Site expérimental.Les contenus sont rédigés avec l'aide d'une intelligence artificielle, qui peut se tromper. Si vous voyez une information fausse, merci de nous prévenir à contact@meilleuravocats.fr : nous corrigeons rapidement. Notre objectif est d'aider les avocats et les professionnels, jamais de leur nuire.

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2616589

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2616589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2026, Mme A... B... épouse C..., représentée par Me Leonhardt, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite du 13 mars 2026 par laquelle le préfet des Bouches‑du‑Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches‑du‑Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » à titre provisoire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation de séjour lui permettant de travailler dans un délai de quarante-huit heures ;

3°) à défaut, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la condition d’urgence :
‑ la condition d’urgence est présumée s’agissant d’un refus de renouvellement de titre de séjour ;
- l’urgence est en tout état de cause établie dès lors que l’absence de renouvellement de son titre de séjour l’empêche d’exercer une activité professionnelle et précarise la situation de son foyer ;

Sur le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
- la décision méconnaît l’article 6-5 de l’accord franco-algérien et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas présenté de mémoire en défense.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2616580 enregistrée le 17 septembre 2026.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Pilidjian, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique du 29 septembre 2026 à 14h00.

Ont été entendus au cours de l’audience publique en présence de Mme Ibram, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Pilidjian,
- et les observations de Me Leonhardt pour Mme B... épouse C....

Considérant ce qui suit :

1. Mme B... épouse C..., ressortissante algérienne née le 3 mars 1968 à Annaba (Algérie), a sollicité, par un courrier réceptionné le 13 novembre 2025 par la préfecture des Bouches-du-Rhône, le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » valable du 19 mars 2025 au 18 mars 2026. En l’absence de réponse de l’administration durant plus de quatre mois à compter de l’enregistrement de cette demande, une décision implicite est née. Mme B... épouse C... demande la suspension de l’exécution de cette décision implicite.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. D’une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

3. D’autre part, aux termes de l’article R. 432-1 de ce code : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. (…) ». La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer ou renouveler un récépissé ou une attestation de prolongation de l’instruction pour une durée supérieure au délai prévu à l’article R. 432-2 ou postérieurement à l’expiration de ce délai ne fait pas obstacle à la naissance ou au maintien de la décision implicite de refus née du silence gardé par l’administration au terme de ce délai.

En ce qui concerne l’urgence :

4. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est, en principe, constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour. La circonstance que le requérant a obtenu plusieurs récépissés à la suite d’une demande de titre de séjour, ne prive pas d’objet la demande de suspension du refus de renouveler son titre de séjour.

5. Le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n’a produit aucune observation à l’instance, n’a pas contesté la situation d’urgence née du refus de renouvellement de titre de séjour opposé à Mme B... épouse C..., présumée et telle que résultant notamment des difficultés auxquelles elle est exposée. Ainsi, la condition d’urgence doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite litigieuse :

6. En l’état de l’instruction, l’ensemble des moyens soulevés par Mme B... épouse C... est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède, et dès lors que les deux conditions prévues à l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, que l’exécution de la décision implicite du 13 mars 2026 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler le certificat de résidence algérien de Mme B... épouse C... doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

8. La présente décision implique, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à Mme B... épouse C... à titre provisoire dans l’attente du jugement au fond, un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui délivre dans l’attente et sous cinq jours une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et sous réserve que Mme B... épouse C... soit admise définitivement à l’aide juridictionnelle et que Me Leonhardt, avocate de cette dernière, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement de 1 000 euros à Me Leonhardt.

O R D O N N E :

Article 1 : L’exécution de la décision implicite du 13 mars 2026 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de Mme B... épouse C... de délivrance tendant au renouvellement de son titre de séjour est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme B... épouse C..., à titre provisoire, dans l’attente du jugement au fond, un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans cette attente et sous cinq jours une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Article 3 : L’Etat versera à Me Leonhardt une somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Mme B... épouse C... obtienne le bénéfice de l’aide juridictionnelle et que Me Leonhardt renonce à percevoir la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... épouse C... est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... épouse C..., à Me Leonhardt et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 1er octobre 2026.
La juge des référés,

signé

H. PILIDJIAN

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier