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Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2616411

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2616411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEVILLIERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2026, Mme D... C... épouse A..., représentée par Me Devilliers, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite du 21 décembre 2025 par laquelle le préfet des Bouches‑du‑Rhône a rejeté sa demande de délivrance d’un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches‑du‑Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d’enjoindre au préfet de réexamen sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer un récépissé dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d’urgence :
- l’urgence est établie dès lors qu’elle s’est vue opposer un refus d’embauche, que son conjoint ne peut pas travailler et que le foyer ne dispose d’aucune ressource ;

Sur le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
- l’auteur de la décision n’est pas compétent ;
- la décision attaquée n’est pas motivée ;
- elle méconnaît les articles 6-2° et 6-4° 6-2 de l’accord franco-algérien
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2616408 enregistrée le 15 septembre 2026.

Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Pilidjian, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique du 29 septembre 2026 à 14h00.

Mme Pilidjian a lu son rapport au cours de l’audience publique et a prononcé la clôture de l’instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C... épouse A..., ressortissante algérienne née le 8 avril 2003 à Tlemcen (Algérie), entrée sur le territoire français le 19 août 2025 munie d’un visa de long séjour valable du 1er août 2025 au 28 janvier 2026, a sollicité, le 21 août 2025 auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône, la délivrance d’un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale ». En l’absence de réponse de l’administration durant plus de quatre mois à compter de l’enregistrement de cette demande, une décision implicite est née. M. B... demande la suspension de l’exécution de cette décision implicite.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. D’une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

3. D’autre part, aux termes de l’article R. 432-1 de ce code : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. (…) ». La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer ou renouveler un récépissé ou une attestation de prolongation de l’instruction pour une durée supérieure au délai prévu à l’article R. 432-2 ou postérieurement à l’expiration de ce délai ne fait pas obstacle à la naissance ou au maintien de la décision implicite de refus née du silence gardé par l’administration au terme de ce délai.

En ce qui concerne l’urgence :

4. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est, en principe, constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour. La circonstance que le requérant a obtenu plusieurs récépissés à la suite d’une demande de titre de séjour, ne prive pas d’objet la demande de suspension du refus de renouveler son titre de séjour.

5. Pour établir l’existence d’une situation d’urgence, Mme C... épouse A... fait valoir qu’elle est dans l’impossibilité d’exercer une activité professionnelle faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour en France alors que sa dernière attestation de prolongation d’instruction a expiré le 4 mars 2026, et que son conjoint, malade, ne peut travailler. Elle produit notamment une lettre de la société BM Repair rejetant sa candidature en raison de l’absence de présentation d’un document l’autorisation à travailler, une attestation de paiement de la CAF des Bouches-du-Rhône allouant à son époux des allocations d’un montant total de 884,53 euros, ainsi qu’un avis d’imposition sur les revenus faisant état d’aucun revenu. Il résulte également de l’instruction que l’enfant du couple est né le 9 juin 2026. Dans ces conditions particulières, et compte tenu notamment de la précarité financière dans laquelle se trouve le foyer de Mme C... épouse A..., la condition d’urgence doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite litigieuse :

6. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 6-2° de l’accord franco-algérien est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède, et dès lors que les deux conditions prévues à l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, que l’exécution de la décision implicite du 21 décembre 2025 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer à Mme C... épouse A... un certificat de résidence algérien doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

8. La présente décision implique, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à Mme C... épouse A... à titre provisoire dans l’attente du jugement au fond, un certificat de résidence algérien dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui délivre dans l’attente et sous cinq jours une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

9. En application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C... épouse A... et non compris dans les dépens.




O R D O N N E :


Article 1 : L’exécution de la décision implicite du 21 décembre 2025 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de Mme C... épouse A... de délivrance d’un certificat de résidence algérien est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme C... épouse A..., à titre provisoire, dans l’attente du jugement au fond, un certificat de résidence algérien dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans cette attente et sous cinq jours une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Article 3 : L’Etat versera à Mme C... épouse A... une somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C... épouse A... est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D... C... épouse A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 1er octobre 2026.

La juge des référés,


signé

H. PILIDJIAN

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier