vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2001175 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LABRUSSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juillet 2020 et 30 juin 2021, Mme E B et M. D B, représentés par Me Dupont Barrellier, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier universitaire Caen Normandie à leur verser la somme de 179 782,62 euros et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux à leur verser la somme de 156 282,62 euros en réparation de leurs préjudices, avec intérêt au taux légal à compter du 20 février 2018 ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'ONIAM à leur verser la somme de 312 565,19 euros en réparation de leurs préjudices, avec intérêt au taux légal à compter du 20 février 2018 ;
3°) à défaut de condamnation du CHU Caen Normandie ou de l'ONIAM, d'ordonner une expertise avant dire droit ;
4°) de mettre à la charge du CHU Caen Normandie et de l'ONIAM une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le CHU Caen Normandie a engagé sa responsabilité pour faute à défaut d'avoir informé Mme B des risques liés à l'opération ;
- le taux de perte de chance s'établit à 50 % ;
- le dommage de Mme B répond au caractère de gravité dès lors qu'elle a dû cesser son activité professionnelle ; l'ONIAM doit également prendre en charge 50 % de ses préjudices, ou la totalité dans le cas où la faute du CHU Caen Normandie ne serait pas reconnue ;
- elle est fondée à solliciter les sommes de 71,69 euros de dépenses de santé actuelle ; 2 040 euros de frais de médecin conseil ; 1 044,96 euros de frais de déplacement ; 134 euros de frais de reprise de ses vêtements ; les sommes de 7 561,76 euros, 32,50 euros et 23 087,61 euros de frais d'aménagement d'un véhicule ; 204 724,11 euros de frais d'assistance par tierce personne ; 18 701,69 euros de perte de gains professionnels ; 2 500 euros d'incidence professionnelle ; 3 054 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ; 30 065,80 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ; 8 000 euros de souffrances endurées ; 2 000 euros de préjudice esthétique temporaire et 4 000 euros de préjudice esthétique permanent ; 8 000 euros de préjudice d'agrément ; 4 000 euros de préjudice sexuel ; 15 000 euros de préjudice d'impréparation ;
- elle estime que les indemnités allouées au titre des frais de santé et ses frais divers doivent être actualisées selon un taux de revalorisation de 1,044, et les pertes de gains professionnels selon un taux de 1,057 ;
- M. B est fondé à solliciter la somme de 9 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence et la somme de 10 000 euros au titre du préjudice d'affection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par Me Joliff, conclut à l'incompétence de la juridiction administrative et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête des requérants et à sa mise hors de cause.
Il soutient que :
- la juridiction administrative est incompétente dès lors que l'intervention litigieuse s'est déroulée en secteur privé ;
- la solidarité nationale ne saurait être recherchée dès lors que le critère de gravité du dommage n'est pas rempli.
Par un mémoire, enregistré le 15 octobre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie Normandie demande de condamner le CHU Caen Normandie à lui verser la somme de 6 621 ,01 euros au titre de ses débours et de mettre à la charge du CHU la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 12 février, 15 juin et 7 décembre 2021, le centre hospitalier universitaire Caen Normandie, représenté par Me Labrusse, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la réduction des sommes sollicitées par les requérants à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- Mme B a disposé d'une information suffisante ;
- à titre subsidiaire, un taux de perte de chance de 20 % doit être retenu ;
- les sommes allouées en réparation des préjudices doivent être réduites à de plus justes proportions ;
- la juridiction administrative est compétente ;
- la demande de la CPAM doit être rejetée dès lors qu'aucune faute n'est reprochée au CHU Caen Normandie.
La procédure a été communiquée à la Mutuelle ASAF et AFPS le 14 janvier 2021.
Par ordonnance du 23 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2021.
Par un courrier du 26 avril 2022, le tribunal a demandé à Mme B de transmettre au tribunal, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, les contrats de travail depuis 2014, les fiches de paie depuis le 1er janvier 2015, les factures de retouche de vêtement et tout document permettant d'attester de la prise en charge ou non de ses préjudices par un tiers, en particulier le préjudice d'assistance par tierce personne et les frais de médecin conseil.
Les pièces transmises par la requérante ont été enregistrées le 9 mai 2022 et transmises le 11 mai suivant aux parties.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- les observations de Me Jaubert, qui substitue Me Dupont Barrelier, représentant Mme et M. B, et celles de Me Labrusse, représentant le CHU Caen Normandie.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, atteinte de la maladie de Dupuytren, a consulté un chirurgien orthopédiste au CHU Caen Normandie qui lui a conseillé, le 22 février 2016, une aponévrotomie soit médicale avec une aiguille, soit chirurgicale avec un scalpel. Une intervention chirurgicale avec scalpel est pratiquée le 22 avril 2016 en ambulatoire à la clinique de la Miséricorde. Les suites seront marquées par des douleurs et une rétraction des doigts. Une nouvelle intervention a été réalisée au centre hospitalier de Falaise. Toutefois, l'annulaire de Mme B est resté fixé en crochet et les douleurs ont persisté. Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation qui, à la suite d'un rapport d'expertise rendu le 27 mai 2018, a rendu un avis d'incompétence le 24 septembre 2018. Mme et M. B ont adressé une demande préalable indemnitaire au CHU Caen Normandie, réceptionnée le 21 avril 2020. Par la présente requête, Mme et M. B sollicitent la condamnation du CHU Caen Normandie et de l'ONIAM à leur verser la somme de 336 065,24 euros en réparation de leurs préjudices.
Sur l'exception d'incompétence soulevée par l'ONIAM :
2. Les fautes commises par un praticien hospitalier à l'occasion d'actes accomplis dans le cadre du service public hospitalier engagent en principe la seule responsabilité du centre hospitalier dont relève ce praticien, qu'il appartient au patient de poursuivre devant la juridiction administrative.
3. Par une convention de partenariat signée le 5 mars 2002, le CHU Caen Normandie et la clinique de la Miséricorde ont décidé de la délocalisation d'une activité d'anesthésie et de chirurgie ambulatoire du CHU sur le site de la Miséricorde. L'article 4 de cette convention précise que le CHU apporte son personnel médical salarié qui ne " pourra exercer son activité à la clinique que dans le cadre du service public. L'exercice d'une activité libérale est interdite () ". Il n'est pas contesté que cette convention, qui prévoit une reconduction tacite, était en vigueur le 22 avril 2016, date de l'intervention subie par Mme B. En outre, il résulte de l'instruction que cette intervention a été réalisée par le docteur A***, qui était employée par le CHU Caen Normandie à cette date. Ainsi, l'opération en litige réalisée à la Miséricorde a été effectuée par un praticien hospitalier relevant du CHU Caen Normandie et dans le cadre de l'accomplissement d'une mission de service public. Par suite, la juridiction administrative est compétente et l'exception d'incompétence soulevée par l'ONIAM doit être écartée.
Sur le dommage :
4. Selon le rapport d'expertise du 27 mai 2018 déposé devant la commission de conciliation et d'indemnisation, le dommage subi par Mme B consiste, d'une part, en une récidive précoce et une aggravation de la maladie de Dupuytren et, d'autre part, de douleurs neuropathiques cicatricielles (dysesthésie). Toutefois, il ressort notamment d'un compte-rendu de consultation du 6 octobre 2020 au CHU de Rouen qu'un diagnostic collégial posé postérieurement au dépôt du rapport de l'expert a conclu à une dystonie sur allodynie cicatricielle palmaire sans lésion nerveuse ni récidive de la maladie de Dupuytren. Ce compte-rendu, tout comme les photographies transmises par Mme B dans le cadre de la présente instance, évoquent une position en crochet du seul cinquième doigt de la main, et non des troisième et quatrième doigts contrairement au constat du rapport d'expertise de 2018. Par ailleurs, ce compte-rendu mentionne une injection réalisée en novembre 2019 grâce à laquelle les douleurs ont été nettement amendées, une consultation du 8 novembre 2019 lors de laquelle il a été décidé de ne pas poursuivre de traitement invasif et une situation stabilisée depuis un an. Compte tenu de ces éléments postérieurs au rapport d'expertise et versés aux débats, il y a lieu de considérer, comme le soutiennent d'ailleurs les requérants, que le dommage consiste uniquement en une dysesthésie post-opératoire.
5. Il y a par ailleurs lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme B au 8 novembre 2019.
Sur la responsabilité du CHU Caen Normandie :
6. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
7. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
8. En ce qui concerne la dysesthésie, l'expert précise que le risque est de 2 à 2,5 %, soit, eu égard au pourcentage significatif qu'il représente s'agissant d'un accident médical, un risque fréquent au sens des dispositions précitées de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. Dès lors, l'absence d'information de ce risque revêt un caractère fautif.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que si l'opération proposée à Mme B, qui n'était ni impérieusement requise ni injustifiée, comportait un risque de douleurs neuropathiques chez environ 2 à 2,5 % des patients, l'abstention thérapeutique aurait entraîné une gêne fonctionnelle continue qui aurait pu s'aggraver compte tenu de l'existence d'une maladie dégénérative. Compte tenu du rapprochement entre, d'une part, les risques inhérents à l'intervention et, d'autre part, les risques encourus en cas de renonciation à celle-ci, la perte de chance de se soustraire à l'opération doit être évaluée à 25 %.
Sur la réparation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
10. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical () ouvre droit à la réparation des préjudices du patient () lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
11. Concernant la dysesthésie, le risque de survenance est, selon l'expert, de 2 à 2,5 %, soit un risque faible au sens des dispositions mentionnées au point précédent. Il résulte de l'expertise que le taux de déficit fonctionnel permanent serait de 15 % et que le taux de déficit fonctionnel temporaire, en lien avec le dommage, a été de 50 % dans les suites de l'opération durant deux semaines, de 25 % de juin à septembre 2016 puis de 15 % jusqu'au 15 décembre 2017. Par ailleurs, si Mme B, retraitée âgée de 68 ans, indique avoir dû arrêter son emploi d'animatrice au sein d'un supermarché, elle a déclaré des revenus de 4 201 euros pour l'année 2014, de 4 105 euros pour l'année 2015, de 3 320 euros pour l'année 2016, de 1 295 euros pour l'année 2017 et de 274 euros pour l'année 2018. Mme B n'a donc pas cessé toute activité. Malgré une demande du tribunal en ce sens, la requérante n'a pas transmis ses fiches de paie depuis le 1er janvier 2015, à l'exception d'une fiche de paie de juin 2016, indiquant qu'elle a travaillé deux mois après l'opération litigieuse. Elle ne démontre donc pas avoir cessé de manière temporaire ses activités pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois. Elle n'a pas été déclarée définitivement inapte et, compte tenu de l'ensemble des éléments mentionnés ci-dessus, ne justifie pas de troubles particulièrement graves dans ses conditions d'existence du fait de la dysesthésie. L'absence de tels troubles ressort également du rapport d'expertise. Par suite, les préjudices ne présentent pas le caractère de gravité prévu par les dispositions ci-dessus mentionnées et la demande de prise en charge par la solidarité nationale doit être rejetée.
12. Compte tenu de ces éléments, sans qu'il soit besoin de prononcer une expertise avant dire droit, l'ONIAM doit être mis hors de cause.
Sur la réparation des préjudices de Mme B et de la CPAM :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
13. Mme B demande de procéder à l'actualisation des sommes allouées en réparation de ses préjudices sur la base de l'indice des prix à la consommation en 2021. Toutefois, l'indice de 2021 n'est pas représentatif de l'ensemble de la période en cause. Par ailleurs, elle demande les intérêts et leur capitalisation sur ces mêmes sommes à compter du 20 février 2018, date de saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande.
S'agissant des frais de santé :
14. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice. () ".
15. Il résulte de ces dispositions que le juge, saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et d'un recours subrogatoire d'un tiers payeur doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient, ensuite, de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué au tiers payeur.
16. Mme B justifie des dépenses de santé restées à sa charge pour un montant de 71,69 euros et la CPAM Normandie justifie, eu égard au relevé détaillé de ses débours et de l'attestation du médecin conseil, d'une somme de 6 621,01 euros. Par suite, ce poste de préjudice s'établit à la somme globale de 6 692, 70 euros dont seuls 25 % peuvent être mis à la charge du CHU Caen Normandie.
17. Compte tenu du taux de perte de chance et de ce qui a été dit au point 15 du présent jugement, il y a lieu de condamner le CHU Caen Normandie à verser à Mme B la somme de 71,69 euros, ainsi que la somme de 1 601,50 euros à la CPAM Normandie.
S'agissant des frais d'assistance par un médecin-expert :
18. La requérante sollicite le remboursement de la somme de 2 040 euros au titre des frais d'honoraire du médecin conseil engagés lors de l'expertise. Il résulte toutefois de l'instruction que l'assureur de la requérante a pris en charge la somme de 1 200 euros à ce titre. Par suite, il y a lieu de condamner le CHU Caen Normandie à verser à Mme B la somme de 840 euros, sans application du taux de perte de chance.
S'agissant des frais de déplacement :
19. Mme B demande que lui soit allouée la somme de 1 044,27 euros au titre des frais de déplacement. Toutefois, les frais engagés pour un déplacement du 22 février 2016, antérieur à l'opération en litige, ne sont pas liés à la faute commise. Les autres déplacements, de 1 753 kilomètres, sont liés à la faute du CHU Caen Normandie. Compte tenu de la puissance fiscale de la voiture de la requérante et du taux de remboursement à prendre en compte en 2016 et 2017, il y a lieu d'allouer à Mme B la somme de 238 euros, après application du taux de perte de chance.
S'agissant des frais divers :
20. Si Mme B sollicite la somme de 134 euros au titre des frais de retouche de ses vêtements qu'elle n'était plus en capacité d'effectuer elle-même, elle n'apporte pas les factures correspondantes, malgré une demande du tribunal en ces sens. Par suite, cette demande doit être rejetée.
S'agissant des frais de véhicule aménagé :
21. Mme B justifie le coût de l'installation d'une boule au volant de 32,50 euros, à renouveler tous les sept ans à compter de la date du présent jugement, compte tenu de l'âge de la requérante et du barème de capitalisation (15,900) de la gazette du palais de 2020. Si elle sollicite le surcoût d'achat d'un véhicule équipée d'une boîte automatique, il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de Mme B nécessite l'achat d'un tel véhicule. Par suite, il y a lieu de lui allouer la somme globale de 137,30 euros, après application du taux de perte de chance
S'agissant des frais d'assistance par tierce personne :
22. Il ressort du rapport d'expertise de 2018 que l'expert a estimé le temps d'assistance par tierce personne nécessaire à 1 heure 30 par jour. Toutefois, il indique que Mme B peut conduire 60 kilomètres, qu'elle effectue sa toilette et s'habille seule et que son mari est sollicité pour des tâches minimes, telles que l'attache de ses chaussures, la vaisselle ou le repassage. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer à une heure quotidienne le besoin d'assistance par tierce personne avant la consolidation de l'état de santé de Mme B. Par suite, du 22 mai 2016 au 8 novembre 2019, en tenant compte du niveau de rémunération constaté entre 2016 et 2019 augmenté des charges sociales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, il y a lieu d'évaluer le besoin d'assistance par tierce personne à 19 200 euros, soit 4 800 euros après application du taux de perte de chance.
23. Il résulte du compte-rendu du 6 novembre 2020 que la douleur s'est nettement amendée depuis l'injection réalisée en novembre 2019, postérieurement au rapport d'expertise. Ce compte-rendu indique que l'allodynie à la paume de la main a disparu, qu'il n'y a plus de zone gâchette, qu'il est possible d'appuyer sur la cicatrice, bien que le cinquième doigt reste en crochet, ce qui était le cas avant l'opération litigieuse. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de retenir un besoin par tierce personne au-delà de la date de consolidation de l'état de santé de Mme B.
S'agissant des pertes de gains professionnels et de l'incidence professionnelle :
24. Mme B, retraitée âgée de 68 ans en 2016, indique qu'elle exerçait un emploi d'animatrice au sein d'un supermarché. Il ressort des avis d'imposition de Mme B qu'elle a déclaré des revenus de 4 201 euros pour l'année 2014, de 4 105 euros pour l'année 2015, de 3 320 euros pour l'année 2016, de 1 295 euros pour l'année 2017 et de 274 euros pour l'année 2018. Toutefois, malgré une demande en ce sens, la requérante n'a pas transmis ses fiches de paie ni ses contrats de travail, hormis une fiche de paie de juin 2016. Il n'est dès lors pas établi, par les seuls éléments transmis, que l'activité de Mme B ait été réduite durant l'année 2016 à la suite de l'opération du 22 avril 2016. Le lien de causalité entre la baisse de ses salaires et les douleurs qu'elle a subies après le 22 avril 2016 n'est pas établi, alors qu'il est constant qu'elle a continué de travailler après cette date. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la demande de 18 701,69 euros présentée en réparation de ce poste de préjudice.
25. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait subi un préjudice d'incidence professionnelle. Par suite, la demande de 2 500 euros présentée en réparation de ce poste de préjudice ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
26. Il résulte de l'instruction, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire de 50 % dans les suites de l'opération durant deux semaines, puis de 25 % jusqu'au 9 septembre 2016 et de 15 % jusqu'à la date de consolidation fixée au 8 novembre 2019. Mme B a connu des difficultés pour s'occuper de sa petite-fille et dans la poursuite de ses activités de loisir. Il y a lieu d'allouer à Mme B, après application du taux de perte de chance, une somme de 820 euros en réparation de son préjudice.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
27. Le rapport d'expertise de 2018 mentionne un taux de déficit fonctionnel permanent de 15 %, en tenant compte du déficit fonctionnel de la main, des douleurs et du retentissement psychologique. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du compte-rendu du 6 novembre 2020 et des photographies transmises par la requérante, ainsi qu'il a été exposé au point 4 du présent jugement, que l'état de Mme B s'est amélioré à la suite de l'injection réalisée en novembre 2019 puisque seul son cinquième doigt conserve une position en crochet, ce qui était le cas avant l'opération litigieuse compte tenu de la maladie dégénérative dont elle est atteinte, et que les douleurs ont été nettement amendées. Compte tenu de ces éléments postérieurs au rapport d'expertise et versés aux débats, il y a lieu d'évaluer le déficit fonctionnel permanent conservé par Mme B en lien avec la faute commise par le centre hospitalier à 5 %. Compte tenu de l'âge de Mme B à la date de consolidation de son état de santé (71 ans) et du taux de perte de chance, il y a lieu de lui allouer la somme de 1 250 euros en réparation de ce préjudice.
S'agissant des souffrances endurées :
28. Les souffrances endurées par Mme B ont été estimées à 3 sur une échelle allant de 1 à 7 par l'expert. Il sera faite une juste appréciation de ce préjudice à lui allouant, après application du taux de perte de chance, la somme de 1 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
29. Les préjudices esthétiques temporaires et permanents ont été évalués chacun à 2 sur une échelle allant de 1 à 7. Il résulte de l'expertise que seul le cinquième doigt est maintenu en crochet, mais que tel était le cas avant l'opération litigieuse. Une cicatrice est toutefois présente. Compte tenu de ces différents éléments, il y a lieu de faire une appréciation globale de ce préjudice et d'allouer à Mme B, après application du taux de perte de chance, une somme de 500 euros.
S'agissant des préjudices d'agrément et sexuel :
30. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B ait subi un préjudice sexuel, lequel ne ressort d'ailleurs pas de l'expertise. En ce qui concerne le préjudice d'agrément, l'arrêt des loisirs avant la consolidation de l'état de santé de Mme B a déjà été pris en compte dans le cadre du déficit fonctionnel temporaire. Mme B ne justifie pas, après la consolidation de son état de santé, d'un préjudice d'agrément. Il y a lieu de rejeter ces demandes.
S'agissant du préjudice d'impréparation :
31. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
32. Il y a lieu d'allouer la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral d'impréparation de Mme B.
33. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le CHU Caen Normandie, sans qu'il soit besoin de prononcer une expertise avant dire droit, à verser la somme de 10 656,99 euros à Mme B et la somme de 1 601,50 euros à la CPAM Normandie.
En ce qui concerne les préjudices de M. B :
S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :
34. Si M. B se prévaut de troubles dans ses conditions d'existence compte tenu des trajets médicaux à effectuer pour sa femme, il résulte de l'instruction que cette dernière continue à conduire. Par ailleurs, si M. B a dû porter assistance à son épouse dans les tâches de la vie quotidienne, il ne résulte pas de l'instruction que ces gênes, en lien avec la faute commise, puissent être qualifiés de troubles dans les conditions d'existence. Par suite, cette demande doit être rejetée.
Sur le préjudice d'affection :
35. Le préjudice d'affection n'est pas établi. Par suite, il y a lieu de rejeter cette demande.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
36. Aux termes de l'article 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". L'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 fixe à 110 euros et 1 114 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.
37. Compte tenu de la somme de 1 601,50 euros allouée à la CPAM Normandie, telle que mentionné au point 33 du présent jugement, il y a lieu de lui allouer la somme de 533 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les intérêts :
38. Lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
39. Mme B demande que les indemnités allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de la saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation. Dès lors que la saisine de la commission vaut demande préalable formée devant l'établissement de santé au sens du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme B à compter du 20 février 2018, date d'enregistrement de sa demande complète auprès de la commission.
Sur les frais liés au litige :
40. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
41. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU Caen Normandie la somme de 2 000 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire Caen Normandie est condamné à verser à Mme B la somme de 10 656,99 euros avec intérêts au taux légal à compter du 20 février 2018.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire Caen Normandie est condamné à verser à la CPAM Normandie la somme de 1 601,50 euros au titre des débours et la somme de 533 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire Caen Normandie versera à Mme B la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, M. D B, au centre hospitalier universitaire Caen Normandie, à la CPAM Normandie, à l'ONIAM et à la Mutuelle ASAF et AFPS.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Belhadj, conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026