lundi 31 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2002601 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre JU |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2020 et le 12 septembre 2022 sous le n° 2002601, Mme A D, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 9 juin 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Calvados a rejeté sa demande de remise de dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 392,69 euros, pour la période du 1er mai 2014 au 30 avril 2017, et de lui accorder la remise gracieuse totale de sa dette ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise partielle de sa dette et d'enjoindre au département du Calvados de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Cavelier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- elle est séparée de son époux depuis avril 2012 ;
- elle est de bonne foi ;
- elle est en situation de grande précarité ; elle travaille à temps partiel comme agent de propreté avec un salaire qui varie entre 700 et 800 euros et est reconnue en tant que travailleur handicapé.
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2021, le département du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2020.
II°) Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier 2021 et le 12 septembre 2022 sous le n° 2100117, Mme A D, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 9 juin 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Calvados a rejeté sa demande de remise de dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 760,65 euros, pour la période du
1er septembre 2014 au 31 août 2016, et de lui accorder la remise gracieuse totale de la dette ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise partielle de sa dette et d'enjoindre au département du Calvados de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Cavelier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soulève les mêmes moyens que ceux invoqués dans l'instance enregistrée sous le
n° 2002601.
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2021, le département du Calvados conclut au rejet au motif que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2020.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Cavelier, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en insistant sur le fait qu'elle n'était pas mariée et qu'elle est de bonne foi ;
- et les observations de M. C, représentant le département du Calvados, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, par deux requêtes distinctes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, demande l'annulation de deux décisions du 9 juin 2020 par lesquelles le président du conseil départemental du Calvados a rejeté ses demandes de remise de dette correspondant à des indus de revenu de solidarité active d'un montant total de 13 152,74 euros, pour la période allant du 1er mai 2014 au 30 avril 2017.
Sur la demande de remise de dette :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, d'inciter à l'exercice d'une activité professionnelle et de lutter contre la pauvreté de certains travailleurs, qu'ils soient salariés ou non-salariés ". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " / () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation l'ensemble des ressources dont il dispose ainsi que sa situation familiale et tout changement en la matière et toutes informations relatives à son activité professionnelle. Pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
5. En l'espèce, Mme D a obtenu, sur la période concernée, le versement du revenu de solidarité active en qualité de personne seule, avec deux enfants à charge. Cependant, selon les éléments réunis en novembre et décembre 2016 par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales du Calvados, dont le rapport établi le 7 février 2017 fait foi jusqu'à preuve du contraire, Mme D, qui avait déclaré être séparée de M. E depuis le mois de mai 2012, continuait de vivre maritalement avec ce dernier pendant la période au titre de laquelle les indus de revenu de solidarité active lui sont réclamés. Il résulte des éléments constatés par l'agent assermenté de l'organisme social, qui conclut à l'existence d'une fraude intentionnelle de l'intéressée, que M. E, alors même qu'il avait déclaré, à partir de 2012, une adresse de domiciliation au CAO de Caen, a continué à déclarer auprès de Pôle emploi, de son organisme bancaire et de la Maison départementale des personnes handicapées du Calvados, à l'appui d'une demande d'allocation adulte handicapé, que son domicile se trouvait à l'adresse de Mme D. Le contrôleur a également constaté que les noms de
Mme D et de M. E figuraient sur la boîte aux lettres et l'interphone de l'appartement de Mme D et que les factures d'électricité étaient libellées à leurs deux noms. Lors d'un second passage non avisé le 7 décembre 2016, le contrôleur a indiqué que si Mme D l'avait reçu en compagnie de son fils, une autre voix masculine lui avait auparavant répondu à l'interphone. Il résulte en outre de l'instruction, en particulier des constatations de l'enquêteur, que les intéressés ont indiqué, sur diverses demandes ou formulaires, des dates discordantes, en 2011 ou en 2012, pour situer la date de leur séparation. Par ailleurs, M. E n'a pas déféré aux convocations qui lui ont été adressées, à l'adresse qu'il avait indiquée, par l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales afin de s'expliquer sur sa situation familiale, en janvier 2017, puis en avril 2017, sans informer l'organisme social d'une impossibilité d'honorer ces convocations. Si les avis d'échéance de loyers, postérieurs à la séparation alléguée, sont libellés au seul nom de Mme D, cette circonstance, alors qu'une fraude est alléguée au vu d'indices concordants, ne peut suffire à démontrer l'absence de communauté de vie, de même que les différentes attestations produites par la requérante, qui se bornent à indiquer, de façon lapidaire, qu'elle est séparée de son ex-conjoint. Enfin, il résulte de l'instruction que la majeure partie des retraits d'espèces aux distributeurs automatiques a été effectuée par M. E dans le quartier de résidence de Mme D. Si la requérante fait valoir que M. E procédait à ces retraits avant de lui apporter le montant de la pension alimentaire, il n'est pas contesté qu'elle n'a engagé aucune action en justice à l'encontre de M. E pour la fixation d'une pension alimentaire au titre de leurs enfants, depuis leur supposée séparation en 2012. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, Mme D et M. E doivent être regardés, s'agissant de la période couvrant les indus en litige, comme ayant mené une vie de couple caractérisant une relation de concubinage et constituant, par suite, un foyer au sens des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. En outre, en omettant de signaler à l'organisme social sa vie maritale sur la période des indus en litige, Mme D, qui ne pouvait ignorer ses obligations déclaratives, doit être regardée comme ayant effectué de manière délibérée des fausses déclarations au sens des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles citées au point 4 du présent jugement, ce qui fait obstacle à ce qu'elle puisse prétendre à une remise gracieuse de cette dette. C'est dès lors à bon droit que la caisse d'allocations familiales a rejeté, par les décisions attaquées du 9 juin 2020, ses demandes de remise de dette.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 9 juin 2020. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Cavelier relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2002601 et 2100117 de Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Cavelier et au département du Calvados.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
A. B
La greffière,
Signé
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Godey
2, 2100117
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026