vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2100164 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LABRUSSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 janvier 2021, 16 décembre 2022 et 30 janvier 2023, M. C D, représenté par Me Labrusse, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a refusé de procéder au retrait de l'arrêté du 31 mai 2018 attribuant à Mme E la concession de cultures marines cadastrée n° 66-61 sur la commune de Ver-sur-Mer ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de retirer l'arrêté du 31 mai 2018 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 390 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité du refus de lui attribuer la concession n° 66-61 sur la commune de Ver-sur-Mer ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision d'attribution de la concession à Mme E a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 15 du schéma des structures des exploitations de cultures marines du Calvados ; Mme E ne pouvait bénéficier de l'ordre de priorité n° 3 et les deux demandes devaient être examinées au regard du seul ordre de priorité n° 6 ; en outre, l'administration a décidé de favoriser l'emploi sur le secteur de production considéré et de soutenir les exploitations en place localement, ce qui ne constitue pas des motifs permettant de faire échec au caractère prioritaire de sa demande au regard du critère n° 6 ; l'autorisation d'exploiter aurait dû lui être délivrée dès lors qu'il était prioritaire par rapport à la demande de Mme E ;
- l'autorisation d'exploiter la concession d'élevage accordée à Mme E aurait dû être retirée pour motif d'utilité publique, sur le fondement de l'article R. 923-41 du code rural et de la pêche maritime ; au surplus, elle aurait dû être retirée dès lors qu'elle révèle la volonté de l'Etat de favoriser illégalement la titulaire de l'autorisation ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée du fait de l'illégalité de la décision du 31 mai 2018 refusant sa demande d'autorisation d'exploiter la concession de cultures marines, illégalité constatée par le tribunal administratif de Caen dans son jugement du 5 août 2019 ; il subit un préjudice financier consécutif à la perte de la concession litigieuse, soit une somme de 300 000 euros, et à la perte de bénéfices, soit une somme de 75 000 euros ; en outre, les troubles de toute nature dans ses conditions d'existence, dont le préjudice moral, peuvent être évalués à la somme de 15 000 euros ; en tout état de cause, il est fondé à demander le paiement par l'Etat d'une indemnité correspondant à la valeur de référence établie par la commission des cultures marines du Calvados, soit la somme de 91 300 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2021 et 10 janvier 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 août 2021 et 13 mai 2022, Mme A E, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du préfet du Calvados du 12 décembre 2016, portant schéma des structures des exploitations de cultures marines ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Créantor,
- les conclusions de Mme F,
- et les observations de Me Labrusse, représentant M. D, de Mme B, pour le préfet du Calvados, et de Me Gorand, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, qui exploite dans la baie des Veys plusieurs concessions marines, a sollicité du préfet du Calvados l'autorisation d'exploiter à Ver-sur-Mer la parcelle cadastrée n° 66-61. Cette autorisation lui a été refusée, par une décision du 31 mai 2018, au motif du caractère prioritaire d'une demande concurrente, celle de Mme A E, au regard du schéma des structures des exploitations de cultures marines du département du Calvados. Par un jugement du 5 août 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Caen a annulé la décision du 31 mai 2018 et a enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement. Par une décision du 30 décembre 2019, le préfet du Calvados a, à nouveau, rejeté la demande d'autorisation présentée par M. D pour la concession de culture marine en litige. Par un jugement du 4 juin 2021, le tribunal administratif de Caen a annulé la décision du 30 décembre 2019 et enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la demande de M. D, en procédant à un nouvel " appel à candidature ", dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement. A la suite de l'appel formé par le ministre chargé de l'agriculture, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé ce jugement par un arrêt du 29 avril 2022. Parallèlement, par courrier du 16 mars 2020, M. D a demandé au préfet du Calvados de retirer la décision du 31 mai 2018 portant autorisation d'exploiter une concession de cultures marines délivrée à Mme E et de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis à raison de l'illégalité de la décision de refus d'autorisation du 31 mai 2018 qui lui a été opposée. Le préfet du Calvados, qui n'a pas répondu à cette demande du 16 mars 2020, est réputé l'avoir rejetée. En conséquence, M. D demande au tribunal d'annuler la décision de rejet de sa demande de retrait de la décision du 31 mai 2018 et de condamner l'Etat à lui verser une somme globale de 390 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant de procéder au retrait de l'autorisation délivrée le 31 mai 2018 à Mme E :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 923-41 du code rural et de la pêche maritime : " Les concessions accordées en application du présent chapitre peuvent être retirées ou modifiées à tout moment par décision motivée du préfet pour motif d'utilité publique, et notamment en cas de mise en œuvre d'un plan de réaménagement ou d'un plan d'utilisation de l'espace entraînant modification du secteur concerné. Lorsque la procédure est conduite par application du code de l'expropriation, le concessionnaire évincé a droit aux indemnisations prévues par ce code. La notification de cette décision est assortie d'un délai de mise en œuvre ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 31 mai 2018 portant autorisation d'exploiter une concession de cultures marines délivrée à Mme E a été notifiée à l'intéressée par un courrier du 1er juin 2020, reçu le 6 juin 2020, et a été publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados n° 45 du 15 juin 2018. Cette décision revêt le caractère d'une décision individuelle créatrice de droit qui ne pouvait, dès lors, être retirée à l'initiative du préfet du Calvados, ou sur la demande d'un tiers, que dans le délai de quatre mois suivant son édiction et à la condition qu'elle soit illégale. Ainsi, le préfet du Calvados ne pouvait que rejeter la demande de M. D du 16 mars 2020 tendant au retrait de l'arrêté du 31 mai 2018 autorisant Mme E à exploiter une concession de cultures marines, ainsi que la cour administrative d'appel de Nantes l'a d'ailleurs déjà jugé dans son arrêt du 29 avril 2022. En outre, et ainsi que la cour l'a également jugé, la circonstance que l'autorisation d'exploiter délivrée le 31 mai 2018 à la concurrente de M. D méconnaîtrait les dispositions du schéma des structures des exploitations de cultures marines ne constitue pas un motif d'utilité publique justifiant le retrait de cette autorisation au sens et pour l'application des dispositions de l'article R. 923-41 du code rural et de la pêche maritime. Dans ces conditions, la décision du préfet du Calvados refusant de procéder au retrait de l'arrêté du 31 mai 2018 n'est pas entachée d'erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande tendant au retrait de la décision du 31 mai 2018 autorisant Mme E à exploiter la concession de cultures marines cadastrée n° 66-61. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.
Sur la responsabilité de l'Etat :
En ce qui concerne la faute :
6. Il résulte de l'instruction que, par un jugement définitif du 5 août 2019, ce tribunal a annulé la décision du 31 mai 2018 refusant à M. D l'autorisation d'exploiter la concession de cultures marines sur la parcelles cadastrée n° 66-61, le tribunal ayant considéré que le préfet du Calvados avait méconnu les dispositions de l'article 15 du schéma des structures des exploitations de cultures marines du Calvados en estimant que la demande de la candidate concurrente, Mme E, était prioritaire. L'illégalité de cette décision de refus constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de M. D, qui peut, dès lors, prétendre à la réparation des préjudices directs et certains résultant de cette illégalité.
En ce qui concerne les préjudices :
7. Malgré la mesure d'instruction adressée à M. D, celui-ci n'a produit aucun élément permettant au tribunal d'évaluer les préjudices financiers qu'il invoque, en particulier la perte de bénéfices. En outre, M. D ne saurait solliciter une somme correspondant au coût de l'indemnité de transfert des concessions dès lors, et en tout état de cause, qu'il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué, qu'il aurait exposé une somme pour bénéficier d'une concession équivalente à celle qui lui a été refusée à tort.
8. En revanche, il résulte de l'instruction que M. D a dû introduire un premier recours devant ce tribunal afin d'obtenir l'annulation de la décision de refus du préfet du Calvados de lui accorder l'autorisation d'exploiter la concession de cultures marines en cause puis un second recours à la suite de la décision du 30 décembre 2019 par laquelle le préfet a confirmé son refus. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par M. D et de son préjudice moral en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision du 31 mai 2018 refusant de l'autoriser à exploiter la concession de cultures marines cadastrée n° 66-61 sur la commune de Ver-sur-Mer.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. D au titre des frais qu'il a exposés pour la présente instance. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que le requérant verse à Mme E la somme que celle-ci demande au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D une somme de 3 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de Mme E présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme A E et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Absolon, première conseillère,
- Mme Créantor, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La rapporteure,
signé
V. CREANTOR
La présidente,
signé
A. MACAUD
La greffière,
signé
A. GODEY
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026