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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2503277

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2503277

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2503277
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une expertise médicale pour évaluer les préjudices subis par Mme B C à la suite d'une chute sur la voie publique le 13 juillet 2021. La requérante imputait cette chute à un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, engageant la responsabilité de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Le juge a estimé que la mesure d'expertise était utile pour un éventuel litige au fond, sans préjuger de la solution sur le fond. En revanche, la demande de provision de 6 000 euros a été rejetée, l'obligation de la métropole n'étant pas, en l'état, sérieusement contestable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2025, Mme B C représentée par la Selarl Lescudier, demande au tribunal :

1°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise pour évaluer les préjudices qu'elle subit des suites d'une chute sur la voie publique dont elle expose avoir été victime, le 13 juillet 2021.

2°) de lui allouer une indemnité provisionnelle de 6 000 euros.

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

4°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Métropole les dépens de l'expertise.

Elle soutient que :

- l'expertise est utile pour obtenir la réparation des préjudices.

- la responsabilité de la métropole est engagée car la chute est la conséquence d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2025, la Métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par la présidente en exercice, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante des frais de l'expertise.

La métropole soutient que :

- l'expertise est inutile ;

- il n'y a pas de lien entre l'ouvrage public et la chute.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2025, la caisse commune de sécurité social des Hautes-Alpes ne présente pas de conclusions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Jean-Marie Argoud, magistrat, pour statuer sur les demandes en référé.

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

2. La requérante demande une expertise concernant les conséquences d'une chute survenue le 13 juillet 2021 qu'elle impute à un défaut d'entretien normal d'un espace ouvert au public. Elle démontre ainsi suffisamment, par les pièces qu'elle produit, et au stade de la présente procédure, l'existence de fait susceptibles de justifier une action en responsabilité en qualité d'usager de la voie publique à l'encontre de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, en sa qualité de gestionnaire de la voirie publique.

3. Dans la perspective du recours au fond qui serait, le cas échéant, engagé par la requérante, la mesure d'expertise sollicitée, qui ne préjudicie en rien de la solution susceptible d'être retenue sur le fond du litige et tendant exclusivement à la détermination des préjudices subis par l'intéressée, revêt un caractère utile. Dès lors, la mesure d'expertise médicale demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise de la requérante, au contradictoire de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de la Caisse Commune de Sécurité Sociale des Hautes Alpes et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de provision :

4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

5. Il résulte de ces dispositions, que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

6. La requérante demande la condamnation de la métropole Aix-Marseille-Provence à lui verser une provision. Toutefois, en l'état de l'instruction, il n'est pas établi que la chute ayant occasionné les blessures, pour laquelle les sapeurs-pompiers sont intervenus le 13 juillet 2021 boulevard Michelet devant le centre commercial du Prado, soit la conséquence directe d'un défaut d'entretien de la voie publique. Dès lors, l'existence de l'obligation dont l'intéressée se prévaut ne présente pas le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions de l'article R.541-1 du code de justice administrative précitées. Par suite, les conclusions de la requérante, tendant au versement d'une provision, doivent être rejetées.

Sur la charge des dépens :

7. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. L'article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce que soit mis à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la charge des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens. Dès lors, les conclusions de la requérante, présentées sur ce fondement, doivent être rejetées. Pour les mêmes motifs, la demande présentée par la métropole Aix-Marseille-Provence sur ce fondement doit également être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur D A, exerçant Avenue des Tamaris à l'Hôpital d'Aix au service orthopédie, est désigné pour procéder, en présence de la Métropole Aix-Marseille-Provence, et de la caisse commune de sécurité social des Hautes-Alpes, à une expertise avec la mission suivante :

1°) examiner Mme C et se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) décrire l'état de santé de Mme C, les lésions constatées, les modalités de traitement et leur évolution ; dire si chacune des lésions constatées est la conséquence de la chute survenue le 13 juillet 2021 ou d'un état antérieur ou postérieur ;

3°) évaluer les préjudices corporels de Mme C qui sont directement imputables à l'accident en cause en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total, la date de consolidation de son état physique, le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de Mme C, l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ;

4°) donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par Mme C, en particulier les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures, évaluer le besoin de véhicule adapté ou d'assistance à tierce personne ;

5°) dire si l'état de Mme C est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration : dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lesquels il devra y être procédé ;

6°) d'une façon générale, fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction de déterminer les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices subis.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille par voie numérique dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à la métropole Aix-Marseille-Provence, à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, et au docteur A expert.

Fait à Marseille, le 22 mai 2025

Le juge des référés,

Signé

J.-M. ARGOUD

La République mande et ordonne à la ministre chargée de la santé en ce qui la concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

2

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