mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101171 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre JU |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mai 2021, M. C A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Manche a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision portant notification d'un trop-perçu de 15 762,59 euros, correspondant, notamment, à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 455,59 euros pour la période du
1er janvier 2018 au 31 août 2020 ;
2°) de le décharger du paiement de la somme de 15 762,59 euros ;
3°) d'enjoindre au département de la Manche de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du département de la Manche une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la commission de recours amiable n'a pas été saisie et ce, en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ; il a été privé de la garantie de la collégialité ;
- la décision est entachée d'une insuffisante motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle n'est pas motivée en fait et en droit ;
- il n'a pas été mis à même de présenter des observations écrites ou orales ; il n'a pas reçu communication du rapport de l'agent contrôleur ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation ; le seul fait de constater qu'il aurait résidé plus de trois mois à l'étranger ne suffit à faire regarder le revenu de solidarité active comme indu ; il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France ;
- il a déclaré tous les revenus perçus de son activité professionnelle ;
- il n'a jamais eu l'intention de frauder et n'est pas à l'origine d'une erreur ; la caisse d'allocations familiales et le département ont commis une faute en ne tenant pas à jour ses droits et en manquant à leur devoir d'information ; il doit bénéficier du droit à l'erreur ;
- à titre subsidiaire, compte tenu de sa situation précaire, une remise totale de la dette doit lui être accordée.
Par un mémoire enregistré le 4 août 2021, le département de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, qui résidait dans le département des Hauts-de-Seine, s'est installé dans le département de la Manche le 1er septembre 2020. Par une décision du 9 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Manche lui a notifié à un trop-perçu de 15 762,59 euros comprenant un indu de revenu de solidarité active de 15 455,59 euros pour la période du
1er janvier 2018 au 31 août 2020 et un indu d'allocation logement social de 307 euros au titre du mois de janvier 2018. M. A a exercé, le 6 décembre 2020, un recours administratif contestant le trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 455,59 euros. Le département de la Manche a rejeté ce recours par une décision du 28 janvier 2021, dont M. A demande l'annulation.
Sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 3° () imposent des sujétions ; ()
8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".
4. La décision par laquelle l'autorité administrative rejette le recours administratif préalable dirigé contre la décision qui procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active, et qui, ainsi, impose une sujétion, doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
5. M. A doit être regardé comme soulevant le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 28 janvier 2021 rejetant son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision 9 octobre 2020, à laquelle la décision du 28 janvier 2021 s'est substituée. Or, si la décision du 28 janvier 2021 indique que le requérant n'a pas déclaré ses périodes d'activité ni ses nombreuses absences du territoire français, elle ne comporte aucune motivation en droit ni ne vise les textes dont le président du conseil départemental a fait application pour confirmer l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de M. A. La décision du 28 janvier 2021 étant insuffisamment motivée, le moyen doit être accueilli.
6. Aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, d'inciter à l'exercice d'une activité professionnelle et de lutter contre la pauvreté de certains travailleurs, qu'ils soient salariés ou non salariés ". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
7. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
8. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport établi le 1er octobre 2020 par un agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales, que M. A a effectué, depuis le
1er janvier 2017, vingt-sept séjours à l'étranger, correspondant à une absence totale de vingt-sept jours en 2017, cent soixante-quatorze jours en 2018 et cent quatorze jours en 2019, aucun mouvement sur ses comptes bancaires n'ayant, par ailleurs, été relevé depuis le 21 septembre 2019, à l'exception de prélèvements et transferts vers deux comptes dont l'un est situé en Belgique. Il résulte en outre de l'instruction que M. A est président du conseil de surveillance de l'entreprise " Reza et Associates ", qu'il a travaillé pour l'entreprise " IP Trust " du 1er mars 2017 au 31 août 2017 et pour une société intérimaire en décembre 2017 et qu'il a été, selon les périodes, salarié ou sans activité. De plus, M. A n'a pas informé l'organisme social de ses séjours hors de France, contrairement à ce qu'exigent les dispositions de l'article
R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. Enfin, il résulte de l'instruction que le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales a également constaté que les relevés bancaires et la recherche auprès des fichiers de sociétés font apparaître la perception de revenus supplémentaires qui n'avaient pas été déclarés depuis 2017. Dans ces conditions, le président du conseil départemental de la Manche était fondé à considérer que M. A ne résidait pas en France de manière stable et effective sur la période en cause et à intégrer les revenus réellement perçus par M. A. Le moyen tiré de ce que l'indu correspondant au revenu de solidarité active d'un montant de 15 455,59 euros ne serait pas fondé doit, dès lors, être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 28 janvier 2021 du président du conseil départemental de la Manche du fait de son insuffisante motivation.
Sur les conclusions à fin de décharge et d'injonction :
10. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure
11. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision du 28 janvier 2021 en raison d'un vice de forme, n'implique pas nécessairement de prononcer la décharge de l'obligation de payer.
12. Eu égard à la possibilité de régularisation, il y a lieu d'enjoindre au département de la Manche de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge du département de la Manche au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 janvier 2021 du président du conseil départemental de la Manche est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au département de la Manche de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au département de la Manche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
La magistrate désignée,
SIGNÉ
A. B
La greffière,
SIGNÉ
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026