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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2601303

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2601303

mardi 24 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2601303
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CARLINI & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale concernant la prise en charge de M. A... au centre hospitalier d’Arles, qui a conduit à son décès le 12 novembre 2023. La requérante, sa fille, demandait cette mesure sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Le juge a estimé la demande utile, car le rapport existant de la commission de conciliation et d’indemnisation ne s’était pas prononcé sur les conditions de la prise en charge. L’expertise devra notamment déterminer si des manquements ont été commis et s’ils ont fait perdre une chance de survie au patient.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 janvier 2026 et le 5 février 2026, Mme B... C..., représentée par la SELARL Buravan Desmettre Giguet Faupin demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale portant sur les conditions dans lesquelles son père, M. F... A... a été prise en charge au centre hospitalier d’Arles à compter du 4 novembre 2023.

Elle soutient que l’expertise demandée est utile.

Par des mémoires en défense enregistrés le 2 et 3 février 2026, le centre hospitalier d’Arles, représenté par la SELARL Carlini et associés conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante du versement de la somme de 1 500€ sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il déclare que l’expertise n’est pas utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2026, l’ONIAM, représenté par la Selarl de la Grange et Fitoussi, avocats, conclut au rejet de la requête.

Il déclare que l’expertise n’est pas utile.

La procédure a été communiquée à la Caisse primaire d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône qui n’a pas présenté d’observations.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. E... Argoud, magistrat, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1.
Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction (…) ».

2.
La requérante demande une expertise portant sur les conditions dans lesquelles son père, M. A... a été pris en charge au centre hospitalier d’Arles à compter du 4 novembre 2023. Il résulte de l’instruction que la prise en charge concernant une prothèse totale de hanche a été marquée par des complications qui ont conduit au décès le 12 novembre 2023. Ce décès a engendré des préjudices susceptibles de faire l’objet d’une action en réparation devant la juridiction administrative. Le rapport l’expertise réalisée devant la commission de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux de Provence-Alpes-Côte d’Azur, concernant la prise en charge de la prothèse totale de hanche, se borne à mentionner que « l’origine du décès est en rapport très vraisemblablement, avec une inhalation de liquide gastrique favorisée par une dégradation de l’état général. » Contrairement à ce que soutiennent l’ONIAM et le centre hospitalier, l’expert auteur du rapport ne s’est pas prononcée sur l’appréciation des conditions ne cette prise en charge. Ainsi, la demande présente un caractère utile et entre dans le champ d’application des dispositions précitées de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d’y faire droit et de fixer la mission de l’expert comme il est précisé à l’article 1 de la présente ordonnance.


O R D O N N E :




Article 1er : Le docteur D... G..., exerçant Centre médical Médic Helico rond point de l'hélicoptère, avenue de l'Europe à Marignane (13700) est désignée pour procéder, en présence des parties à l’instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l’état de santé de M. A... et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de ses prises en charge par le centre hospitalier d’Arles ; entendre tout sachant ; procéder à l’examen sur pièces du dossier médical de M. A... ;

2°) décrire l’état de santé du défunt, M. A..., avant sa prise en charge par le centre hospitalier d’Arles et jusqu’à son décès le 12 novembre 2023, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s’ils étaient adaptés à l’état de M. A... et aux symptômes qu’elle présentait ;



4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux ou de soins ou des manquements dans l’organisation du service ont été commis lors de la prise en charge de M. A... ; rechercher si les diligences nécessaires pour l’établissement d’un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l’art ; déterminer les raisons de la dégradation de l’état de santé de M. A... et indiquer quelle est la fréquence, le caractère habituel ou prévisible de cette dégradation par rapport au diagnostic qui a été ou aurait dû être posé ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le décès de M. A... a un rapport avec son état initial, ou l’évolution prévisible de cet état ; déterminer la part présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement, maladresse ou défaillance reproché au centre hospitalier d’Arles ; dire si le décès de M. A... est imputable à une faute de leur part ou à un aléa thérapeutique ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. A... une chance sérieuse de survie ; proposer une quantification de cette perte de chance, formulée en pourcentage, en faisant la distinction avec les autres facteurs ayant pu provoquer son décès ;

7°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si M. A... ou ses représentants légaux, ont été informés de la nature des traitements qu’elle allait recevoir, et des conséquences normalement prévisibles de ces traitements et si M. A..., ou ses représentants légaux, ont été mis à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si M. A... a subi une perte de chance de guérison en refusant les traitements et si l’intéressée ou ses représentants légaux en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;

8°) dire si le défunt a été victime d’une infection et, dans l’affirmative, en rechercher l’origine plausible et les facteurs ayant favorisé son développement ; donner son avis sur le point de savoir si cette infection est d’origine nosocomiale ;

9°) évaluer les postes de préjudices subis avant décès : taux de déficit fonctionnel temporaire total ou partiel, souffrances endurées, préjudice esthétique et tous autres postes de préjudices susceptibles d’être apparus ;

10°) recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l’examen des questions précédemment définies, permettant à la juridiction de se prononcer sur les responsabilités et l’étendue des préjudices subis dans le cadre d’un éventuel recours en responsabilité ;

Article 2 : En application de l’article R. 621-9 du code de justice administrative, l’expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille par voie numérique dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l’accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.





Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... C..., au centre hospitalier d’Arles, à l’Office Nationale d’Indemnisation des Accidents Médicaux et à l’expert le docteur D... G....


Fait à Marseille, le 24 février 2026.



Le juge des référés,


Signé

E... Argoud


La République mande et ordonne au Ministre de la Santé et de l’Accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
P/Le greffier en chef,
Le greffier,




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