vendredi 12 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2000737 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DESMONTS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 avril 2020 et le 14 janvier 2021, M. B D A, représenté par Me Desmonts, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite du 12 février 2020 par laquelle la commune de Lisieux a rejeté son recours préalable daté du 11 décembre 2019 ;
2°) de condamner la commune de Lisieux à lui verser la somme de 33 750 euros, sauf à parfaire, augmentée des intérêts moratoires à compter du 11 décembre 2019 avec capitalisation s'ils sont dus pour une année entière, du fait de l'impossibilité d'occuper son bien depuis le 1er octobre 2015 ;
3°) de condamner la commune de Lisieux à lui verser la somme de 5 000 euros, augmentée des intérêts moratoires à compter du 11 décembre 2019 avec capitalisation s'ils sont dus pour une année entière, au titre de son préjudice moral ;
4°) de condamner la commune de Lisieux aux entiers dépens y compris les frais d'expertise taxés à la somme de 10 262,18 euros ;
5°) d'enjoindre à la commune de Lisieux, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, de réaliser les travaux indispensables à la remise en état de l'ouvrage tels que préconisés par l'expert dans son rapport et chiffrés par le devis de la société SEEL, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de la commune de Lisieux la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- lors de travaux de création d'un parking réalisés en 2015 sur des parcelles contiguës à sa maison acquise le 18 février 2013, une chambre d'aqueduc, dont l'existence ne figurait pas sur l'acte d'acquisition, a été découverte sous la cour arrière de sa propriété ; cet ouvrage, et particulièrement les six dalles de béton le recouvrant, qui se fissurent et présentent des trous, s'est avéré en mauvais état et d'une grande fragilité ; la propriété de cet ouvrage public, et par suite la charge des travaux de confortement et de réparation, n'a pas été reconnue par la ville, alors même qu'il fait partie du réseau public d'eaux pluviales entretenu par la société Veolia par délégation de la commune de Lisieux ;
- la responsabilité de la commune de Lisieux doit être engagée en raison du défaut d'entretien de l'ouvrage public collectif d'évacuation des eaux pluviales ;
- le bien, dont il est propriétaire, n'a pu être mis en location, compte tenu de la dangerosité qu'aurait présenté l'ouvrage pour les occupants de l'immeuble ;
- son préjudice, du fait de l'impossibilité d'occuper son bien doit être évaluer, en l'arrêtant au 30 mars 2020, à la somme de 33 750 euros ;
- il est fondé à obtenir une somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 octobre 2020, le 19 mars 2021 et le 7 avril 2021, la commune de Lisieux, représentée par Me Sabattier, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la mise à la charge de M. A, ou de toute autre partie que la ville de Lisieux, les frais d'expertise taxés par l'ordonnance n° 19004477 du 13 novembre 2019 du tribunal administratif de Caen ;
3°) de mettre à la charge de M. A la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a acquis le 18 février 2013 une maison située 11 rue de la Gare à Lisieux. Une chambre d'aqueduc a été découverte sous la cour arrière de la propriété lors de travaux de création d'un parking réalisés en 2015 par la ville de Lisieux sur des parcelles contiguës. Une réunion entre M. A, les représentants de la commune de Lisieux et la société Véolia, qui entretient le réseau public d'évacuation des eaux pluviales, n'a pas permis de déterminer la partie qui devait supporter les travaux de confortement et de réparation. Par une ordonnance n° 1802570 rendue par le tribunal administratif de Caen, un expert a été désigné pour donner un avis sur l'origine et la cause des désordres affectant l'ouvrage, notamment les dalles le recouvrant, décrire les troubles de jouissance et les risques éventuels que ces désordres présentent pour les occupants, et indiquer la nature et le coût des travaux permettant de remédier à ces désordres. Par une ordonnance du 13 novembre 2019, le vice-président du tribunal chargé des expertises a taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 6 518,18 euros et ceux du bureau d'études " réseaux et fondations ", sapiteur, à la somme de 3 744 euros, soit un total de 10 262,18 euros. Ces frais ont été mis à la charge de la commune de Lisieux et de SNCF Réseau. Par un courrier du 11 décembre 2019, M. A a adressé une demande indemnitaire préalable à la commune de Lisieux. Une décision implicite de rejet est née le 12 février 2020. M. A a saisi le tribunal d'une demande tendant, d'une part, à condamner la commune de Lisieux à lui verser la somme de 33 750 euros du fait de l'impossibilité d'occuper son bien depuis le 1er octobre 2015 et la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales ".
3. Il résulte du rapport d'expertise qu'au regard de l'historique du site sur lequel a été bâtie la propriété de M. A, la chambre d'aqueduc, partie d'ouvrage singulière du collecteur dit " antenne C " ou " antenne principale " tel que définie sur les plans communaux, appartient à un maître d'ouvrage public. Il résulte de l'instruction que ce maître d'ouvrage public ne saurait être la société SNCF Réseau, simple utilisatrice de l'ouvrage. Par ailleurs, cet aqueduc est utilisé pour évacuer les eaux pluviales du parking communal. Si la commune de Lisieux soutient que l'ouvrage fait apparaître un cours d'eau souterrain lié aux ruisseaux de l'Orbiquet et du Graindain, cours d'eaux non domaniaux et régis par le droit privé, il ressort du rapport d'expertise et des nombreuses photographies versées au dossier que cette étendue d'eau ne saurait être qualifiée de cours d'eau mais d'égout ou de collecteur d'eaux pluviales. Dans ces conditions, c'est à tort que la commune de Lisieux soutient que seuls les riverains sont sujets à une obligation d'entretien. Par ailleurs, il ressort des documents d'archives produits par la commune de Lisieux et issus des services de la publicité foncière relatifs à la propriété M. A, notamment un acte daté de 1947, que l'immeuble appartenait antérieurement à la ville de Lisieux. En outre, si la commune en défense soutient que, conformément à la loi nouvelle organisation territoriale de la République du 7 août 2015, les compétences eau et assainissement ont été transférées au 1er janvier 2020 à la communauté d'agglomération Lisieux Normandie, il résulte de l'article 2 de la convention de gestion des biens et services relevant de la compétence " gestion des eaux pluviales urbaines ", conclue entre la communauté d'agglomération Lisieux Normandie et la ville de Lisieux, que la commune est compétente pour assurer le suivi des travaux relatifs aux eaux pluviales sur le territoire de la commune. Par suite, la chambre d'aqueduc et les dalles la recouvrant, qui ont pour fonction de drainer les eaux de ruissellement, doivent être regardée comme participant au réseau d'évacuation des eaux pluviales. M. A est dès lors fondé à soutenir que cette chambre d'aqueduc, qui a provoqué le préjudice dont il se prévaut, participe du réseau d'assainissement public et constitue à ce titre un ouvrage public.
4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.
5. Il résulte de l'instruction, tant du rapport d'expertise diligenté par le tribunal que par les photographies versées au dossier, que cet ouvrage, dont la commune de Lisieux est propriétaire, est en mauvais état, que la stabilité des poteaux en béton armé semble précaire, que la structure en béton armé est ponctuellement corrodée et que son béton éclaté révèle ainsi un défaut d'entretien. Il ressort en outre du procès-verbal de constat d'huissier du 21 mars 2018 que les dalles, situées à l'arrière de la cour de la propriété du requérant, qui recouvrent la chambre d'aqueduc, sont rognées et érodées et que l'une des dalles est même percée en son centre, laissant la possibilité de photographier la galerie située dessous. Dans ces conditions M. A, qui établit le lien de causalité entre le dommage accidentel qu'il a subi et l'ouvrage public en cause, est fondé à rechercher la responsabilité de la commune de Lisieux.
Sur les préjudices :
6. Il résulte de l'instruction, ainsi que le soutient M. A, que les désordres constatés ont conduit à la privation de jouissance de la cour dans laquelle se trouve les dalles fissurées. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 1 000 euros.
7. Par ailleurs, M. A n'établit pas le lien direct de causalité entre les dommages résultant du défaut d'entretien de l'ouvrage public et le préjudice moral allégué. Par suite, sa demande indemnitaire au titre de ce chef de préjudice doit être rejetée.
8. Il résulte de ce qui précède que la commune de Lisieux doit être condamnée à verser une somme de 1 000 euros à M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
10. Il résulte du rapport d'expertise qu'il peut être remédié aux désordres subis, évalués à une somme 34 646,60 euros, par la démolition de l'escalier d'accès à la courette située à l'arrière du bâtiment, l'enlèvement des dalles de couverture fissurées, la réfection des poutres en béton armé dont les aciers sont fortement corrodés, la mise en place d'une nouvelle couverture en béton armé et le remblaiement de la courette jusqu'au niveau de la porte arrière de la maison. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de faire droit la demande de M. A, la commune, qui s'est abstenue de faire les travaux nécessaires, a commis une faute. Dès lors, il y a lieu de condamner la ville de Lisieux à verser à M. A une indemnité de 34 646, 60 euros, somme qui correspond au coût de la réparation des dommages tel qu'évalué par l'expert judiciaire, sauf pour elle à mettre en œuvre les solutions préconisées par l'expert judiciaire telle que décrites ci-dessus et ce, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
11. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application des articles 1231-6, 1231-7 et 1343-2 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
12. M. A a droit aux intérêts sur la somme de 1 000 euros à compter du 22 janvier 2020, date de réception de sa demande préalable par la commune de Lisieux. Il demande également la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à la date de chaque échéance annuelle à compter du 22 janvier 2021.
Sur les frais d'expertise :
13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".
14. Les frais de l'expertise réalisée ont été taxés et liquidés à la somme de 10 262,18 euros par une ordonnance du 13 novembre 2019 du vice-président du tribunal, dont 50 % ont été mis à la charge de la commune de Lisieux. Dans les circonstances de l'espèce, les frais et honoraires d'expertise doivent être mis intégralement à la charge de la commune de Lisieux.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune de Lisieux au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Lisieux une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre des frais de même nature.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Lisieux est condamnée à payer à M. A la somme de 1 000 euros, somme assortie des intérêts de droit à compter du 22 janvier 2020. Les intérêts échus à la date du 22 janvier 2021 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Lisieux est condamnée à verser à M. A une somme de 34 646,60 euros, somme qui correspond au coût de la réparation des dommages tel qu'évalué par l'expert judiciaire, sauf pour elle à mettre en œuvre les solutions préconisées par celui-ci, à savoir la démolition de l'escalier d'accès à la courette située à l'arrière du bâtiment, l'enlèvement des dalles de couverture fissurées, la réfection des poutres en béton armé dont les aciers sont fortement corrodés, la mise en place d'une nouvelle couverture en béton armé et le remblaiement de la courette jusqu'au niveau de la porte arrière de la maison et ce, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise sont mis à la charge de la commune de Lisieux.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Lisieux.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Belhadj, conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2022.
Le rapporteur,
Signé
J. C
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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