Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2000306, par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février 2020 et 24 juin 2021, M. B... A..., représenté par Me Repolt, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le ministère chargé de l’économie et des finances à lui verser une somme de 31 224 euros en réparation des préjudices subis consécutivement à son accident de service ;
2°) de mettre à la charge du ministère chargé de l’économie et des finances une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que :
- l’accident de service du 22 octobre 2015 lui a occasionné des préjudices dont il est fondé à solliciter l’indemnisation ;
- son préjudice matériel lié à des retards de paiement doit être évalué à 345 euros ;
- le préjudice lié au temps consacré aux démarches administratives et consultations médicales réalisées après cet accident doit être évalué à 15 879 euros ;
- le préjudice moral subi doit être évalué à 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2021, le ministre de l’économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les préjudices allégués ne sont pas établis.
II. Sous le n° 2000307, par une ordonnance du 27 février 2020, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé au tribunal administratif de Caen la requête de M. A....
Par cette requête, enregistrée le 10 février 2020, M. B... A..., représenté par Me Repolt, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Autorité de sûreté nucléaire à lui verser une somme de 35 724 euros en réparation des préjudices subis consécutivement à son accident de service ;
2°) de mettre à la charge de l’Autorité de sûreté nucléaire une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’accident de service du 22 octobre 2015 lui a occasionné des préjudices dont il est fondé à solliciter l’indemnisation ;
- son préjudice lié au défaut de régularisation de sa rémunération sur la période de travail à temps partiel thérapeutique doit être évalué à la somme de 4 500 euros ;
- son préjudice matériel lié à des retards de paiement doit être évalué à 345 euros ;
- le préjudice lié au temps consacré aux démarches administratives et consultations médicales réalisées après cet accident doit être évalué à 15 879 euros ;
- le préjudice moral subi doit être évalué à 15 000 euros.
La requête a été communiquée à l’Autorité de sûreté nucléaire, qui n’a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l’environnement ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de M. A....
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ingénieur de l’industrie et des mines, est affecté à l’Autorité de sûreté nucléaire depuis le 1er octobre 2007. Le 22 octobre 2015, il a été victime d’un malaise sur son lieu de travail. Par décision du 25 mai 2016, le ministre de l’économie et des finances a refusé de reconnaître l’imputabilité au service de cet accident. Par un arrêt du 10 janvier 2019, devenu définitif, la cour administrative d’appel de Nantes a annulé la décision du 25 mai 2016, au motif qu’en l’absence de circonstance particulière permettant de détacher cet événement du service, le malaise devait être reconnu imputable au service. Estimant avoir subi des préjudices du fait de cet accident de service, M. A... a, le 7 octobre 2019, transmis une réclamation préalable indemnitaire à l’Autorité de sûreté nucléaire et au ministère de l’économie et des finances. Par ses requêtes, M. A... demande que le ministère chargé de l’économie et des finances ou l’Autorité de sûreté nucléaire soient condamnés à l’indemniser des préjudices subis consécutivement à son accident de service.
Sur la jonction :
Les requêtes n° 2000306 et 2000307, présentées par M. A..., ont le même objet. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la détermination de la personne responsable :
Aux termes de l’article L. 592-1 du code de l’environnement « L’Autorité de sûreté nucléaire est une autorité administrative indépendante qui participe au contrôle de la sûreté nucléaire, de la radioprotection et des activités nucléaires mentionnées à l’article L. 1333-1 du code de la santé publique. / Elle participe à l’information du public et à la transparence dans ses domaines de compétence ».
M. A... dirige ses conclusions à fin d’indemnisation, dans la requête n° 2000306, contre le ministère chargé de l’économie et des finances et, dans la requête n° 2000307, contre l’Autorité de sûreté nucléaire. Cette dernière constituant une autorité administrative indépendante à laquelle aucune disposition législative ou réglementaire n’a attribué de personnalité morale, les conclusions indemnitaires du requérant doivent être regardées comme dirigées contre l’Etat, qui supporte seul la charge d’une indemnisation au titre d’un accident lié au service.
Sur le principe de la responsabilité sans faute de l’Etat :
Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d’accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d’invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d’invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l’incidence professionnelle résultant de l’incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l’invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d’une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l’absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu’une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l’ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l’accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l’état d’un ouvrage public dont l’entretien lui incombait.
Par un arrêt définitif du 10 janvier 2019, la cour administrative d’appel de Nantes a, pour annuler la décision qui lui était déférée, reconnu imputable au service le malaise dont a été victime M. A... le 22 octobre 2015. Par suite, le requérant est fondé à demander, dans les conditions rappelées au point précédent, sur le fondement de la responsabilité sans faute de l’Etat, l’indemnisation des préjudices subis en lien avec cet accident et dont la réalité est établie.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
En premier lieu, si M. A... sollicite l’indemnisation d’un préjudice financier correspondant au défaut de régularisation de sa rémunération sur la période pendant laquelle il a été placé en temps partiel thérapeutique, il est constant que cette régularisation est intervenue en décembre 2019, de sorte qu’il ne saurait prétendre à une indemnisation complémentaire à ce titre.
En second lieu, si M. A... sollicite l’indemnisation d’un préjudice financier correspondant à des retards de paiement de sa rémunération pendant ses périodes de placement en congé de maladie et en temps partiel thérapeutique et à des retards de remboursement de frais de consultation d’un psychologue, il n’apporte aucun élément de nature à établir l’existence du préjudice qu’il invoque. Par suite, la demande d’indemnisation présentée à ce titre ne peut qu’être rejetée.
En ce qui concerne les troubles dans les conditions d’existence et le préjudice moral :
M. A... demande le versement d’une somme de 15 879 euros au titre des troubles dans ses conditions d’existence subis en lien avec l’accident du 22 octobre 2015 ainsi que le versement d’une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral qu’il estime avoir subi.
En premier lieu, s’il sollicite une indemnisation au titre de propos et comportements de sa hiérarchie en 2014 et 2015, qu’il estime outrageants et qui relèvent, selon lui, d’un processus de harcèlement moral, le préjudice allégué ne présente pas de lien direct avec l’accident de service au titre duquel la responsabilité sans faute de l’Etat est engagée. Les conclusions tendant à la réparation du préjudice moral résultant du comportement de sa hiérarchie ne peuvent dès lors, en tout état de cause, qu’être rejetées.
En second lieu, M. A... soutient, sans être utilement contredit, avoir consacré un temps important aux démarches administratives et consultations médicales réalisées à la suite de l’accident de service du 22 octobre 2015 et avoir subi à la fois une perte d’autonomie dans son travail, une impossibilité d’exercer ses fonctions pendant plusieurs mois et des répercussions de la dégradation de son état de santé sur sa vie personnelle. Il résulte de l’instruction qu’à la suite de l’accident du 22 octobre 2015, M. A..., qui a souffert d’un syndrome anxiodépressif réactionnel, a été placé en congé de maladie du 22 octobre 2015 au 23 mai 2016 puis a bénéficié d’un temps partiel thérapeutique du 24 mai 2016 au 22 novembre 2016. Au regard de la souffrance psychique ressentie par l’intéressé et des répercussions de cet accident sur ses conditions de vie, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d’existence subis en lui allouant la somme globale de 2 000 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est seulement fondé à demander que l’Etat soit condamné, sur le fondement de la responsabilité sans faute, à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation des troubles dans les conditions d’existence et du préjudice moral subis en lien avec l’accident de service du 22 octobre 2015.
Sur les frais liés à l’instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A... la somme de 2 000 euros.
Article 2 : L’Etat versera à M. A... la somme de 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au ministre de l’économie, des finances et de l’industrie et à l’Autorité de sûreté nucléaire.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT
Le président,
Signé
A. MARCHAND
Le greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de l’industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis