vendredi 7 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2001880 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOURDON VINCENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 29 septembre 2020, 20 mai, 30 novembre 2021, 25 janvier 2022, 18, 19 et 26 janvier 2023, Mme H G et M. B G, représentés par Me Pajeot, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) ou, à titre subsidiaire, le centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie, à leur verser la somme de 657 294,94 euros en réparation des préjudices subis compte tenu de la prise en charge médicale de Mme I G ;
2°) de condamner le CHU Caen Normandie à verser à Mme I G la somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice d'impréparation ;
3°) de condamner l'ONIAM ou, à titre subsidiaire, le CHU Caen Normandie, aux dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'ONIAM et du CHU Caen Normandie une somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'algodystrophie apparue à la suite de l'opération de 2009 constitue un aléa thérapeutique ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale ;
- l'infection nosocomiale subie à la suite de l'opération d'ablation du matériel d'ostéosynthèse le 11 mars 2011 ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale ; le caractère de gravité est rempli ;
- le CHU Caen Normandie a commis une faute en n'informant pas Mme G des risques inhérents à l'opération d'ablation du matériel ;
- ils sont bien fondés à solliciter la somme de 657 294,94 euros ainsi répartie :
* 609 294,94 euros pour Mme G dont 83,36 euros de dépenses de santé actuelle, 4 933,16 euros de frais de transport, 28 545,25 euros au titre de l'assistance par tierce personne à titre temporaire, 11 573,70 euros de frais de véhicule actuels, 31 033,84 euros au titre des frais de logement adapté, 3 148,45 euros de frais divers, 11 926,92 euros de perte de gains professionnels actuels, 33 384,90 euros de déficit fonctionnel temporaire, 40 000 euros au titre des souffrances endurées, 10 000 euros de préjudice esthétique temporaire, 75 526,73 euros de frais de dépenses de santé futures, 65 370,57 de frais de véhicules adaptés futurs, 107 327,76 euros de frais d'assistance par tierce personne futurs, 13 280,30 euros de pertes de gains professionnels futurs, 10 000 euros d'incidence professionnelle, 103 160 euros de déficit fonctionnel permanent, 15 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 35 000 euros de préjudice esthétique permanent et 10 000 euros de préjudice sexuel ;
* 8 000 euros pour Mme G au titre du préjudice d'impréparation ;
* 40 000 euros pour M. G dont 15 000 euros au titre de ses troubles dans les conditions d'existence avant et après consolidation, 15 000 euros de préjudice d'affection et 10 000 euros de préjudice sexuel.
Par des mémoires enregistrés les 5, 12 février et 17 avril 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal :
1°) de condamner le CHU Caen Normandie à lui verser la somme de 906 900,15 euros en remboursement de ses débours ;
2°) de mettre à la charge du CHU Caen Normandie la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du CHU Caen Normandie la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le CHU Caen Normandie a commis plusieurs fautes ayant fait perdre à Mme G une chance de se soustraire au risque d'infection nosocomiale ;
- les conséquences de l'infection nosocomiale doivent être réparées par le CHU Caen Normandie ;
- elle est fondée à solliciter la somme de 906 900,15 euros dont 211 085,72 euros de frais de dépense de santé actuelle, 63 122,23 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels, 337 157,77 euros de rente d'accident de travail et 295 534,43 euros de dépenses de santé futures.
Par des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 10 février 2021, 7 janvier 2022 et 26 janvier 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Joliff, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête, à sa mise hors de cause et à ce que soit ordonnée aux requérants la restitution de la somme de 40 000 euros versée à titre de provision ;
2°) à titre subsidiaire, réduire les sommes sollicitées à de plus justes proportions et rejeter les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conséquences de l'infection nosocomiale doivent être réparées par le CHU Caen Normandie, la condition de gravité du dommage liée à l'infection nosocomiale n'étant pas remplie ;
- à titre subsidiaire, les sommes à allouer en réparation des préjudices subis doivent être réduites à de plus justes proportions.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 février 2021 et 7 janvier 2022, le CHU Caen Normandie, représenté par Me Labrusse, conclut à la diminution des sommes à allouer à Mme G et au rejet des demandes de la CPAM.
Il soutient que :
- sa responsabilité ne saurait être engagée au titre de l'infection nosocomiale, dont les conséquences sont graves ;
- il s'en rapporte à la sagesse du tribunal s'agissant du défaut d'information.
Vu :
- le rapport d'expertise enregistré le 4 février 2016 ;
- l'ordonnance du 4 mars 2016 portant liquidation et taxation des frais et honoraires d'expertise ;
- l'ordonnance du 23 septembre 2016 mettant à la charge de l'ONIAM le versement à Mme G d'une provision de 40 000 euros ;
- le rapport d'expertise enregistré le 22 mai 2019 ;
- l'ordonnance du 24 mai 2019 portant liquidation et taxation des frais et honoraires d'expertise ;
- le rapport d'expertise enregistré le 31 décembre 2021 ;
- l'ordonnance du 19 janvier 2022 portant liquidation et taxation des frais et honoraires d'expertise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- les observations de Me Pajeot, représentant les requérants, et celles de Me Labrusse, représentant le CHU Caen Normandie.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H G a subi, à la suite d'une chute le 9 mars 2009, une triple fracture de la cheville droite. Admise le même jour au centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie, elle a été opérée pour une pose de matériel d'ostéosynthèse. L'ablation du matériel a été réalisée lors d'une nouvelle hospitalisation du 13 au 16 mars 2011. Elle a été à nouveau admise au CHU du 26 mars au 8 avril 2011 pour une arthrite suppurée de la cheville droite, avec un premier lavage articulaire. Un second lavage a eu lieu en avril 2011 puis un troisième en septembre 2011. La persistance des douleurs a justifié une nouvelle hospitalisation du 9 au 23 janvier 2013 avec réalisation le 10 janvier 2013 d'une arthrodèse tibio-talienne de la cheville droite. Une amputation transtibiale droite a été réalisée le 13 novembre 2014 et la patiente a été prise en charge au centre de rééducation Le Normandy jusqu'au 20 mars 2015 avec, durant ce séjour, une nouvelle hospitalisation au CHU Caen Normandie du 8 au 15 décembre 2014 en raison d'une surinfection du moignon. Elle a été opérée le 9 décembre 2014 d'une désunion de cicatrice. Le docteur C, désigné comme expert par ordonnance de référé n° 1501365 du 5 août 2015, a déposé son rapport le 4 février 2016. Une allocation provisionnelle de 40 000 euros a été mise à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) par ordonnance de référé n° 1501353 en date du 23 septembre 2016. Un complément d'expertise a été ordonné par une ordonnance n° 1701419 du 29 novembre 2017. Le rapport d'expertise a été déposé le 16 mai 2019. Par ailleurs, la demande de provision complémentaire présentée par Mme G a été rejetée par une ordonnance du présent tribunal du 9 janvier 2018. M. G a sollicité une expertise concernant ses préjudices propres, expertise ordonnée le 6 avril 2021. Le rapport d'expertise a été déposé le 31 décembre 2021. Par la présente requête, les requérants sollicitent la condamnation de l'ONIAM, et à titre subsidiaire du CHU Caen Normandie, à verser à Mme G la somme de 609 294,94 euros, sous déduction de la provision de 40 000 euros, et à M. G la somme de 40 000 euros. Mme G sollicite également la condamnation du CHU Caen Normandie à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice d'impréparation.
Sur l'infection nosocomiale :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / ()". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
3. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de son opération du 10 mars 2009 de réduction de la fracture, et devant la persistance de phénomènes douloureux et l'existence d'une saillie du matériel risquant d'atteindre les parties molles, Mme G a été opérée le 14 mars 2011 pour une ablation du matériel. Le 26 mars 2011, des phénomènes inflammatoires sont apparus au niveau de la cheville de Mme G, associés à de la fièvre. Elle est prise en charge au CHU Caen Normandie le même jour pour un lavage chirurgical. Les prélèvements réalisés reviennent positifs au staphylocoque meticilline. L'expert indique qu'il s'agit d'une infection nosocomiale, ce que les parties ne contestent pas. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une infection ait été détectée antérieurement à l'opération du 14 mars 2011. Compte tenu des éléments de l'instruction, notamment du délai d'apparition de l'infection à la suite de l'opération d'ablation du matériel du 14 mars 2011, il y a lieu de considérer que cette infection s'est produite au décours de cette opération et constitue dès lors une infection nosocomiale.
4. Selon l'expert, le traumatisme initial de la cheville compliqué d'une ostéo-arthrite, qui constituerait un aléa thérapeutique entraînant un raidissement de la cheville et des douleurs, en dehors de toute infection nosocomiale, aurait entraîné un déficit fonctionnel permanent de 10 %, dont 8 % de séquelle physique et 2 % de séquelle psychologique, à la suite d'une consolidation qui serait intervenue le 20 août 2011. Or, il est constant que l'infection nosocomiale contractée le 14 mars 2011 par Mme G a nécessité de nombreuses autres interventions, en particulier des lavements puis, finalement, une amputation transtibiale droite le 13 novembre 2014. L'expert précise que l'état de santé de Mme G est consolidé au 21 avril 2017 et qu'elle est atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 38 %, dont 33 % liés à l'amputation de la jambe et 5 % liés aux séquelles psychologiques. L'ONIAM, qui conteste l'évaluation ainsi faite par l'expert, fait valoir que les séquelles du traumatisme initial sont sous-évaluées et les conséquences de l'amputation surévaluées. Toutefois, l'analyse critique transmise, qui mentionne une fourchette de 10 à 15 % concernant le traumatisme initial et un déficit de 30 % concernant l'amputation, ne justifie pas ces évaluations au regard de la situation particulière de Mme G et ne prend pas en considération notamment l'aggravation des séquelles psychologiques liées à l'amputation. Ces éléments ne permettant pas de remettre utilement en cause l'évaluation réalisée par l'expert. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'évaluer à 28 % le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique et psychique de Mme G qui découle des conséquences de l'infection nosocomiale.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise, que s'il n'y a pas eu de prophylaxie dans le cadre de l'opération d'ablation du matériel litigieuse, cette situation est conforme aux recommandations de la société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR) et de la haute autorité de santé. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que le CHU Caen Normandie ait commis une faute ayant entraîné l'infection. Dans ces conditions, dès lors que le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, tel que fixé ci-dessus, est supérieur à 25 %, il appartient à l'ONIAM de prendre en charge les conséquences de cette infection nosocomiale en application de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.
Sur l'aléa thérapeutique :
6. Aux termes du premier alinéa du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'incapacité permanente ou de la durée de l'incapacité temporaire de travail ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. () ".
7. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible.
8. Selon le rapport d'expertise, l'évolution post-opératoire de Mme G à la suite de l'opération initiale de la fracture du 10 mars 2009 a été marquée par la survenue d'une algoneurodystrophie et d'une dégradation arthrosique rapide de l'articulation tibio-talienne.
9. En premier lieu, l'expert précise que la dégradation arthrosique constitue une évolution naturelle du traumatisme initial et que cette arthrose précoce impliquait une raideur de la cheville. Par suite, la dégradation arthrosique n'est pas directement imputable à des actes de prévention, de diagnostic ou de soin, et ne constitue pas un accident médical au sens des dispositions mentionnées ci-dessus.
10. En second lieu, si l'expert indique que le syndrome d'algoneurodystrophie doit être assimilé à " un aléa thérapeutique ", l'acte médical n'a pas entraîné de conséquences notablement plus graves que celles auxquelles elle était exposée de manière suffisamment probable en l'absence de traitement de sa fracture initiale. L'expert indique qu'à défaut d'infection, Mme G aurait subi un déficit fonctionnel permanent de 10 % du fait de la raideur de la cheville et qu'elle n'aurait pas pu reprendre son activité de ménage. Il résulte de l'instruction que cette situation résulte de la dégradation arthrosique, qui implique une raideur de la cheville, et non de l'algoneurodystrophie. Par suite, le caractère de gravité de l'algoneurodystorphie, au sens des dispositions mentionnées ci-dessus, n'est pas rempli et les conséquences de cet aléa ne sauraient être prises en charge au titre de la solidarité nationale.
Sur le défaut d'information du CHU Caen Normandie :
11. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
12. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
13. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
14. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas sérieusement contesté, que Mme G n'a pas été informée des risques liés à l'opération litigieuse du 10 mars 2011 concernant l'ablation du matériel d'ostéosynthèse lors de laquelle elle a contracté une infection nosocomiale. Par suite, le CHU Caen Normandie a commis une faute.
15. Il est constant que cette opération était nécessaire et que Mme G aurait accepté cette intervention quand bien même elle aurait été informée du risque d'infection qui s'est réalisé. Aussi, aucune perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération n'est retenue.
16. Si Mme G sollicite l'indemnisation de son préjudice moral d'impréparation compte tenu des conséquences importantes de l'infection, il est constant que ces conséquences n'ont pas été immédiates à la suite de l'opération litigieuse du 10 mars 2011. Les premiers signes de l'infection sont apparus le 24 mars 2011, puis d'autres interventions ont eu lieu, et notamment l'amputation transtibiale en 2014. Il n'est pas allégué que, lors de ces interventions postérieures, elle n'a pas reçu les informations pertinentes permettant de se préparer aux graves conséquences de l'infection qui sont progressivement apparues en l'espèce. Par suite, si la requérante a subi un préjudice moral compte tenu des conséquences de l'infection nosocomiale et notamment de l'amputation, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait subi un préjudice moral d'impréparation compte tenu de la découverte des conséquences de l'infection à la suite de l'intervention du 10 mars 2011. Par suite, cette demande doit être rejetée.
Sur la réparation des préjudices liés à l'infection nosocomiale :
En ce qui concerne les préjudices temporaires patrimoniaux de Mme G :
17. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme G est consolidé depuis le 21 avril 2017.
Quant aux dépenses de santé :
18. Il est constant que Mme G a subi un reste à charge de dépenses de santé en lien avec l'infection nosocomiale d'un montant total de 80 euros. Il y a lieu de lui allouer cette somme.
Quant aux frais de transport :
19. Il résulte de l'instruction que Mme G a dû réaliser à la suite de l'opération litigieuse du 10 mars 2011, en lien avec l'infection nosocomiale, de nombreux déplacements pour se rendre au CHU Caen Normandie, au centre de rééducation de Granville, au centre hospitalier Jacques Monod et à d'autres rendez-vous médicaux. Toutefois, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados indique, dans le dernier état de ses écritures, avoir versé la somme de 9 508,95 euros de frais de transport au profit de Mme G du 26 mars 2011 au 27 décembre 2016. Par suite, et alors que la requérante n'apporte pas de précision, malgré une demande du tribunal en ce sens, sur les frais de transports médicaux effectivement restés à sa charge durant cette période, il n'y a pas lieu d'accorder une indemnité pour les frais de transports médicaux engagés du 26 mars 2011 au 27 décembre 2016.
20. Si Mme G fait valoir des déplacements chez son avocat, elle ne les justifie pas. Il y a lieu toutefois d'indemniser les frais de déplacement pour se rendre aux expertises du 19 octobre 2015 (343 kilomètres) et du 16 juin 2018 (326 kilomètres). Il sera fait une juste appréciation de ces frais de transport, eu égard à la puissance fiscale de la voiture de la requérante et du taux de remboursement à prendre en compte pour les années en cause, en allouant la somme de 363 euros.
Quant aux frais d'assistance par tierce personne :
21. Il résulte de l'instruction que Mme G a nécessité une assistance par tierce personne, en lien avec la complication septique, d'une heure trente par jour du 9 au 17 avril 2011. Son état de santé a ensuite nécessité une assistance de deux heures par jour du 28 avril au 19 mai 2011, puis d'une heure par jour du 20 mai au 19 septembre 2011. Toutefois, elle aurait, compte tenu de son état initial, dans tous les cas nécessité une assistance de quatre heures par semaine jusqu'au 19 août 2011, soit un besoin lié à la seule infection de 95 heures sur cette période. Le besoin d'assistance par tierce personne de Mme G s'élève ensuite à une heure par jour du 29 septembre au 30 juin 2012, du 1er septembre 2012 au 8 janvier 2013, du 6 avril 2013 au 11 novembre 2014 et du 21 mars au 2 septembre 2015, puis de trois heures par semaine du 4 septembre 2015 au 20 avril 2017, soit un total de 1 077 heures pour ces périodes.
22. Si Mme G sollicite une indemnisation sur la base d'un taux horaire de 22,70 euros ou de 19,67 euros, elle ne justifie pas ni n'allègue qu'elle aurait nécessité l'emploi d'une personne spécialisée à un coût horaire supérieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Par suite, sur la base d'un taux horaire de 14 euros, tenant compte du niveau moyen de rémunération constaté durant les périodes mentionnées ci-dessus pour une aide non spécialisée, et des charges sociales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, il y a lieu d'évaluer le préjudice d'assistance par tierce personne temporaire à la somme de 16 408 euros. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme G ait bénéficié d'une aide de nature à compenser ce préjudice. Par suite, la totalité de cette somme doit lui être versée.
Quant aux frais de véhicule adapté :
23. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme G nécessite une adaptation de son véhicule par l'installation d'une boîte automatique avec transposition de pédale. Il est constant qu'elle a dû acheter un nouveau véhicule dont le coût s'élève à 11 274 euros et engager des frais d'adaptation de 854,55 euros. Si elle fait valoir qu'elle a vendu son ancien véhicule, lequel ne pouvait pas être adapté, pour une somme de 1 000 euros, elle se borne à transmettre une attestation manuscrite non circonstanciée sans pièce d'identité de l'acheteur, et ne justifie dès lors pas de cette somme ni ne transmet, malgré une demande du tribunal en ce sens, l'évaluation du prix d'un tel véhicule en 2015. Dans ces conditions, compte tenu de l'évaluation qui peut être effectuée d'un tel véhicule et de la circonstance qu'elle aurait dans tous les cas dû en changer à moyen terme eu égard à l'âge de ce véhicule en 2015, il y a lieu d'évaluer le préjudice de la requérante à la somme de 5 000 euros.
Quant aux frais de logement adapté :
24. Mme G fait valoir qu'elle a dû réaliser des travaux pour un montant de 16 788,66 euros en 2015 à l'intérieur de sa maison afin d'élargir les couloirs pour permettre le passage de son fauteuil roulant et adapter sa salle de bain. Elle transmet également un devis d'un montant de 12 994,30 euros pour des travaux extérieurs. L'expert indique dans son rapport du 16 mai 2019 que l'aménagement de la douche avec une assise est nécessaire, sans mentionner d'autres travaux. Dans sa réponse aux dires, il n'apporte pas de précision sur le lien entre les travaux d'élargissement des couloirs et les dommages liés à l'infection nosocomiale, en particulier l'amputation du 13 novembre 2014. Il ne résulte pas de l'instruction que les déplacements de Mme G à la suite de l'amputation s'effectuent nécessairement en fauteuil roulant, alors qu'elle peut marcher, avec sa prothèse, sur un périmètre de cinq cent mètres sans cannes. Mme G était atteinte d'ostéoarthrite chronique sévère non imputable à sa prise en charge médicale. Dans ces conditions, si des travaux d'aménagement de la salle de bains et des travaux extérieurs ont été réalisés afin notamment d'installer des appuis, de pallier la présence d'escalier et de supprimer les gravillons pour faciliter les déplacements, il ne résulte pas de l'instruction que l'ensemble des travaux dont il est demandé réparation soit en lien direct avec les conséquences de la seule infection nosocomiale. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à une juste appréciation de montant des travaux intérieurs et extérieurs rendus nécessaires afin de faciliter les déplacements de Mme G à une somme globale de 10 000 euros.
Quant aux frais divers :
25. Mme G justifie du paiement des sommes de 258,33 euros de frais de télévision et de téléphone dans le cadre de sa rééducation de novembre 2014 au centre Le Normandy, de frais de télévision de 15,75 euros suite à son hospitalisation au CHU Caen Normandie le 18 novembre 2014, de frais de copie de dossier de 41,97 euros et 4,51 euros, de 268 euros de leçons de conduite adaptées à son handicap, et de 33 euros de frais d'examen médical pour l'aptitude à la conduite. Ces frais, d'un montant total de 621,56 euros, sont justifiés et sont en lien direct avec l'infection nosocomiale. Il y a lieu de lui allouer cette somme.
Quant aux frais de médecin conseil :
26. Mme G justifie de frais de médecins conseil de 800 euros pour une analyse sur pièces du rapport en 2015 et de 1 600 euros pour l'accompagnement à l'expertise en 2015. Il y a lieu de lui allouer ces sommes.
Quant aux pertes de gains professionnels :
27. Mme G sollicite la réparation de ses pertes de gains professionnels de mars 2009 au 21 avril 2017, date de consolidation de son état de santé. Toutefois, d'une part, la période antérieure à la réalisation de l'infection nosocomiale ne saurait être indemnisée. D'autre part, il résulte de l'expertise, notamment du rapport de l'expert et de ses réponses aux dires, qu'à supposer même qu'elle n'ait pas été atteinte d'une infection nosocomiale et de l'amputation qui en a résulté, son déficit fonctionnel temporaire total aurait été de 10 % et elle n'aurait pas pu reprendre son activité professionnelle, compte tenu de la raideur de sa cheville du fait de l'arthrose précoce. Par suite, ses préjudices de perte de gains professionnels étant liés à la fracture initiale compliquée et non aux conséquences de l'infection nosocomiale, cette demande doit être rejetée.
En ce qui concerne les préjudices temporaires extrapatrimoniaux de Mme G :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
28. Il résulte de l'instruction que Mme G a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 26 mars au 8 avril 2011 correspondant à sa première hospitalisation post infection. Elle a ensuite été hospitalisée du 18 au 27 avril, du 20 septembre au 24 octobre 2011, du 1er juillet au 31 août 2012, du 9 janvier au 5 avril 2013, du 12 novembre 2014 au 20 mars 2015 et du 11 octobre au 3 novembre 2016 en séjour psychiatrique en lien avec l'amputation. Elle aurait, compte tenu de la fracture initiale, subi un déficit fonctionnel temporaire de classe III jusqu'au 17 avril 2011. La période du 9 au 17 avril 2011 n'a ainsi pas à être indemnisée. Elle a subi un déficit fonctionnel temporaire de classe IV du 28 avril au 19 mai 2011, qui aurait été de classe II sans infection, puis de classe III du 20 mai au 19 septembre 2011, du 25 octobre 2011 au 30 juin 2012, du 1er septembre 2012 au 8 janvier 2013, du 6 avril 2014 au 11 novembre 2014, du 21 mars au 2 septembre 2015, du 4 septembre 2015 au 10 octobre 2016 puis du 4 novembre 2016 au 21 avril 2017. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur la base d'un taux journalier de 16 euros, compte tenu des conséquences de l'infection en comparaison de celles importantes liées à la fracture initiale, en allouant la somme de 17 400 euros.
Quant aux souffrances endurées :
29. Le rapport d'expertise évalue les souffrances endurées de Mme G, incluant les douleurs physiques et psychiques en lien avec l'opération initiale et les complications septiques, à 5,5 sur une échelle de 1 à 7. Il précise qu'en l'absence de complication septique, les souffrances auraient été de 3,5. Il résulte de l'instruction que si Mme G aurait connu des souffrances importantes compte tenu de la fracture initiale et de l'opération, sans complication septique, en particulier dues au syndrome d'algoneurodystrophie, elle a subi, du fait de la complication septique, de nombreuses hospitalisations, une amputation et des douleurs liées à l'adaptation de la prothèse et de la rééducation. Par suite, il sera fait une juste réparation des souffrances physiques et psychiques endurées par la requérante du fait des seules conséquences de l'infection nosocomiale, en allouant une somme de 8 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
30. Si le rapport d'expertise ne mentionne pas de préjudice esthétique temporaire en lien avec l'infection nosocomiale, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu des gonflements de la cheville et de l'amputation, en l'évaluant à la somme de 1 000 euros avant consolidation.
En ce qui concerne les préjudices permanents patrimoniaux de Mme G :
Quant aux dépenses de santé futures :
31. Mme G sollicite les frais de remboursement d'une prothèse et d'une prothèse de bain. En ce qui concerne les frais de prothèse standard, il résulte de l'instruction, et il n'est pas sérieusement contesté par la requérante qui ne produit qu'un devis, que ces frais sont pris en charge par la CPAM. En ce qui concerne les frais de prothèse de bain, il ne résulte pas de l'instruction que Mme G ait effectivement acheté une telle prothèse. Par suite, il y a seulement lieu de condamner l'ONIAM à prendre en charge, sur justificatif, les frais d'une telle prothèse de bain dans la limite d'une fois tous les cinq ans.
Quant aux frais de déplacement futurs :
32. Mme G fait valoir s'être rendue à cinq reprises au CRF Le Normandy, depuis la date de consolidation. La CPAM indique avoir également pris en charge des frais de véhicule sanitaire léger ou de taxi le 16 novembre 2017, le 18 janvier 2018, le 19 juillet 2018, le 29 octobre 2019, le 23 juin 2020, le 25 août 2020 et le 15 octobre 2020. La requérante n'apporte pas de précision sur les frais effectivement restés à sa charge. Par suite, cette demande doit être rejetée.
33. Si elle fait valoir des frais de transport futurs pour se rendre chez son appareilleur, elle ne justifie pas l'absence de prise en charge de ces transports par l'assurance sociale. Par suite, il y a seulement lieu de condamner l'ONIAM à prendre en charge, sur justificatif, les frais de transport pour se rendre chez l'appareilleur dans la limite d'une fois par an.
Quant aux frais de véhicule adapté :
34. Mme G n'établit pas avoir financé des frais à ce titre depuis la consolidation de son état de santé. Elle n'établit pas le surcoût d'un véhicule automatique avec pédale inversé. Il sera fait une juste appréciation du surcoût de l'aménagement d'un véhicule tel que celui nécessaire en l'espèce en l'évaluant à la somme de 2 000 euros tous les cinq ans à compter de la date du présent jugement. Compte tenu du barème de capitalisation de la gazette du palais de 2022, des circonstances de l'espèce et de l'âge de la requérante à la date du présent jugement, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant une somme de 11 850 euros.
Quant aux frais d'assistance par tierce personne :
35. Il résulte de l'expertise que le besoin permanent d'assistance par tierce personne est évalué à trois heures par semaine en lien avec les seules complications septiques.
36. Par suite, et selon les mêmes modalités que celles fixées au point 22 du présent jugement, il serait fait une exacte appréciation de ce besoin du 21 avril 2017 à la date du présent jugement, en l'évaluant à la somme de 12 894 euros.
37. Pour le futur, l'état de santé de Mme G justifie que les frais afférents à son besoin d'assistance par une tierce personne à compter du présent jugement soient réparés par une rente annuelle viagère et non par le versement d'un capital représentatif de ces frais. Il sera fait une juste évaluation du besoin permanent d'assistance non spécialisée en le fixant à trois heures par semaine. Dès lors, sur la base d'un montant forfaitaire de 15 euros de l'heure incluant les charges sociales, les majorations de rémunération pour travail du dimanche et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, cette rente annuelle doit être fixée à la somme de 2 340 euros. Cette somme sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, sous déduction des sommes le cas échéant allouées à Mme G au titre des prestations de compensation du handicap ayant pour objet de couvrir les frais d'assistance par tierce personne et qu'il lui appartiendra de porter à la connaissance de l'ONIAM.
Quant aux pertes de gains professionnels futurs :
38. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise, compte tenu de la fracture initiale grave de la cheville subie et de la pathologie séquellaire de cette fracture entraînant une cheville raide et douloureuse, que Mme G aurait subi des difficultés importantes dans ses déplacements, la gestion de son quotidien et n'aurait pas pu reprendre son emploi. L'expert précise qu'une reconversion sur un poste sédentaire aurait été obligatoire et que " la complication septique n'a pas modifié son incapacité à reprendre son activité professionnelle ". Par suite, Mme G ne justifie pas de pertes de gains professionnels futurs en lien avec la complication septique et cette demande doit être rejetée.
Quant à l'incidence professionnelle :
39. L'expert indique qu'un poste sédentaire est compatible avec une situation d'amputation de jambe et un appareillage bien toléré. Toutefois, la requérante fait valoir que l'appareillage n'est pas encore optimal. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les difficultés septiques ont nettement allongé le temps de prise en charge médicale de l'état de santé de Mme G, aggravant ses difficultés psychiques, et ont donc rendu plus difficiles des recherches de reconversion. Dans ces conditions, il y a lieu d'indemniser le préjudice d'incidence professionnelle de Mme G en lien avec les complications septiques, compte tenu de son âge à la date de consolidation de son état de santé, en l'évaluant à la somme de 3 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents extrapatrimoniaux de Mme G :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
40. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel permanent de Mme G est évalué à 38 %, dont 5 % de conséquences psychologiques. Il résulte également de l'expertise, et il n'est pas sérieusement contesté par la requérante, que compte tenu de la fracture initiale et de ses lourdes conséquences, elle aurait dans tous les cas subi un déficit fonctionnel permanent de 10 % dont 2 % de conséquences psychologiques. Il ne résulte pas de l'instruction que ces taux ne prennent pas en considération l'ensemble des difficultés physiques et psychologiques de la requérante en terme d'incapacité, en dehors d'autres postes de préjudices. Dans ces conditions, en réparation du déficit fonctionnel permanent de la requérante en lien avec les seules complications septiques, il y a lieu de lui allouer la somme de 47 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
41. Mme G sollicite la réparation de son préjudice d'agrément tenant à l'arrêt de ses activités de loisirs telles que la marche, le vélo, la danse, le jardinage, le ski, la natation ou ses activités associatives. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'arrêt de ses activités était induit par la fracture importante initiale de la requérante. Par suite, cette demande ne peut qu'être rejetée.
Quant au préjudice esthétique permanent :
42. Le préjudice esthétique permanent est évalué à 5 sur une échelle allant de 1 à 7 par l'expert, qui précise néanmoins que les conséquences de la fracture initiale sont à l'origine d'un préjudice esthétique de 2 sur la même échelle. Par suite, en réparation du préjudice esthétique de la requérante en lien avec les seules complications septiques, il y a lieu de lui allouer la somme de 4 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
43. Selon l'expert, l'amputation d'une jambe n'est pas incompatible avec la reprise d'une activité sexuelle, laquelle peut être impactée par d'autres éléments non liés aux complications septiques. Toutefois, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise que Mme G a déclaré ne pas avoir repris d'activités sexuelles depuis l'amputation. Par suite, le préjudice en lien avec les complications septiques est établi. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, dans les circonstances de l'espèce, en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
44. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices de Mme G sont évalués à la somme globale de 142 016,56 euros. Il résulte de l'instruction que l'ONIAM, en application d'une ordonnance du juge des référés du présent tribunal, a déjà versé une provision à Mme G pour un montant de 40 000 euros. Par suite, après déduction de cette provision, il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser à Mme G la somme de 102 016,56 euros.
En ce qui concerne les préjudices de M. G :
Quant aux troubles dans les conditions d'existence :
45. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme G a impacté son mari dans les actes de la vie quotidienne, en particulier durant les différentes périodes d'hospitalisation puis compte tenu de l'amputation de son épouse. Toutefois, comme il a été dit au point 40 du présent jugement, de nombreuses activités du couple auraient dans tous les cas pris fin compte tenu de la grave fracture initiale de son épouse et ses conséquences. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à M. G la somme de 4 000 euros.
Quant au préjudice d'affection :
46. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du docteur A, que M. G est traité par antidépresseur depuis le mois de juin 2016, et présente un état dépressif sévère, compte tenu de la situation de son épouse à la suite de l'accident de 2009, des nombreuses hospitalisations qui ont suivi l'infection nosocomiale et de l'impact sur sa situation personnelle de la situation de handicap de Mme G. Compte tenu de ces éléments, et en prenant en considération les conséquences qu'auraient dans tous les cas eu la fracture initiale, il y a lieu de lui allouer la somme de 4 000 euros en réparation de son préjudice d'affection.
Quant au préjudice sexuel :
47. L'expertise du docteur A mentionne un préjudice sexuel lié à l'état dépressif et au traitement prescrit. Compte tenu notamment de ce qui a été dit au point précèdent, il y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 2 000 euros.
48. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y lieu de mettre à la charge de l'ONIAM à verser à M. G la somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices propres.
Sur les conclusions de l'ONIAM :
49. L'ONIAM sollicite le remboursement de la provision de 40 000 euros. Il résulte de tout ce qui précède que ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les intérêts au taux légal :
50. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ".
51. Les requérants demandent que les indemnités qui leurs sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de leur demande préalable. A défaut d'une telle demande adressée à l'ONIAM, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 septembre 2020, date d'enregistrement du premier mémoire des requérants au greffe du présent tribunal.
Sur les demandes de la CPAM :
52. Il résulte de ce qui précède que la CPAM n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité du CHU Caen Normandie est engagée compte tenu de la prise en charge médicale de Mme G. Par suite, ses conclusions tendant à la condamnation du CHU Caen Normandie à lui verser la somme de 906 900,15 euros en réparation de ses débours et tendant au paiement de la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
53. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
54. Dans les circonstances de l'espèce, les dépens de l'instance, constitués des frais et honoraires de l'expertise rendue le 4 février 2016 par le docteur K C, de l'expertise du 22 mai 2019 du professeur D J et de l'expertise du docteur F rendue le 31 décembre 2021, liquidés et taxés, respectivement par ordonnances du 4 mars 2016, du 24 mai 2019 et du 19 janvier 2022, aux sommes de 3 630,04 euros TTC, 2 500 euros et 960 euros TTC, sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
55. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
56. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM le versement aux requérants de la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu en revanche de faire droit aux conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser à Mme G la somme de 102 016,56 euros, déduction faite de la provision déjà versée, avec intérêt au taux légal à compter du 29 septembre 2020.
Article 2 : L'ONIAM versera à Mme G une rente annuelle de 2 340 euros, sous déduction, le cas échéant, de la prestation de compensation du handicap et des aides de même nature perçues et qu'il appartiendra à l'intéressée de porter à la connaissance de l'ONIAM, rente qui sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
Article 3 : L'ONIAM remboursera à Mme G, sur justificatif, les frais d'une prothèse de bain dans la limite d'une tous les cinq ans, et les frais de transport pour se rendre chez l'appareilleur dans la limite d'une fois par an.
Article 4 : L'ONIAM versera à M. G la somme de 10 000 euros, avec intérêt au taux légal à compter du 29 septembre 2020.
Article 5 : Les frais d'expertise, correspondant aux sommes de 3 630,04 euros TTC, 2 500 euros et 960 euros TTC, sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Article 6 : L'ONIAM versera une somme globale de 3 000 euros à Mme et M. G sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme et M. G, à l'ONIAM, au CHU Caen Normandie et à la CPAM du Calvados.
Copie en sera adressée pour information aux experts.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
C. E
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026