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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2603295

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2603295

jeudi 19 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2603295
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale pour évaluer les préjudices corporels de M. D... A..., suite à une chute sur la voie publique imputée à un défaut d'entretien. L'expertise a été jugée utile au regard d'un éventuel recours en responsabilité contre la métropole Aix-Marseille-Provence, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. En revanche, le tribunal a rejeté la demande d'imposer à l'expert un pré-rapport et a refusé de mettre à la charge des défenderesses les frais d'instance sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2026, M. D... A... représenté par Me Mas, demande au tribunal :

1°) d’ordonner sur le fondement des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise pour évaluer les préjudices qu’il subit des suites d’une chute sur la voie publique dont il expose avoir été victime, le 2 décembre 2024 ;

2°) de dire que l’expert déposera un pré-rapport ;

3°) de mettre in solidum à la charge de la société SGETAS et de la métropole Aix-Marseille-Provence le versement de la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l’expertise est utile.


La requête a été communiquée à la Métropole Aix-Marseille-Provence et à la société Gestas qui n’ont pas présenté d’observations.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Jean-Marie Argoud, magistrat, pour statuer sur les demandes en référé.



Sur l’expertise :

1. Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. (...) ». L’utilité d’une mesure d’instruction ou d’expertise qu’il est demandé au juge des référés d’ordonner sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d’une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d’autres moyens et, d’autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l’intérêt que la mesure présente dans la perspective d’un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d’expertise permettant d’évaluer un préjudice, en vue d’engager la responsabilité d’une personne publique, en l’absence manifeste, en l’état de l’instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

2. Le requérant demande une expertise concernant les conséquences d’une chute, lui ayant occasionné une fracture comminutive du calcanéus survenue le 2 décembre 2024, 163 avenue de la Capelette à Marseille, qu’il impute à un défaut d’entretien normal de la voie publique. Il démontre ainsi suffisamment, par les pièces qu’il produit, et au stade de la présente procédure, l’existence de fait susceptibles de justifier une action en responsabilité en qualité d’usager de la voie publique à l’encontre de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, en sa qualité de gestionnaire de la voirie publique.

3. Dans la perspective du recours au fond qui serait, le cas échéant, engagé par le requérant, la mesure d’expertise sollicitée, qui ne préjudicie en rien de la solution susceptible d’être retenue sur le fond du litige et tendant exclusivement à la détermination des préjudices subis par l’intéressé, revêt un caractère utile. Dès lors, la mesure d’expertise médicale demandée entre dans le champ d’application des dispositions précitées de l’article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d’expertise du requérant, au contradictoire de la métropole d’Aix-Marseille-Provence et de la caisse primaire centrale d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône et de fixer la mission de l’expert comme il est précisé à l’article 1er de la présente ordonnance.



Sur le pré-rapport :


4 Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l’expert d’établir un pré-rapport. L’expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d’autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. L’établissement d’un pré-rapport ne constitue qu’une modalité opérationnelle de l’expertise. Il appartient donc à l’expert d’apprécier la nécessité d’y recourir. Les conclusions de la requête tendant à ce que l’expert dépose un pré-rapport, ne peuvent qu’être rejetées.





Sur les frais d’instance :

5. L’article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole ou de la société SGETAS, qui n’ont pas la qualité de partie perdante à la présente instance, la charge des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens. Dès lors, les conclusions du requérant, présentées sur ce fondement, doivent être rejetées.




O R D O N N E :



Article 1er : Le docteur B... C..., exerçant 215 avenue du Prado à Marseille (13008) est désigné pour procéder, en présence de la métropole Aix-Marseille-Provence, de la société SGETAS et de la caisse primaire d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône, à une expertise avec la mission suivante :

1°) examiner M. A... et se faire communiquer tous documents et pièces qu’il estimera utiles à l’accomplissement de sa mission ;

2°) décrire l’état de santé de M. A..., les lésions constatées, les modalités de traitement et leur évolution ; dire si chacune des lésions constatées est la conséquence de la chute survenue le 8 juin 2022 ou d’un état antérieur ou postérieur ;

3°) évaluer les préjudices corporels de M. A... qui sont directement imputables à l’accident du 2 décembre 2024 en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total, la date de consolidation de son état physique, le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d’existence de M. A..., l’importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d’agrément ;

4°) donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par M. A..., en particulier les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures, évaluer le besoin de véhicule adapté ou d’assistance à tierce personne ;

5°) dire si l’état de M. A... est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration : dans l’affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lesquels il devra y être procédé ;

6°) d’une façon générale, fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction de déterminer les responsabilités encourues et d’évaluer les préjudices subis.


Article 2 : L’expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.


Article 3 : En application de l’article R. 621-9 du code de justice administrative, l’expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille par voie numérique dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l’accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.


Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A..., à la Métropole Aix-Marseille-Provence, à la société SGETAS, à la caisse primaire centrale d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône, et au docteur B... C... expert.


Fait à Marseille, le 19 mars 2026.



Le juge des référés,


Signé


J.-M. ARGOUD

La République mande et ordonne à la ministre de la Santé, des Familles, E... et des Personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
La greffière,






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