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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2001523

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2001523

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2001523
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantSCP FERRETTI HUREL LEPLATOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 août 2020 et le 3 novembre 2022, M. B C, représentée par Me Ferretti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 décembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a réduit le montant de ses droits au revenu de solidarité active ;

2°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a rejeté son recours administratif ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Orne une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure est irrégulière dès lors qu'il n'a pas été en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires et ce, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-37 du code l'action sociale et des familles ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 262-35 du code l'action sociale et des familles ; le département ne pouvait imposer les conditions du contrat d'engagements réciproques dès lors que le contrat doit être librement débattu ; en outre, les exigences du département étaient inappropriées dès lors que le positionnement sur la prestation " Ici, je monte ma boîte " était nécessairement sans objet ; il n'est pas justifié qu'il ait manqué à ses obligations issues de l'article L. 262-37 du code l'action sociale et des familles.

Par un mémoire enregistré le 15 février 2021, le département de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Ferretti, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C perçoit le revenu de solidarité active depuis le 20 juillet 2017. Un contrat d'engagements réciproques a été signé entre M. C et le département de l'Orne le 10 septembre 2018 pour une validité de trois mois et un deuxième contrat d'engagements réciproques a été élaboré le 22 novembre 2018, sans être validé dès lors que M. C ne remplissait plus les conditions de ressources au moment de son passage en pré-commission de revenu de solidarité active. M. C a perçu à nouveau le revenu de solidarité active à compter du 1er février 2019. Un troisième contrat d'engagements réciproques a été élaboré le 12 juillet 2019. Après étude de ce contrat, la commission de revenu de solidarité active a décidé de convoquer M. C afin qu'il puisse présenter ses observations et un courrier de convocation lui a été adressé le 24 septembre 2019. Par courrier du 17 octobre 2019, un courrier de redéfinition du contrat d'engagements réciproques lui a été transmis, l'informant que le contrat d'engagements réciproques n'avait pas été validé et qu'il lui appartenait de proposer un nouveau contrat. Par courrier du 13 novembre 2019, M. C a présenté ses observations. Lors de l'examen de son dossier, la commission de revenu de solidarité active a proposé, le 9 décembre 2019, de réduire le montant de son allocation à compter du 1er janvier 2020 au motif que M. C n'avait pas réalisé les démarches nécessaires pour bénéficier d'un contrat d'engagements réciproques adapté à sa situation. Par une décision du 19 décembre 2019, le président du conseil départemental de l'Orne a prononcé la réduction de son allocation à hauteur d'un montant mensuel de 280 euros à compter du 1er janvier 2020 et, si aucune démarche n'était entreprise en vue de la conclusion d'un contrat d'engagements réciproques, de 420 euros à compter du 1er mars 2020. M. C a formé un recours administratif le 7 février 2020, qui a été rejeté le 13 mars 2020 par décision du président du conseil départemental de l'Orne, après examen de sa situation par l'équipe pluridisciplinaire réunie le 9 mars 2020. M. C demande l'annulation des décisions du 19 décembre 2019 et du 13 mars 2020.

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article L. 262-28 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 262-36 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ayant fait l'objet de l'orientation mentionnée au 2° de l'article L. 262-29 conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai de deux mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion sociale ou professionnelle. /() " et de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : /1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; ()/ Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. / () / Lorsqu'il y a eu suspension de l'allocation au titre du présent article, son versement est repris par l'organisme payeur sur décision du président du conseil départemental à compter de la date de conclusion de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi. ".

3. Il résulte de ces dispositions que toute personne bénéficiant du revenu de solidarité active qui est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à 500 euros par mois est, en contrepartie du droit à l'allocation, tenue à des obligations en matière de recherche d'emploi ou d'insertion sociale ou professionnelle. A cette fin, sauf si cette personne est titulaire d'un revenu de remplacement au titre de l'indemnisation des travailleurs involontairement privés d'emploi ou est orientée vers Pôle emploi, elle doit conclure avec le département un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion, dans le cadre d'un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins. Le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement de ce contrat par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion, soit ne respecte pas le contrat conclu. En revanche, il ne peut légalement justifier une décision de suspension par la circonstance que le bénéficiaire n'aurait pas accompli des démarches d'insertion qui ne correspondraient pas aux engagements souscrits dans un contrat en cours d'exécution.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. C a été convoqué par courrier du 24 septembre 2019 à la commission territoriale du revenu de solidarité active le 7 octobre 2019 pour non-respect du contrat d'engagements réciproques, le courrier de convocation mentionnant qu'il peut être assisté d'une personne de son choix et qu'à défaut d'un contrat d'engagements réciproques validé, l'allocation de revenu de solidarité active pourra être réduite ou suspendue. M. C a présenté ses observations orales le 7 octobre 2019 devant la commission puis a été informé, par un courrier du président du conseil départemental de l'Orne du 17 octobre 2019, ayant pour objet " revenu de solidarité active - redéfinition du CER ", que le contrat d'engagements réciproques n'avait pas été validé et qu'il lui appartenait de proposer un nouveau contrat d'engagements réciproques portant sur le positionnement " Ici, je monte ma boîte " et sur la " régularisation des démarches administratives (fournir ses diplômes) ". Ce courrier indiquait par ailleurs à M. C qu'il disposait d'un délai d'un mois pour faire connaître ses observations ou demander à être entendu, accompagné éventuellement d'une personne de son choix, et qu'à défaut d'un nouveau contrat d'engagements réciproques validé, son allocation pourrait être réduite ou suspendue. M. C a présenté ses observations écrites le 13 novembre 2019. Dans ces conditions, M. C a été mis à même de faire valoir ses observations sur la mesure envisagée à son encontre. Le moyen tiré de ce que la décision du président du conseil départemental de l'Orne du 19 décembre 2019 portant réduction de son allocation à compter du 1er janvier 2020 serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière doit, dès lors, être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers un organisme participant au service public de l'emploi autre que l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai d'un mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion professionnelle. / Ce contrat précise les actes positifs et répétés de recherche d'emploi que le bénéficiaire s'engage à accomplir. / Il précise également, en tenant compte de la formation du bénéficiaire, de ses qualifications, de ses connaissances et compétences acquises au cours de ses expériences professionnelles, de sa situation personnelle et familiale ainsi que de la situation du marché du travail local, la nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés, la zone géographique privilégiée et le niveau de salaire attendu. Le bénéficiaire ne peut refuser plus de deux offres raisonnables d'emploi ainsi définies. / Le contrat retrace les actions que l'organisme vers lequel il a été orienté s'engage à mettre en œuvre dans le cadre du service public, notamment en matière d'accompagnement personnalisé et, le cas échéant, de formation et d'aide à la mobilité. / Lorsque le bénéficiaire ne respecte pas une stipulation de ce contrat, l'organisme vers lequel il a été orienté le signale au président du conseil départemental. ". Aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : /1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; () ".

6. Il résulte de l'instruction, et ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, que M. C et le département de l'Orne ont signé, le 10 septembre 2018, un contrat d'engagements réciproques, pour une validité de trois mois, dans lequel il s'engageait à continuer ses recherches de reprise d'entreprise pour l'achat d'un laboratoire dentaire et à rester en contact avec la chambre de commerce et d'industrie. Un deuxième contrat d'engagements réciproques, par lequel l'intéressé s'engageait à continuer ses recherches de reprise d'entreprises et à maintenir le contact avec la marchande de biens qu'il avait mandaté, a été élaboré le 22 novembre 2018, sans être validé dès lors que M. C ne remplissait plus les conditions de ressources au moment de son passage en pré-commission de revenu de solidarité active. M. C a perçu à nouveau le revenu de solidarité active à compter du 1er février 2019 et un troisième contrat d'engagements réciproques a été élaboré le 12 juillet 2019, M. C s'engageant alors " à poursuivre ses démarches de reprise d'entreprise, plus particulièrement avec l'entreprise avec qui je suis déjà en négociation " et à faire des démarches pour un potentiel déménagement dans la région d'implantation de ladite entreprise. Après étude de ce projet de contrat, la commission de revenu de solidarité active a décidé de convoquer M. C afin qu'il puisse présenter ses observations, ce qu'il a fait le 7 octobre 2019. Par courrier du 17 octobre 2019 " redéfinition du contrat d'engagements réciproques ", M. C a été informé que le contrat, élaboré le 18 juillet 2019, n'avait pas été validé et qu'il lui appartenait de proposer, dans le délai d'un mois, un nouveau contrat, portant sur le " positionnement sur la prestation " Ici, je monte ma boîte " et la régularisation des démarches administratives (fournir vos diplômes) ". Il résulte de l'instruction que M. C a répondu par un courrier du 13 novembre 2019 dans lequel, d'une part, il s'étonne puisqu'au cours de la commission du 7 octobre 2019, un des membres aurait indiqué vouloir qu'il soit sanctionné pour le " booster ", d'autre part, demande des explications sur ce que le département entend par la " redéfinition " du contrat et, enfin, demande quel texte législatif l'oblige à fournir ses diplômes. Il est constant que M. C n'a pas, dans le délai qui lui était imparti, proposé un nouveau contrat d'engagements réciproques ni fourni ses diplômes de prothésiste dentaire, obtenu en 2013 en Australie. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, le président du conseil départemental, qui doit tenir compte, pour l'élaboration du contrat d'engagements réciproques, de la formation du bénéficiaire du revenu de solidarité et de ses qualifications, pouvait lui demander de fournir ses diplômes afin de s'assurer de la viabilité du projet de l'intéressé. Enfin, M. C n'a émis aucune observation concernant le dispositif " Ici je monte ma boîte " ni n'a pas justifié, en particulier dans ses courriers des 13 novembre 2019 et 7 février 2020, des motifs pour lesquels son projet de rachat d'un laboratoire de prothésiste dentaire ne pourrait se réaliser en Normandie. Eu égard l'ensemble de ces éléments, le président du conseil départemental de l'Orne n'a pas commis d'erreur de fait ou d'appréciation en retenant que M. C n'avait pas établi un nouveau contrat d'engagements réciproques et ce, sans motif légitime et en décidant de réduire l'allocation. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-35 du code l'action sociale et des familles doit, dès lors, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au département de l'Orne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. A

La greffière,

SIGNÉ

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. GODEY

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