 octobre 2024, l'évacuation de Mme B et de M. E d'un logement dédié au seul accueil des demandeurs d'asile présente un caractère d'urgence et d'utilité.
8. Enfin, la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
9. Aux termes de l'article L. 412-2 du code des procédures civiles d'exécution : " Lorsque l'expulsion aurait pour la personne concernée des conséquences d'une exceptionnelle dureté, notamment du fait de la période de l'année considérée ou des circonstances atmosphériques, le délai prévu à l'article L. 412-1 peut être prorogé par le juge pour une durée n'excédant pas trois mois. " La mesure demandée par le préfet étant régie par les seules dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B et de M. E ne peuvent pas utilement se prévaloir de l'article L. 412-2 pour demander qu'un délai supplémentaire leur soit accordé. En tout état de cause, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'affaire, à accorder le délai sollicité eu égard à ce qui a été indiqué au point précédent.
10. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 4 à 9 qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion de Mme B et de M. E, dans un délai de trois semaines, du logement occupé sans autorisation dans le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile " La Coudoulière ", géré par l'association Adoma, et situé boulevard des Espigau à Martigues, au besoin avec le concours de la force publique.
11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire, les conclusions que Mme B et de M. E, parties perdantes à l'instance, ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent en tout état de cause être rejetées.
ORDONNE
Article 1er : Mme B et de M. E ne sont pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à Mme B et à M. E de libérer, dans le délai de trois semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, les lieux qu'ils occupent dans le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile " La Coudoulière ", géré par l'association Adoma, et situé boulevard des Espigau à Martigues.
Article 3 : Le préfet des Bouches-du-Rhône est autorisé à procéder, dans un délai de huit jours à compter de l'expiration du délai fixé à l'article 1er, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de Mme B et de M. E et à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'association Adoma afin de débarrasser les lieux des meubles leur appartenant qui s'y trouveraient après d'expiration du délai mentionné à l'article 1er de la présente ordonnance.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme A B et M. C E.
Copie en sera transmise au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 9 décembre 2024.
Le juge des référés,
Signé
T. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026