vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-1902885 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT RAVAUT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 décembre 2019, 8 juillet 2020, 14 avril, 3 mai, 17 juillet, 22 septembre, 18 et 26 octobre, 10 et 14 novembre 2022, M. H F, Mme E F et M. G F, représentés par Me Baguenard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie à leur verser la somme de 167 561,16 euros en réparation des préjudices subis lors de la prise en charge médicale de M. C F, avec intérêt légal à compter du 2 septembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) la somme de 251 341,73 euros en réparation des préjudices subis lors de la prise en charge médicale de M. C F, avec intérêt légal à compter du 2 septembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge du CHU Caen Normandie et de l'ONIAM une somme de 25 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le retard de prise en charge par le CHU Caen Normandie constitue une faute médicale ayant fait perdre à M. C F une chance de 40 % de se soustraire à l'amputation ;
- l'ischémie, qui a entraîné l'amputation, est directement liée à un acte de soins et constitue un aléa thérapeutique ; il appartient à l'ONIAM de prendre en charge 60 % des préjudices qui en découlent ;
- les préjudices doivent être réparés par le CHU Caen Normandie à hauteur de 40 % et par l'ONIAM à hauteur de 60 % ;
- ils sont fondés à solliciter :
* au titre des préjudices patrimoniaux temporaires subis par M. C F : 1 021,60 euros au titre des dépenses de santé actuelle, 1 878,20 euros au titre des frais de médecin conseil devant la CRCI et 900 euros de frais d'expert judiciaire, 40 euros pour l'achat d'un sac de transport de prothèse, 287 euros pour la réalisation d'un stage d'adaptation de prothèse, 10 170 euros de frais d'assistance par tierce personne temporaire, 29 285,48 euros de perte de gains professionnels actuels ;
* au titre des dépenses de santé futures : 748 013,07 euros (prothèse principale), 101 358,45 euros (changement de l'emboiture), 42 263,13 euros (changement de manchon), 263 003,72 euros (prothèse de ski), 81 086,86 euros (changement de l'emboiture), 38 421,32 (changement de manchon), 223 801,85 euros (prothèse de natation), 81 086,86 euros (changement de l'emboiture), 38 431,32 euros (changement de manchon) ;
* au titre des autres préjudices patrimoniaux permanents : 326 824,94 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs, 150 000 euros d'incidence professionnelle, 12 000 euros de préjudice universitaire, 112 267,08 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne, 1 679,08 euros de frais d'aménagement de son logement, 17 718,43 euros de frais d'adaptation de véhicule ;
* au titre des préjudices extra-patrimoniaux : 14 668,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 25 000 euros au titre des souffrances endurées, 6 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 146 800 euros au titre du préjudice fonctionnel permanent, 25 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 40 000 euros au titre du préjudice sexuel, 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 60 000 euros au titre du préjudice d'établissement.
Par deux mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 18 mars et 4 mai 2020 et le 25 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Eure, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le CHU Caen Normandie à lui verser la somme de 9 946,63 euros au titre de ses débours, avec intérêt et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge du CHU Caen Normandie la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge du CHU Caen Normandie une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le retard d'intervention du CHU Caen Normandie de quarante-huit heures n'est pas conforme aux données acquises de la science et a fait perdre à M. C F une chance de 40 % de ne pas subir les complications sur son membre inférieur droit ;
- ses débours exposés consécutivement à cette complication s'élèvent à 13 651,11 euros au titre des dépenses de santé actuelle et de 11 215,46 euros au titre des dépenses de santé jusqu'au décès de M. C F ; elle est bien fondée à solliciter le remboursement de 40 % de ces sommes, soit 9 946,63 euros.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés les 29 avril 2020 et 23 septembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, conclut à sa mise hors de cause.
Il soutient que :
- la transplantation cardiaque n'est pas consécutive à un accident médical non fautif ; elle a été rendue nécessaire par la maladie initiale dont est atteint le requérant ;
- un échec thérapeutique ne peut être qualifié d'accident médical non fautif indemnisable par la solidarité nationale ;
- l'ischémie du membre inférieur droit est la seule complication qualifiable d'accident médical non fautif, mais le critère de gravité n'est pas rempli pour une indemnisation au titre de la solidarité nationale ;
- les troubles neurologiques sont imputables à l'état antérieur du patient.
Par des mémoires en défense, enregistrées les 29 avril 2020, 11 avril, 4 mai et 7 septembre 2022, le centre hospitalier universitaire Caen Normandie, représenté par Me Labrusse, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la réduction des sommes à allouer et au rejet des demandes de la CPAM.
Il soutient que :
- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la prise en charge de la maladie rare de M. F par une transplantation cardiaque a été réalisée dans un contexte d'extrême urgence ;
- la survenue d'une complication ischémique du membre inférieur droit constitue un aléa thérapeutique ;
- il n'y a pas de lien de causalité direct et certain entre la prétendue faute et l'amputation ;
- à titre subsidiaire, les sommes à allouer au titre des préjudices doivent être réduites.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Labrusse, représentant le CHU Caen Normandie.
Considérant ce qui suit :
1. M. C F, né le 20 août 1993, atteint de polychondrite atrophiante, a subi des cures d'immunosuppression en 2012. En mars 2014, une échographie cardiaque a mis en évidence un anévrisme comprimant le tronc de l'artère coronaire gauche. Le 25 mars 2014, une intervention de remplacement valvulaire mitral mécanique est réalisée, associée à un Bentall mécanique et à une reconstruction de la voie d'éjection par un patch ventriculaire gauche de péricarde. Une dysfonction ventriculaire majeure a persisté. Il a été admis au centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie le 18 décembre 2014 pour un volumineux hématome péri-aortique. Une transplantation cardiaque en urgence a été réalisée le 4 janvier 2015. Les suites sont notamment marquées par une ischémie du membre inférieur droit nécessitant une amputation transfémorale droite le 15 janvier 2015. M. C F a suivi ensuite plusieurs périodes de réadaptation cardiaque et de rééducation. Il a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation le 17 juillet 2015, laquelle a rendu un avis le 16 décembre 2016 précisant que l'état de santé n'était pas consolidé. Par une ordonnance du 22 janvier 2018, le juge des référés du présent tribunal a ordonné la réalisation d'une nouvelle expertise médicale. L'expert a déposé son rapport le 17 décembre 2018. M. C F a présenté des demandes indemnitaires préalables auprès du CHU Caen Normandie et de l'ONIAM le 2 septembre 2019. Par la présente requête, il a sollicité la condamnation du CHU Caen Normandie et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à la réparation de ses préjudices. Le tribunal a été informé le 3 mai 2022 du décès de M. C F intervenu le 2 mai 2022 et, le 17 juillet 2022, de la reprise de l'instance par M. H F, son père, Mme E F, sa mère, et M. G F, son frère. Les requérants demandent, dans le dernier état de leurs écritures, la condamnation du CHU Caen Normandie au versement de la somme de 167 561,16 euros et la mise à la charge de l'ONIAM de la somme de 251 341,73 euros, en réparation des préjudices subis lors de la prise en charge médicale de M. C F.
Sur la faute du CHU Caen Normandie et la réparation due par l'ONIAM :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'ONIAM.
3. L'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
4. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation par l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise par une personne mentionnée au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. Par suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale si ses conséquences remplissent les conditions posées au II de l'article L. 1142-1 et présentent notamment le caractère de gravité requis, l'indemnité due par l'ONIAM étant seulement réduite du montant de l'indemnité mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.
En ce qui concerne l'aléa thérapeutique :
5. Il est constant que la transplantation cardiaque du 4 janvier 2015 a été réalisée en urgence compte tenu de la pathologie initiale de M. C F. Les suites opératoires ont été marquées par une défaillance ventriculaire globale, nécessitant une oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO) par la mise en place d'une assistance circulatoire artério veineuse fémorale droite avec reperfusion d'aval (ECMO veino-artérielle). Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise, que la pose de l'ECMO était nécessaire compte tenu de l'état de santé du patient. Deux jours plus tard, une ischémie du membre inférieur droit a été suspectée, confirmée par echodopler du 7 janvier 2015. L'ECMO a été retirée le 9 janvier 2015 et M. C F a dû subir une amputation transfémorale le 15 janvier 2015 du fait de l'ischémie. Il est constant que les conséquences de l'acte médical, à savoir l'amputation, ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement. Le rapport d'expertise du 17 décembre 2018 indique que si, à la suite d'une ECMO veino-artérielle telle que subie par M. F, le risque d'ischémie de membre est de 10 %, le taux d'amputation majeure est de 1 à 5 %. Le rapport d'expertise du 3 juin 2016 présenté devant la commission de conciliation et d'indemnisation conclut à un accident médical et mentionne un article de littérature médicale du 26 février 2014 reprenant une étude réalisée à Rennes selon laquelle le risque d'ischémie après une ECMO serait de 1 %. Il ressort toutefois des éléments apportés par l'ONIAM que cette étude mentionne en réalité un risque d'ischémie de 6 %. L'ONIAM fait également valoir une étude de 2016 selon laquelle ce taux d'ischémie à la suite d'ECMO serait de 9,3 %. Toutefois, ces taux ne concernent pas les ischémies ayant entraîné une amputation, telle que celle subie par M. C F. L'ONIAM fait également mention d'une méta-analyse de 2014 analysant la gravité de la complication d'ECMO, selon laquelle une aponévrotomie pour syndrome des loges a été nécessaire dans 10,3 % des cas (de 7,3 à 14,5 %), et une amputation dans 4,7 % des cas (de 2,3 à 9,3 %). Il n'y a pas lieu de tenir compte du taux de mortalité à J30 évoqué par l'ONIAM, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les causes du décès soient liées à la complication. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que, malgré l'état de santé initial du patient, ce dernier était particulièrement exposé à ce risque d'ischémie conduisant à une amputation. Au contraire, il ressort des rapports d'expertise que le risque, dans le cas de M. F, était particulièrement faible. Dans ces conditions, le risque d'ischémie entraînant une amputation, telle que subi par M. F et dans les circonstances de l'espèce, ne saurait dépasser 4,7 % et constitue ainsi un risque faible.
6. Il est constant que le dommage résultant de cet aléa, à savoir l'amputation transfémorale, a causé un déficit fonctionnel temporaire de plus de 50 % pendant six mois et que le taux d'incapacité permanente du fait de l'amputation, fixé à 40 % par l'expert, est supérieur à 25 %. Dans ces conditions, le critère de gravité est également rempli et il y a lieu de condamner l'ONIAM à prendre en charge les conséquences de l'aléa thérapeutique au titre de la solidarité nationale.
En ce qui concerne la faute du CHU Caen Normandie et la chance perdue :
7. L'ECMO a été retiré le 9 janvier 2015. Toutefois, les experts relèvent que l'ECMO nécessite un suivi de détection d'ischémie aiguë et qu'en cas de détection d'une telle ischémie, le repositionnement de la perfusion artérielle ou le changement de site d'implantation de l'ECMO est nécessaire. En l'espèce, une ischémie aiguë a été détectée le 7 janvier 2015. Il est constant qu'à cette date, au regard de l'état de santé général du patient, une ECMO devait être maintenue. Toutefois, aucun repositionnement n'a été effectué avant le retrait de l'ECMO le 9 janvier 2015, retrait intervenu compte tenu de l'amélioration de l'état général du patient. Dans ces conditions, le retard de prise en charge de l'ischémie le 9 janvier 2015, alors qu'un repositionnement était nécessaire dès le 7 janvier 2015, constitue une faute de nature à engager la responsabilité du CHU Caen Normandie.
8. Il résulte de l'instruction, en particulier des deux rapports d'expertise, que ce retard de prise en charge a fait perdre à M. C F une chance d'échapper à l'amputation transfémorale du 15 janvier 2015, qui est évaluée à 40 %.
9. Par suite, il appartient à l'ONIAM de prendre en charge 60 % des préjudices découlant de l'amputation de M. C F. Le CHU Caen Normandie est condamné à prendre en charge 40 % de ces préjudices.
Sur la réparation des préjudices :
10. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de M. C F, compte tenu de l'amputation, est fixée au 4 septembre 2017.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux de M. C F :
Quant aux frais d'aménagement du logement :
11. Il résulte de l'instruction que M. C F a réalisé des travaux d'aménagement de sa salle de bain pour un montant de 3 914,97 euros comportant une baignoire balnéo, un siège de douche (246 euros) et l'installation d'un volet électrique (651,20 euros). Le rapport d'expertise ne mentionne toutefois que l'installation de barres et un siège de douche. Si des travaux d'aménagement d'une salle de bain à l'étage apparaissent également justifiés compte tenu de l'amputation, il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de M. F ait nécessité l'installation d'une baignoire balnéo. Par suite, il y a lieu d'évaluer le coût des travaux d'aménagement nécessaires compte tenu de l'amputation à la somme globale de 2 000 euros. Or, il résulte de l'instruction, en particulier d'un courrier du président du conseil départemental du 9 décembre 2015, que M. C F a bénéficié de prestations de compensation du handicap pour un montant totale de 3 133,09 euros au titre de l'aménagement du logement et de l'achat d'un siège de douche. Par suite, son préjudice a été intégralement réparé et il n'y a pas lieu d'allouer la somme sollicitée.
Quant aux frais de véhicule adapté :
12. Selon le rapport d'expertise, l'état de santé de M. C F a nécessité, du fait de l'amputation, un véhicule équipé d'une boîte automatique avec inversion des pédales. Il résulte de l'instruction que M. F a réalisé une première adaptation de son véhicule pour un montant de 590,43 euros. Si les requérants sollicitent un montant annuel pour couvrir les frais de renouvellement du véhicule et de son aménagement, il ne résulte pas de l'instruction que d'autres frais aient été effectivement engagés concernant ce poste de préjudice. Par suite, il en sera fait une exacte appréciation en l'évaluant à la somme de 590,43 euros.
Quant aux dépenses de santé actuelles :
13. M. C F a dû payer la somme de 1 021,60 euros concernant un reste à charge de frais de prothèse, dont les caractéristiques étaient justifiées compte tenu de l'amputation subie et afin de rétablir au mieux l'intéressé dans une situation comparable à celle précédent l'amputation. Il y a lieu d'allouer cette somme.
Quant aux dépenses de santé après consolidation :
14. Les requérants sollicitent le versement de la somme de 225 516,99 euros pour le coût initial d'acquisition d'une prothèse Genium X3, le coût initial d'une prothèse PROCAVE permettant l'exercice de sport d'hiver, ainsi que le coût des éléments de ses prothèses et les frais de renouvellement pour le futur. Toutefois, il est constant que ces prothèses et ces éléments n'ont pas été achetés. Par suite, et compte tenu du décès de M. C F, le préjudice n'est pas établi et cette demande ne peut qu'être rejetée.
Quant aux frais de médecin conseil :
15. Les requérants sollicitent le remboursement de la somme de 1 878,60 euros au titre des frais d'honoraires du médecin conseil engagés à l'occasion de l'expertise. Il y a lieu de leur allouer cette somme.
Quant aux frais d'assistance par tierce personne avant consolidation :
16. Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par les dispositions des articles L. 821-1 et L. 821-1-1 du code de la sécurité sociale précitées, l'allocation aux adultes handicapés (AAH) et le complément de ressources doivent être regardés comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité. Par ailleurs, aucune disposition ne permet à l'organisme qui a versé ces prestations d'en réclamer au bénéficiaire le remboursement si celui-ci revient à meilleure fortune. Les prestations de compensation du handicap versées au titre des aides humaines par le conseil départemental doivent être déduites, quant à elles, du préjudice d'assistance par tierce personne.
17. L'état de santé de M. C F a nécessité une assistance par tierce personne, en lien avec le dommage, de deux heures par jour du 23 mai au 30 septembre 2015 puis de trois heures par semaine du 1er octobre 2015 au 4 septembre 2017. Compte tenu du taux horaire moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette période, augmenté des charges sociales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, il y a lieu de fixer le taux horaire de l'assistance par une tierce personne correspondant à une aide non spécialisée à une somme de 15 euros. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice temporaire d'assistance par tierce personne en l'évaluant à la somme de 8 475 euros. Toutefois, il ressort d'un courrier du 9 décembre 2015 du président du conseil départemental que M. C F a bénéficié d'aides humaines de la part du département de l'Eure équivalent à 17,03 heures par mois du 1er mars 2015 au 28 février 2017 soit l'équivalent d'environ 413 heures. Ce courrier mentionne que les montants sont susceptibles d'évoluer selon la réglementation en vigueur. Malgré une demande du tribunal en ce sens, le détail de cette aide n'a pas été transmis. Le maintien ou non de cette aide au-delà du 28 février 2017 n'est pas précisé. Par suite, cette demande doit être rejetée.
Quant aux frais d'assistance par tierce personne après consolidation :
18. L'état de santé de M. C F a nécessité une assistance par tierce personne de deux heures par semaine du 5 septembre 2017 au 2 mai 2022. Compte tenu du taux horaire moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette période, augmenté des charges sociales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, il y a lieu de fixer le taux horaire de l'assistance par une tierce personne correspondant à une aide non spécialisée à une somme de 16 euros. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'assistance par tierce personne en l'évaluant à la somme de 7 771 euros. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, cette demande doit être rejetée.
Quant aux frais d'assistance par tierce personne en viager :
19. Compte tenu du décès de M. C F le 22 mai 2022, ce besoin n'est pas établi et cette demande doit être rejetée.
Quant aux pertes de gains professionnels avant consolidation :
20. Il est soutenu que M. F, qui travaillait en alternance au sein d'une agence immobilière, n'a pas pu reprendre son emploi alors qu'il avait signé un contrat de professionnalisation du 10 septembre 2014 au 31 août 2015 et qu'il envisageait de poursuivre son alternance jusqu'en 2017. Toutefois, selon l'expert dans son rapport de 2018, M. F n'aurait pas pu travailler durant l'année 2015 du fait de la transplantation. Il est également indiqué que s'il n'a pas pu reprendre sa formation en alternance en 2016, c'est en raison de troubles neurocognitifs non-imputables et de difficultés motrices imputables à l'amputation. Dès lors, les pertes de gains actuels durant l'année 2016 et jusqu'au 4 septembre 2017, date de consolidation de l'état de santé de M. F, ne sont imputables qu'à 50 % à l'amputation. Si les requérants font valoir qu'il aurait dû percevoir le salaire minimum net équivalent temps plein en contrat de professionnalisation de plus de 900 euros par mois, il résulte de l'instruction que, durant l'année 2014 précédent son amputation, son salaire net mensuel était en moyenne de 620 euros par mois. Par suite, il y a lieu d'évaluer la perte de revenus actuels de M. C F de janvier 2016 au 4 septembre 2017 à la somme de 12 400 euros, dont 50 % est imputable à l'amputation. Il ressort d'un courrier de la CAF que le montant de l'allocation adulte handicapé versée à M. C F était de 807,65 euros par mois durant l'année 2016. Selon un courrier du 5 avril 2018, le montant mensuel de cette aide en 2017 était compris entre 569,31 euros et 810,89 euros. Par suite, la somme globale allouée au titre de l'allocation adulte handicapée durant la période antérieure à la date de consolidation, qui peut être évaluée a minima à 14 970,83 euros du mois de janvier 2016 au 4 septembre 2017, est supérieure au préjudice tel que précédemment évalué. Au demeurant, les requérants indiquent que M. C F a bénéficié de différentes aides, en supplément de l'allocation adulte handicapé, dont des allocations de pension d'invalidité, l'allocation supplémentaire d'invalidité et des indemnités journalières, sans toutefois justifier du montant précis de ces aides et indemnités depuis 2015, malgré une demande du tribunal en ce sens. Par suite, il y a lieu de rejeter cette demande.
Quant aux pertes de revenus après consolidation :
21. Les requérants sollicitent le remboursement d'une somme annuelle de 7 028,04 euros, soit la moitié d'un SMIC, de septembre 2017 au 2 mai 2022, date du décès de M. C F, soit une somme globale de 32 752,59 euros, et non de 33 734,60 euros comme allégué. Les requérants font valoir que M. F ne pouvait travailler que sur la base d'un temps partiel. Toutefois, il ressort de l'expertise que cette situation est due à l'asthénie d'origine neurologique, à la greffe cardiaque et aux effets secondaires des traitements. M. C F a d'ailleurs précisé lors de l'expertise de 2018 qu'il reste fatigué du fait de son AVC et de la greffe et qu'il ne pense pas être capable d'exercer à temps plein. Il ne résulte pas de l'instruction que cette situation soit liée à l'amputation qui, post-consolidation, avec l'utilisation d'un appareillage approprié, autorise la reprise d'une activité professionnelle. Par suite, le préjudice de pertes de revenus de septembre 2017 au 2 mai 2022, en lien avec l'amputation, n'est pas établi. Au demeurant, il résulte de l'instruction que M. C F a bénéficié de l'allocation adulte handicapé pour un montant de 4 757,51 euros en 2018, 6 368,91 euros en 2019, 2 261,10 euros en 2020, 4 436,51 euros en 2021 et 2 495,92 euros en 2022. Il a également bénéficié, selon les tableaux transmis par les requérants, de la somme de 1 892,80 euros en 2018 de pôle emploi, la même somme en 2019, 8 360,79 euros en 2020, 6 995,27 euros en 2021. Enfin, ces tableaux mentionnent également des versements au titre de la pension d'invalidité et de l'allocation supplémentaire d'invalidité pour un montant de près de 8 984,92 euros en 2020, 3 910,40 euros en 2021 et 1 321 euros, soit un total de revenus post consolidation a minima de 53 677,93 euros. Ce montant est, en tout état de cause, supérieur au préjudice allégué et la demande doit donc être rejetée.
Quant à l'incidence professionnelle :
22. M. C F n'était pas dans l'impossibilité d'exercer toute activité professionnelle à la date de consolidation de son état de santé lié à l'amputation. Toutefois, ce dommage restreint les postes et tâches pouvant être réalisées et entraîne nécessairement des difficultés dans la recherche d'un emploi. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du décès de M. C F en mai 2022, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle liée à la seule amputation, en l'évaluant à la somme de 1 000 euros. Toutefois, il résulte du point précédent que les aides et indemnités allouées en contrepartie de la perte de revenus sont supérieures de plus de 1 000 euros au préjudice allégué. Par suite, ce préjudice est également entièrement réparé et la demande doit être rejetée.
Quant au préjudice scolaire :
23. M. C F a dû interrompre sa formation d'agent immobilier en 2015, et n'a pu envisager sa reprise qu'en 2018. Si l'absence d'activité durant l'année 2015 est due à la transplantation, les difficultés de reprise du parcours universitaire engagé sont dues, en partie, à l'amputation. Il y a lieu d'allouer à ce titre une somme de 1 000 euros compte tenu de l'amputation de M. C F.
Quant aux frais divers :
24. Les requérants justifient du coût d'un stage d'adaptation au port de la prothèse au sport d'hiver et du coût d'un sac de transport de prothèse, pour un total de 327 euros. Il y a lieu d'allouer cette somme qui répare un préjudice directement lié à l'amputation.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
25. Une transplantation cardiaque en urgence a été réalisée le 4 janvier 2015, laquelle a nécessité une hospitalisation post-opératoire. L'amputation litigieuse transfémorale droite a été réalisée le 15 janvier 2015. Le déficit fonctionnel temporaire total, en partie lié à l'amputation, doit dès lors être fixé du 15 janvier au 22 mai 2015. Le déficit fonctionnel temporaire partiel lié à l'amputation a été fixé à 75 % du 23 mai au 30 septembre 2015 puis, du 1er octobre 2015 au 4 septembre 2017, à 50 %. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par M. C F en l'évaluant à la somme de 9 000 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
26. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise rédigé pour la CCI, que le déficit fonctionnel permanent lié à l'amputation est fixé à 40 %. Compte tenu de l'âge de M. C F à la date de la consolidation de son état de santé et de son décès intervenu en mai 2022, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant la somme de 10 000 euros.
Quant aux souffrances endurées :
27. Il résulte de l'instruction que les souffrances liées à l'amputation sont évaluées à 4 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant la somme de 8 000 euros.
Quant au préjudice esthétique :
28. Ce préjudice a été évalué à 4 sur une échelle allant de 1 à 7, compte tenu de l'amputation transfémorale. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu du décès de M. C F, en allouant la somme de 1 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
29. Le rapport d'expertise mentionne des gênes mais non une incapacité. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu de l'âge de M. C F et de son décès en 2022, en allouant la somme de 1 500 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
30. Le rapport d'expertise mentionne des gênes, mais non une impossibilité, quant à la pratique sportive. Il résulte de l'instruction que M. C F a réalisé des stages de ski grâce à une prothèse adaptée. M. C F, qui pratiquait différents sports, a tout de même subi un préjudice d'agrément dont il sera fait une juste appréciation, compte tenu de son décès en 2022, en allouant la somme de 1 500 euros.
Quant au préjudice d'établissement :
31. Si les requérants font valoir que les séquelles de M. C F contribuent à la diminution des opportunités pour lier une relation amoureuse et fonder une famille, ce préjudice n'est pas établi et la demande doit être rejetée.
32. Il résulte de tout ce qui précède, que les préjudices de M. C F sont évalués à la somme globale de 35 817,63 euros. Il y a lieu de condamner le CHU Caen Normandie à verser aux requérants, en leur qualité d'héritiers de M. C F, 40 % de cette somme, soit 14 327,05 euros, et de mettre à la charge de l'ONIAM 60 % de cette somme soit 21 490,58 euros.
Sur les demandes de la CPAM de l'Eure :
33. La CPAM de l'Eure sollicite, dans le dernier état de ses écritures, le remboursement de ses débours à hauteur de 9 946,63 euros par le CHU Caen Normandie. Elle fait valoir que ses débours s'élèvent à 13 651,11 euros de dépenses de santé actuelles comprenant des frais hospitaliers du 23 mai au 30 juin 2015, du 2 juillet au 25 novembre 2015 et du 30 novembre 2015 au 10 février 2016, et 3 443,57 euros de frais d'appareillage du 22 juin 2016 au 7 février 2017. Elle sollicite également la somme de 11 215,46 euros de dépenses de santé future correspondant à des frais médicaux du 21 août 2020, 7 janvier 2022, 8 novembre 2021 et des frais d'appareillage du 24 août 2020 et du 8 mars 2021. La CPAM produit un relevé informatique de ses débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil. Ces débours sont cohérents au regard des périodes de référence en lien avec l'amputation, et s'élèvent à la somme de 24 866,57 euros. Par suite, compte tenu de la perte de chance de 40 %, il y a lieu de mettre à la charge du CHU Caen Normandie la somme de 9 946,63 euros, à verser à la CPAM de l'Eure.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
34. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". L'article 1343-2 du même code dispose que : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ".
35. Les requérants demandent que les indemnités qui leurs sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de leur demande préalable. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 septembre 2019, date de réception de leur demande préalable par le CHU Caen Normandie et par l'ONIAM.
36. La CPAM demande également que la somme allouée soit assortie des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 18 mars 2020, date d'enregistrement de sa demande au greffe du présent tribunal. Elle demande également la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à la date de chaque échéance annuelle à compter du 18 mars 2021, s'agissant d'intérêts échus depuis au moins un an.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
37. La CPAM de l'Eure a droit à l'indemnité forfaitaire de gestion régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 114 euros auquel elle a été fixée par l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022.
Sur les frais liés au litige :
38. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
39. Dans les circonstances de l'espèce, les dépens de l'instance, constitués des frais et honoraires de l'expertise rendue le 24 décembre 2018 par le docteur A B, liquidés et taxés, par ordonnance du 10 janvier 2019, à la somme de 900 euros, sont mis à la charge définitive du CHU Caen Normandie.
40. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
41. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU Caen Normandie et de l'ONIAM le versement aux requérants de la somme de 2 500 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu en revanche de faire droit aux conclusions de la CPAM de l'Eure présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHU Caen Normandie est condamné à verser aux requérants la somme globale de 14 327,05 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 2 septembre 2019.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'ONIAM la somme de 21 490,58 euros à verser aux requérants. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 2 septembre 2019.
Article 3 : Le CHU Caen Normandie versera à la CPAM de l'Eure la somme de 9 946,63 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 18 mars 2020. Les intérêts échus à la date du 18 mars 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : Le CHU Caen Normandie versera à la CPAM de l'Eure la somme de 1 114 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 5 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 900 euros, sont mis à la charge définitive du CHU Caen Normandie.
Article 6 : Le CHU Caen Normandie et l'ONIAM verseront une somme de 2 500 euros solidairement aux requérants, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. H F, Mme E F, M. G F, au CHU Caen Normandie, à l'ONIAM, à la CPAM de l'Eure, à la CPAM du Calvados.
Copie en sera transmise pour information à l'expert.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. D
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026