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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2412345

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2412345

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2412345
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CABANES NEVEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2024, la société Epoch intelligence demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, de suspendre la procédure de passation du marché en cause, d'annuler la décision du 14 novembre 2024 par laquelle la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a attribué le lot n° 3 du marché en cause à la société la Plateforme formation, d'enjoindre à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur de faire évaluer les offres techniques par un comité extérieur et indépendant et de lui communiquer les documents administratifs nécessaires à une analyse complète et objective.

Elle soutient que :

- la note de 8/20 attribuée au titre du sous-critère relatif aux compétences des intervenants ne reflète en rien les qualifications des intervenants proposés ;

- la note de 12/20 attribuée au titre du sous-critère relatif à la méthodologie apparaît sous-évalué au regard de sa proposition et alors que cette méthodologie a démontré son efficacité dans des projets similaires ;

- les critères techniques ont été surpondérés ;

- la proximité entre la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et la société la Plateforme formation est propre à remettre en cause l'impartialité de l'évaluation des offres, qui pourrait avoir été influencée par des appréciations subjectives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 11 décembre 2024 tenue en présence de M. Bardoux-Jarrin, greffier d'audience, M. Gonneau a lu son rapport et a entendu les observations de M. Capitaine, président de la société Epoch intelligence, et celles de Me. Michaud, représentant la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La région Provence-Alpes-Côte d'Azur a soumis à la concurrence un marché de prestations de conseils aux entreprises en matière informatique. Par un courrier du 14 novembre 2024, le président du conseil régional a informé la société requérante que son offre portant sur le lot n° 3 de ce marché, relatif au conseil en intelligence artificielle, était rejetée et que le candidat attributaire de ce lot était la société la Plateforme formation. La société Epoch intelligence demande, à titre principal, l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () ". Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations () ".

3. Aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution () ". L'article R. 2152-11 du même code dispose : " Les critères d'attribution ainsi que les modalités de leur mise en œuvre sont indiqués dans les documents de la consultation ".

4. Il résulte du règlement de la consultation que la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a informé les candidats que les offres seraient jugées selon un critère tenant au prix, pondéré à hauteur de 60 %, et un critère technique pondéré à hauteur de 40 %, au sein duquel la pertinence de l'organisation et des moyens et la pertinence de la méthodologie seraient pondérées à hauteur de 20 % chacune. Ces sous-critères techniques étaient objectifs et liés à l'objet du marché, et il ne résulte pas de l'instruction que la pondération du critère technique aurait été entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne permettant pas à la région de choisir l'offre économiquement la plus avantageuse. Par suite, le moyen tiré de ce que le critère technique aurait été surpondéré doit être écarté.

5. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par l'autorité concédante, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'autorité concédante n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

6. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que les notes attribuées au titre des sous-critères techniques seraient trop basses au regard de la qualité de l'offre doivent être écartés, alors que la société requérante ne soutient pas que ces notes résulteraient d'une dénaturation de son offre.

7. Aux termes de l'article L3 du code de la commande publique : " Les acheteurs et les autorités concédantes respectent le principe d'égalité de traitement des candidats à l'attribution d'un contrat de la commande publique. Ils mettent en œuvre les principes de liberté d'accès et de transparence des procédures, dans les conditions définies dans le présent code () ".

8. En se bornant à alléguer que la société la Plateforme formation bénéficierait de nombreuses collaborations et soutiens institutionnels locaux et d'une proximité affichée avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la société requérante n'apporte pas de précisions suffisantes à l'appui de son moyen tiré du défaut d'impartialité de la région dans le cadre de la procédure de passation en litige pour en examiner le bien-fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Epoch intelligence doit être rejetée.

10. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la société Epoch intelligence la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Epoch intelligence est rejetée

Article 2 : La société Epoch intelligence versera la somme de 2 000 euros à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Epoch intelligence, à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et à la société la Plateforme formation.

Le juge des référés,

Signé

P-Y. GONNEAU

La République mande et ordonne au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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