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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2002649

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2002649

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2002649
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP FERRETTI HUREL LEPLATOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2020, M. B C, représenté par la Scp Ferretti Hurel Leplatois, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Pierre-en-Auge à lui verser la somme de 10 380,50 euros et 50 euros mensuel à compter du 1er janvier 2021 jusqu'au jugement à intervenir au titre de dommages et intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Pierre-en-Auge la somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité sans faute de la commune de Saint-Pierre-en-Auge doit être engagée en raison de dommages causés par les racines d'un arbre implanté sur une place publique de la commune ;

- son préjudice tenant à la remise en état de l'ensemble portail et mur doit être évalué à la somme 9 080,50 euros ;

- son préjudice tenant à la jouissance du bien doit être évalué à la somme de 1 300 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 avril 2021 et le 2 août 2021, la commune de Saint-Pierre-en-Auge, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la commune ne peut être engagée en raison de l'absence de lien de causalité direct et certain entre le fait générateur et le dommage ;

- la commune n'est pas à l'origine d'un défaut d'entretien normal du domaine public ;

- la commune doit être partiellement exonérée de sa responsabilité compte tenu de la faute de la victime ;

- le coût de la remise en état de l'arche formant le linteau du porche doit être évaluée à 1 375 euros ;

- le préjudice de jouissance est infondé ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 30 août 2021.

Vu le rapport d'expertise déposé le 15 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Ferreti, représentant M. C, et de Me Debuys, substituant Me Gorand, représentant la commune de Saint-Pierre-en-Auge.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est propriétaire d'une maison d'habitation sur la commune de Saint-Pierre-en-Auge. En octobre 2017, le portail de la propriété présentait une déformation empêchant son ouverture. Une expertise été réalisée le 15 janvier 2020. Par une décision implicite du 7 novembre 2020, la commune de Saint-Pierre-en-Auge a rejeté la demande indemnitaire de M. C. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Pierre-en-Auge à lui verser une somme de 10 380,50 euros en réparation du préjudice subi.

Sur le principe de la responsabilité :

2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.

3. Il résulte de l'instruction que, selon l'expertise, " la déformation du mur de clôture ancien a eu pour conséquence d'exercer une poussée sur le pilier supportant le vantail du portail conférant à ce pilier un défaut d'aplomb, lequel défaut d'aplomb s'est communiqué au vantail du portail jusqu'à son blocage au sol ". Des fouilles réalisées le 28 juin 2018 ont fait apparaître que la cause commune aux déformations du mur et du portail était la poussée verticale de deux racines d'un marronnier planté sur une place de la commune de Saint-Pierre-en-Auge à 5,70 mètres de la propriété. Si les constatations ont révélé une absence d'entretien de la parcelle de la part de M. C ainsi qu'une tardiveté dans l'information de la situation donnée à la commune, ces faits ne sont pas constitutifs d'une faute de la part de M. C susceptible d'exonérer ou d'atténuer la responsabilité sans faute de la commune de Saint-Pierre-en-Auge du fait des dommages créés à un tiers du fait d'un ouvrage public.

Sur la réparation du préjudice :

En ce qui concerne le préjudice matériel :

4. Il résulte de l'instruction que les dommages matériels sont caractérisés par un déplacement du linteau en pierre du porche attenant au pilier du portail de la propriété de M. C. Eu égard au risque de chute du linteau, les dommages subis doivent être regardés comme présentant un caractère grave et spécial et ne sauraient, dès lors, être regardés comme une charge incombant normalement aux intéressés. Le requérant n'a pas souhaité faire évaluer la nécessité d'abattage de l'arbre à l'origine des désordres mais sollicite uniquement une remise en état du mur adjacent au portail et du portail lui-même. Le rapport d'expertise exclut toute reprise du pilier du portail et préconise de limiter l'intervention à un changement des gonds par des modèles réglables pour le portail. Dès lors, le préjudice matériel subi sera évalué, sur la base des devis produits, à 850 euros pour la remise en état du portail et à 3 924 euros pour la remise en état de linteau du porche adjacent au portail.

En ce qui concerne le préjudice de jouissance :

5. M. C fait état d'un préjudice de jouissance correspondant à 10 % de la valeur locative, soit 50 euros par mois à compter d'octobre 2017, date déclaré du constat du désordre. Il résulte toutefois de l'instruction que la propriété de M. C n'est pas une résidence principale et que l'accès par le portail n'est pas entretenu. Le rapport d'expertise mentionne un portail qui reste utilisable de façon " non ordinaire nécessitant d'y porter un coup sec pour l'ouvrir ". Dès lors, M. C ne justifie pas de la réalité d'un préjudice de jouissance, eu égard au caractère mineur des désordres recensés par l'expert et des conditions d'utilisation du bien.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Saint- Pierre-en-Auge à verser à M. C la somme de 4 774 euros en réparation de son préjudice.

Sur les frais liés au litige :

7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".

8. Les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 3 087,73 euros par ordonnance n° 1900476 du 18 avril 2019. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais à la charge définitive de la commune de Saint-Pierre-en-Auge.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Pierre-en-Auge demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Pierre-en-Auge une somme de 1 500 euros au titre des frais de même nature exposés par M. C.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Saint-Pierre-en-Auge est condamnée à verser à M. C la somme de 4 774 euros.

Article 2 : Les frais d'expertise, pour un montant total de 3087,73 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Saint-Pierre-en-Auge.

Article 3 : La commune de Saint-Pierre-en-Auge est condamnée à verser à M. C la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Saint-Pierre-en-Auge.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. A

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Godey

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