vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2001723 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP FERRETTI HUREL LEPLATOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces complémentaires, enregistrés les 10 septembre 2020 et 9 mars 2021, M. G B et Mme H C, agissant tant en leur nom propre qu'en tant que représentants légaux de leurs enfants, A et E B, ainsi que M. D B, représentés par Me Ferretti, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 287 781,15 euros en réparation de leurs préjudices découlant du défaut d'information concernant l'existence d'un arrêté d'insalubrité grevant l'habitation qu'ils ont acquise ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune d'Epinay-sur-Odon, agissant au nom de l'Etat, a commis une faute en ne les informant pas de l'existence d'un arrêté d'insalubrité de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- ils sont bien fondés à solliciter la somme de 287 781,15 euros en réparation de leurs préjudices dont 120 000 euros au titre de la perte de valeur vénale, 5 721 euros de frais d'acte et de droits d'enregistrement, 102 060,15 euros au titre du coût du crédit contracté, 10 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral et 8 000 euros de frais de déménagement.
Par un mémoire en défense et un mémoire en production de pièces complémentaires, enregistrés les 12 et 17 mars 2021, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les préjudices allégués par les requérants ne sont pas établis ;
- les requérants ont commis une faute par négligence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- les observations de Me Ferretti, représentant les requérants, et celles de Mme I, représentant le préfet du Calvados.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 août 1992, le préfet du Calvados a prononcé l'insalubrité, avec interdiction d'habiter, d'une maison située au lieudit " Le Bourg " sur le territoire de la commune d'Epinay-sur-Odon (Calvados). M. B et Mme C ont acquis le 15 octobre 2007 cette maison, située sur les parcelles cadastrées A 38, 40, 41 et 276. Après avoir appris l'existence de cet arrêté à l'occasion d'un rendez-vous fixé à la mairie d'Epinay-sur-Odon en juin 2016, les acquéreurs ont, par un courrier du 13 septembre 2016, demandé au préfet du Calvados de rapporter cet acte. Par une décision du 19 décembre 2016, le directeur général adjoint de l'agence régionale de santé de Normandie, au vu d'une visite effectuée le 25 octobre 2016, a décidé de maintenir cet arrêté. Estimant que la commune d'Epinay-sur-Odon avait commis une faute en ne les informant pas de l'existence de l'arrêté du 12 août 1992, M. B et Mme C ont adressé au maire de la commune une demande tendant à l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis de ce fait. Cette demande a donné lieu à une décision de rejet le 19 février 2018, au vu de laquelle M. B et Mme C ont présenté une requête indemnitaire tendant à la condamnation de la commune à leur verser une somme de 287 781,15 euros. Par un jugement n° 1800792 du 20 février 2020, confirmé par la cour administrative d'appel de Nantes le 5 mars 2021, le tribunal administratif de Caen a rejeté leur demande tendant à la condamnation de la commune d'Epinay-sur-Odon. Les requérants ont adressé le 1er avril 2020 au préfet du Calvados une demande indemnitaire, qui a été rejetée par un courrier du 13 août 2020. Par la présente requête, ils demandent que l'Etat soit condamné à leur verser la somme de 287 781,15 euros en réparation de leurs préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. L'article L. 1421-4 du code de la santé publique dispose: " Le contrôle administratif et technique des règles d'hygiène relève : / 1° De la compétence du maire pour les règles générales d'hygiène fixées, en application du chapitre Ier du titre Ier du livre III, pour les habitations, leurs abords et dépendances ; / 2° De la compétence de l'Etat dans les autres domaines sous réserve des compétences reconnues aux autorités municipales par des dispositions spécifiques du présent code ou du code général des collectivités territoriales ". Par ailleurs, l'article L. 1331-26-1 du code de la santé publique dispose, dans sa rédaction applicable : " Lorsque le rapport prévu par l'article L. 1331-26 fait apparaître un danger imminent pour la santé ou la sécurité des occupants lié à la situation d'insalubrité de l'immeuble, le préfet met en demeure le propriétaire, ou l'exploitant s'il s'agit de locaux d'hébergement, de prendre les mesures propres à faire cesser ce danger dans un délai qu'il fixe. / Si l'exécution des mesures prescrites par cette mise en demeure rend les locaux temporairement inhabitables, les dispositions des articles L. 521-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation sont applicables. / Le préfet procède au constat des mesures prises en exécution de la mise en demeure. / Si les mesures prescrites n'ont pas été exécutées dans le délai imparti, le préfet procède à leur exécution d'office. / Si le propriétaire ou l'exploitant, en sus des mesures lui ayant été prescrites pour mettre fin au danger imminent, a réalisé des travaux permettant de mettre fin à toute insalubrité, le préfet en prend acte ". La prescription de mesures adéquates de nature à faire cesser l'insalubrité dans un logement relève, en application des articles L. 1331-26 et L. 1331-26-1 du même code, de la compétence des services de l'Etat, auquel le législateur a entendu confier cette police spéciale. Il résulte de la décision de la cour administrative d'appel de Nantes du 5 mars 2021 que le renseignement erroné donné en 2007 à Mme C et M. B sur l'absence d'arrêté d'insalubrité grevant la maison d'habitation dont ils faisaient l'acquisition, doit être regardé comme émanant du maire d'Epinay-sur-Odon agissant en qualité d'agent de l'Etat dans le cadre de la police spéciale de lutte contre l'habitat insalubre.
3. Les requérants font dès lors valoir, dans le cadre de la présente requête, que le maire de la commune d'Epinay-sur-Odon, agissant en qualité de représentant de l'Etat, a commis une faute en ne mentionnant pas l'existence de l'arrêté d'insalubrité en réponse à la demande qui lui avait été adressée sur ce point par leur notaire dans le cadre de la vente du 15 octobre 2007. Est annexé à cet acte de vente une lettre du maire de la commune du 3 août 2007 indiquant que la maison ne se situe pas dans une zone d'arrêté de péril ou d'insalubrité. Or, il est constant qu'un arrêté du 12 août 1992 du préfet du Calvados prévoyait l'interdiction d'utiliser à des fins d'habitation le logement en cause. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un tel arrêté aurait été abrogé, entre sa date d'édiction et le 3 août 2007. Par suite, en communiquant cette information erronée, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices allégués :
4. Le rapport de visite du 8 mai 1992 a mis en évidence les dysfonctionnements suivants : " une alimentation en eau par puits privé ; une absence d'aération permanente dans la salle à manger/cuisine ; une cheminée à feu ouvert comme unique moyen de chauffage ; une humidité très importante ; une charpente en mauvais état ; absence de quelques tuiles sur le toit ; l'escalier qui mène à l'étage est instable ; une absence de W.C à l'intérieur du logement ; l'évacuation des eaux usées ; l'installation électrique vétuste ; une pièce au rez-de-chaussée condamnée en raison de l'humidité ; une chambre à l'étage inférieure à 7m2 ; le parquet et les plâtres en mauvais état dans la chambre parentale ". Il ressort du constat d'une visite du logement effectuée le 25 octobre 2016, que le logement est désormais raccordé au réseau public pour l'alimentation en eau, qu'il existe une installation de chauffage central avec chaudière, que le toit est en bon état, l'escalier est stable, un W.C est présent à l'étage, le parquet et le plâtre ont été refaits. L'agence régionale de santé constate que certains aménagements sont toujours manquants concernant l'aération de la salle à manger/cuisine, l'évacuation des eaux usées, l'absence de différentiels concernant l'installation électrique, une pièce condamnée au rez-de-chaussée, une chambre inférieure à 7 m2. Par ailleurs, elle soulève de nouveaux points concernant l'évacuation des eaux usées de la salle de bain, l'absence de lumière suffisante de la cuisine/salle de séjour, l'humidité de la chambre parentale et la disposition des fenêtres de cette pièce. L'agence régionale de santé Normandie a dès lors refusé le 19 décembre 2016 de faire droit à la demande des requérants, adressée le 13 septembre 2016 et tendant à la levée de l'arrêté d'insalubrité de 1992.
5. Les requérants sollicitent le versement des sommes de 120 000 euros correspondant au coût d'achat de la maison en 2007, de 5 721 euros de frais d'acte et de droits d'enregistrement et de 102 060,15 euros au titre du coût du crédit contracté pour cet achat. Si l'arrêté de 1992 conclut à l'interdiction définitive d'habiter les lieux, des travaux ont été réalisés depuis son édiction. Les requérants occupent toujours le logement en cause et, à la date du présent jugement, aucune analyse relative à la faisabilité des moyens techniques de nature à mettre fin à l'insalubrité et au coût des travaux nécessaires n'a été effectuée. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté d'insalubrité soit irrémédiable et ne pourrait être levé par la réalisation de travaux, ce que confirme d'ailleurs l'agence régionale de santé lorsqu'elle énumère les travaux restant à effectuer. Les requérants n'ont transmis aucun élément permettant d'établir la valeur vénale actuelle du bien dont ils sont toujours propriétaires ou de chiffrer les travaux restant à réaliser pour la levée de l'arrêté d'insalubrité. S'ils font valoir qu'ils sont dans l'impossibilité de vendre leur bien, il ne résulte pas de l'instruction que leur maison ait été mise à la vente et n'aurait pas pu trouver preneur en l'état pour une somme dont le montant devrait être déduit de leur préjudice. Dans ces conditions, les préjudices ne sont pas établis et ces demandes ne peuvent qu'être rejetées. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été exposé au point 3 que les requérants, lors de l'achat du bien en 2007, ont nécessairement constaté, alors qu'ils étaient accompagnés d'un agent immobilier, que d'importants travaux d'aménagement étaient nécessaires, en particulier dans l'éventualité de la revente de leur bien.
6. Les requérants sollicitent la somme de 8 000 euros en réparation de frais de déménagement futur. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les requérants aient effectivement déménagé ni que ce préjudice soit certain. Par suite, cette demande ne peut qu'être rejetée.
7. Les requérants sollicitent en outre pour eux et leurs enfants la somme de 10 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral. Compte tenu de l'angoisse qu'a pu légitimement faire naître la connaissance tardive d'un arrêté d'insalubrité, il y a lieu d'allouer à M. B et Mme C une somme globale de 6 000 euros. Toutefois, le préjudice moral des enfants du fait de l'existence de l'arrêté de 1992 n'est pas justifié et cette demande doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser aux requérants, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser M. B et Mme C la somme globale de 6 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros aux requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G B, Mme H C, M. D B et au préfet du Calvados.
Copie en sera transmise pour information à l'agence régionale de santé.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. F
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BENIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026