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Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2609389

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2609389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantSCP RICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 502159 du 20 mai 2026, le Conseil d’État statuant au contentieux, saisi d’un pourvoi présenté par Mme B... A..., a annulé le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 2306124 en date du 6 janvier 2025 et a renvoyé l’affaire devant le même tribunal.

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 juin 2023, le 29 octobre 2024 et le 13 décembre 2024, Mme B... A..., représentée par Me Herau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 23 mai 2023 par laquelle la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône a, sur son recours administratif préalable, confirmé sa décision du 10 janvier 2023 refusant de lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé ;

2°) d’enjoindre à la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône de reconnaître à Mme A... la qualité de travailleur handicapé dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation.

La requête a été communiquée à la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tukov, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
• le rapport de M. Tukov, magistrat désigné,
• les observations de Me Herau, représentant Mme A... ,
• la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône n’étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée, en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales à l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A... a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé auprès de la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône. Par sa requête, elle demande au tribunal d’annuler la décision du 23 mai 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 5213-1 du code du travail : « Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l’altération d’une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ». Aux termes de l’article L. 5213-2 du même code : « La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles. Lorsque le handicap est irréversible, la qualité de travailleur handicapé est attribuée de façon définitive (…) ».
3. Selon l’article L. 114 du code de l’action sociale et des familles : « Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ». Aux termes de l’article L. 241-6 du même code : « La commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées est compétente pour : 1° Se prononcer sur l’orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ; (…) 4° Reconnaître, s’il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 5213-1 du code du travail ; (…) ». Il résulte de ces dispositions que la qualité de travailleur handicapé doit être appréciée en tenant compte, d’une part, de l’état de santé du demandeur et, d’autre part, des conséquences de cet état de santé sur ses possibilités d’obtenir ou de conserver un emploi.
4. Il résulte de l’instruction, et notamment de trois certificats médicaux en date du 9 octobre 2024, du 10 octobre 2024 et du 14 novembre 2024, que Mme A... souffre, d’une part, de douleurs persistantes à la cheville gauche liées à une fracture de la malléole externe qui lui provoquent une invalidité fonctionnelle et une incapacité à rester debout de manière prolongée et à marcher de longues distances, et d’autre part, d’un état anxiodépressif. Il ressort du certificat de son médecin généraliste du 30 octobre 2024 qu’aucune amélioration significative de son état de santé n’est à prévoir à court terme. Dès lors, Mme A..., justifie, sans être contredite, faute de mémoire en défense éclairant le tribunal sur ce point, que ses pathologies provoquent une altération définitive de ses fonctions physiques et mentales qui réduisent de façon durable ses possibilités de conserver et de trouver un emploi. Par suite, Mme A... est fondée à soutenir que la décision refusant de lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé est entachée d’erreur d’appréciation et qu’elle doit, dès lors, se voir reconnaître cette qualité au sens des dispositions précitées de l’article L.5213-1 du code du travail. Par suite, Mme A... est fondée à demander l’annulation la décision du 23 mai 2023 refusant la reconnaissance de travailleur handicapé.
Sur les conclusions à fin d’injonction :

5. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. »

6. En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique nécessairement que la CDAPH des Bouches-du-Rhône reconnaisse la qualité de travailleur handicapé pour une durée de deux ans à Mme A... à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n’est pas partie dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme A....







D E C I D E :


Article 1er : La décision du 23 mai 2023 par laquelle la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône a refusé de reconnaître à Mme A... la qualité de travailleur handicapé, est annulée.

Article 2 : La qualité de travailleur handicapé est reconnue à Mme B... A... pour une durée de deux ans à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la maison départementale des personnes handicapées des Bouches-du-Rhône.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.



Le magistrat désigné,


Signé


C. TUKOV
La greffière,


Signé


S. BOUCHUT



La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.