Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2616700
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2616700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MANIQUET |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistré les 19 septembre 2026 et 30 septembre 2026, Mme A... C... B..., représentée par Me Maniquet, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet du Doubs l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office ;
2°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d’une incompétence du signataire de l’acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l’assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2026, le préfet du Doubs, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fayard pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d’éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience du 1er octobre 2026 à 10h00.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, conseillère,
- les observations de Me Maniquet, représentante de Mme C... B..., présente, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur le fait que ses parents sont en situation régulière sur le territoire ainsi que plusieurs de ses cousines, elle est insérée socialement en France depuis 2020 et suit un traitement médical à vie qui coûte cher dans son pays d’origine.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 12 septembre 2026, le préfet du Doubs a prononcé à l’encontre de Mme C... B..., ressortissante comorienne née le 30 décembre 1996, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office. Le même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté d’assignation à résidence à son encontre.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme C... B... déclare être entrée en France en 2020 et démontre sa présence continue sur le territoire a minima depuis 2021. Sa mère est de nationalité française et son père est titulaire d’une carte résident valable jusqu’en 2033. Elle dispose également d’une insertion sociale dès lors que ses cousines, présentes à l’audience, sont en situation régulière sur le territoire et que Mme C... B... est bénévole dans une association locale depuis 2021. En outre, la requérante a subi, en 2021, une péritonite ayant nécessité une opération et un suivi médical régulier. Elle est notamment soumise, ainsi qu’en atteste les certificats médicaux produits, à la prise de deux médicaments « Eliquis » et « Kardegic » à vie dont la requérante démontre que ces derniers sont couteux au Comores et dont elle ne pourrait ainsi pas bénéficier. Eu égard à l’ensemble de ces éléments, et alors qu’elle ne dispose plus de lien familial dans son pays d’origine, Mme C... B... doit être regardée comme ayant fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme C... B... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet du Doubs l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement.
Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 12 septembre 2026 portant assignation à résidence pour la durée de quarante-cinq jours :
4. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme C... B... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 12 septembre 2026 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination de la mesure d’éloignement. Par suite, l’arrêté du même jour portant assignation à résidence de Mme C... B... pour une durée de quarante-cinq jours doit être annulé par voie de conséquence de l’illégalité de la mesure d’éloignement.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
5. Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».
6. Il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, ou tout autre préfet compétent, de munir Mme C... B... d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à Mme C... B... la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : L’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet du Doubs l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être reconduite d’office ainsi que l’arrêté du 12 septembre 2026 du préfet des Bouches-du-Rhône portant assignation à résidence sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, ou tout autre préfet compétent, de munir Mme C... B... d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement ;
Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 200 euros à Mme C... B... au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... B..., au préfet du Doubs et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La magistrate désignée,
Signé
A. FAYARD
Le greffier,
Signé
D LETARD
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
Le greffier,
Par une requête et un mémoire enregistré les 19 septembre 2026 et 30 septembre 2026, Mme A... C... B..., représentée par Me Maniquet, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet du Doubs l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office ;
2°) d’annuler l’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d’une incompétence du signataire de l’acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l’assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2026, le préfet du Doubs, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Fayard pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d’éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience du 1er octobre 2026 à 10h00.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, conseillère,
- les observations de Me Maniquet, représentante de Mme C... B..., présente, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête, en insistant sur le fait que ses parents sont en situation régulière sur le territoire ainsi que plusieurs de ses cousines, elle est insérée socialement en France depuis 2020 et suit un traitement médical à vie qui coûte cher dans son pays d’origine.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 12 septembre 2026, le préfet du Doubs a prononcé à l’encontre de Mme C... B..., ressortissante comorienne née le 30 décembre 1996, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être reconduit d’office. Le même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté d’assignation à résidence à son encontre.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme C... B... déclare être entrée en France en 2020 et démontre sa présence continue sur le territoire a minima depuis 2021. Sa mère est de nationalité française et son père est titulaire d’une carte résident valable jusqu’en 2033. Elle dispose également d’une insertion sociale dès lors que ses cousines, présentes à l’audience, sont en situation régulière sur le territoire et que Mme C... B... est bénévole dans une association locale depuis 2021. En outre, la requérante a subi, en 2021, une péritonite ayant nécessité une opération et un suivi médical régulier. Elle est notamment soumise, ainsi qu’en atteste les certificats médicaux produits, à la prise de deux médicaments « Eliquis » et « Kardegic » à vie dont la requérante démontre que ces derniers sont couteux au Comores et dont elle ne pourrait ainsi pas bénéficier. Eu égard à l’ensemble de ces éléments, et alors qu’elle ne dispose plus de lien familial dans son pays d’origine, Mme C... B... doit être regardée comme ayant fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme C... B... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet du Doubs l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement.
Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 12 septembre 2026 portant assignation à résidence pour la durée de quarante-cinq jours :
4. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme C... B... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 12 septembre 2026 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination de la mesure d’éloignement. Par suite, l’arrêté du même jour portant assignation à résidence de Mme C... B... pour une durée de quarante-cinq jours doit être annulé par voie de conséquence de l’illégalité de la mesure d’éloignement.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
5. Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».
6. Il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, ou tout autre préfet compétent, de munir Mme C... B... d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à Mme C... B... la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : L’arrêté du 12 septembre 2026 par lequel le préfet du Doubs l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d’être reconduite d’office ainsi que l’arrêté du 12 septembre 2026 du préfet des Bouches-du-Rhône portant assignation à résidence sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, ou tout autre préfet compétent, de munir Mme C... B... d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement ;
Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 200 euros à Mme C... B... au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... B..., au préfet du Doubs et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La magistrate désignée,
Signé
A. FAYARD
Le greffier,
Signé
D LETARD
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
Le greffier,
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