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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2503505

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2503505

mercredi 25 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2503505
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CARLINI & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a été saisi par Mme A B d'une demande d'expertise médicale, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, afin de déterminer l'origine et les conséquences de la présence d'une compresse chirurgicale dans son thorax, découverte en octobre 2024, à la suite d'une intervention réalisée par l'Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Le juge des référés a fait droit à cette demande, considérant qu'elle présentait un caractère utile pour une éventuelle action en réparation. En revanche, la demande de dépôt d'un pré-rapport a été rejetée, l'expert étant libre d'organiser sa mission dans le respect du contradictoire. L'expertise est ordonnée aux frais avancés du Trésor public.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2025, Mme F A B, représentée par la Selarl Lexvox, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur l'origine et les conséquences de la présence de la compresse chirurgicale découverte dans son thorax le 31 octobre 2024, à l'occasion d'une intervention chirurgicale réalisée par l'Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM) ;

2°) d'ordonner le dépôt d'un pré-rapport.

Elle soutient que l'expertise demandée est utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2025 la caisse commune de sécurité sociale (CCSS) des Hautes-Alpes représentée par son directeur en exercice ne présente pas de conclusions.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2025, l'AP-HM, agissant par son directeur en exercice représenté par Me Le Goues, déclare ne pas s'opposer à l'expertise et demande au juge des référés de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. D Argoud, magistrat, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La requérante demande une expertise portant sur l'origine de la compresse chirurgicale découverte dans son thorax le 31 octobre 2024, et sur les préjudices subis du fait de cette compresse. Il résulte de l'instruction que la présence d'une compresse chirurgicale dans le thorax de la requérante constitue un fait susceptible de faire l'objet d'une action en réparation devant la juridiction administrative. Ainsi, la demande présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d'y faire droit, d'ordonner une expertise au contradictoire de l'AP-HM et de la CCSS des Hautes-Alpes et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. L'établissement d'un pré-rapport ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise. Il appartient donc à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Les conclusions de la requête tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le professeur E C, exerçant au groupement hospitalier cardiologique Louis Pradel, 28 avenue Doyen Lépine, à Bron (69500), est désigné pour procéder, en présence de l'AP-HM et de la CCSS des Hautes-Alpes, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) examiner Mme A B et se faire communiquer son entier dossier médical et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) procéder à l'examen de Mme A B, décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur à la prise en charge, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec la prise en charge ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme A B a été a été prise en charge dans les services de l'AP-HM depuis 1995 et préciser, notamment, les examens pratiqués, le traitement entrepris et les soins reçus ; rechercher si au cours de la prise en charge par l'AP-HM, une compresse chirurgicale a pu être laissée dans le thorax de Mme A B ; le cas échéant identifier l'intervention à l'origine de l'oubli de la compresse ;

4°) indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec la présence de la compresse dans le thorax de Mme A B ; déterminer dans le cas où cette circonstance ne serait pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre, à Mme A B, des chances de les éviter, l'importance de cette perte de chance, en pourcentage ;

5°) préciser, la durée du déficit fonctionnel temporaire partiel ou total ;

6°) fixer la date de consolidation ;

7°) indiquer le taux de déficit fonctionnel permanent et les répercussions sur les conditions d'existence de Mme A B notamment, le cas échéant, sur le plan professionnel, l'importance des souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis par Mme A B du fait desdits manquements ;

8°) dégager en les spécifiant tous les éléments de préjudice, notamment ceux propres à justifier une indemnisation ; le cas échéant, donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par Mme A B s'il y a lieu, évaluer le besoin d'assistance à une tierce personne et dans l'affirmative en définir les conditions, décrire les soins futurs et les aides compensatoires au handicap de la victime (dépenses de santé, logement adapté, frais divers, appareillage spécifique, véhicule adapté), en précisant la fréquence de leur renouvellement ;

9°) dire si l'état de Mme A B est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration, et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé ;

10°) d'indiquer, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, les circonstances, les causes et l'étendue des préjudices subis par la victime.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille par voie numérique dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F A B, à l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille, à la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes et à M. C, expert.

Fait à Marseille, le 25 juin 2025.

Le juge des référés,

Signé

D Argoud

La République mande et ordonne au Ministre de la Santé et de l'Accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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