vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101312 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | AGOSTINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 juin 2021, 1er février, 9 mars 2022, 17 février, 26 avril et 22 mai 2023, la SELARL Bernard Beuzeboc, M. B A et M. D C, représentés par Me Gatineau, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Villerville à leur verser la somme de 665 710,47 euros en réparation de leur préjudice compte tenu de la faute commise concernant une promesse de bail ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Villerville une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune a commis une faute de nature à engager sa responsabilité compte tenu de la promesse de bail formulée le 6 mai 2014 ;
- ils sont bien fondés à solliciter la réparation de leur préjudice dont :
*207 710,47 euros compte tenu de l'insuffisance d'actif ayant conduit à la liquidation judiciaire de la société Le Petit Casino ;
*199 920 euros au titre du préjudice financier de M. B A correspondant à la perte de valeur de ses parts sociales et 25 000 euros au titre de son préjudice moral ;
*208 080 euros au titre du préjudice financier de M. D C correspondant à la perte de valeur de ses parts sociales et 25 000 euros au titre de son préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 novembre 2021, 21 février, 27 avril, 10 mai et 23 mai 2023, la commune de Villerville, représentée par Me Agostini, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a commis aucune faute ;
- le lien de causalité entre la faute prétendue et les préjudices n'est pas établi ;
- les préjudices ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arniaud,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Leduc, substituant Me Agostini, représentant la commune de Villerville.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Villerville est propriétaire d'un immeuble situé 3 rue des Bains et d'un fonds de commerce exploité au rez-de-chaussée de cet immeuble. Le 6 mai 2014, la commune a signé avec M. B A et M. D C, agissant au nom et pour le compte de la société Le Petit Casino, une convention de location-gérance du fonds de commerce valable jusqu'au 30 novembre 2017. Par un courrier du 18 avril 2017, le maire de la commune a rappelé aux requérants le terme de la convention. Par un courrier du 3 mai 2017, la société Le Petit Casino a informé la commune de sa volonté de se prévaloir de la promesse de bail commercial contenue dans la convention du 6 mai 2014. Les échanges entre les parties n'ont pas permis d'aboutir à la signature d'un bail commercial, la commune s'opposant notamment à ce que la terrasse sur la digue soit incluse dans les locaux donnés à bail. Par une ordonnance du 17 mai 2018, le tribunal de grande instance de Lisieux, constatant l'expiration du contrat de location-gérance, a fait droit à la demande de la commune de se voir restituer le fonds de commerce. La société Le Petit Casino a quitté les lieux et a été placée en liquidation judiciaire le 11 septembre 2018 par le tribunal de commerce de Lisieux, désignant la société SELARL Bernard Beuzeboc en qualité de liquidateur judiciaire. Par une ordonnance du 29 mai 2019, le juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Lisieux a déclaré le tribunal incompétent pour connaître du litige indemnitaire opposant la commune et la société Le Petit Casino. Par un courrier du 9 avril 2021, les requérants ont présenté auprès de la commune une demande préalable indemnitaire, laquelle a été explicitement rejetée le 20 avril 2021. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de condamner la commune de Villerville à leur verser la somme de 665 710,47 euros en réparation de leur préjudice compte tenu de la faute commise concernant la promesse de bail commercial.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune :
2. En raison du caractère précaire et personnel des titres d'occupation du domaine public et des droits qui sont garantis au titulaire d'un bail commercial, un tel bail ne saurait être conclu sur le domaine public. Lorsque l'autorité gestionnaire du domaine public conclut un " bail commercial " pour l'exploitation d'un bien sur le domaine public ou laisse croire à l'exploitant de ce bien qu'il bénéficie des garanties prévues par la législation sur les baux commerciaux, elle commet une faute de nature à engager sa responsabilité. Cet exploitant peut alors prétendre, sous réserve, le cas échéant, de ses propres fautes, à être indemnisé de l'ensemble des dépenses dont il justifie qu'elles n'ont été exposées que dans la perspective d'une exploitation dans le cadre d'un bail commercial ainsi que des préjudices commerciaux et, le cas échéant, financiers qui résultent directement de la faute qu'a commise l'autorité gestionnaire du domaine public en l'induisant en erreur sur l'étendue de ses droits.
3. Si, en outre, l'autorité gestionnaire du domaine met fin avant son terme au bail commercial illégalement conclu en l'absence de toute faute de l'exploitant, celui-ci doit être regardé, pour l'indemnisation des préjudices qu'il invoque, comme ayant été titulaire d'un contrat portant autorisation d'occupation du domaine public pour la durée du bail conclu. Il est à ce titre en principe en droit, sous réserve qu'il n'en résulte aucune double indemnisation, d'obtenir réparation du préjudice direct et certain résultant de la résiliation unilatérale d'une telle convention avant son terme, tel que la perte des bénéfices découlant d'une occupation conforme aux exigences de la protection du domaine public et des dépenses exposées pour l'occupation normale du domaine, qui auraient dû être couvertes au terme de cette occupation.
4. En revanche, eu égard au caractère révocable et personnel, déjà rappelé, d'une autorisation d'occupation du domaine public, celle-ci ne peut donner lieu à la constitution d'un fonds de commerce dont l'occupant serait propriétaire. Si la loi du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises a introduit dans le code général de la propriété des personnes publiques un article L. 2124-32-1, aux termes duquel " Un fonds de commerce peut être exploité sur le domaine public sous réserve de l'existence d'une clientèle propre ", ces dispositions ne sont, dès lors que la loi n'en a pas disposé autrement, applicables qu'aux fonds de commerce dont les exploitants occupent le domaine public en vertu de titres délivrés à compter de son entrée en vigueur. Par suite, l'exploitant qui occupe le domaine public ou doit être regardé comme l'occupant en vertu d'un titre délivré avant cette date, qui n'a jamais été légalement propriétaire d'un fonds de commerce, ne saurait prétendre à l'indemnisation de la perte d'un tel fonds.
5. Il résulte de l'instruction que le 6 mai 2014, la commune de Villerville et les requérants ont signé un contrat de location gérance concernant le fonds de commerce appartenant à la commune et situé 3 rue des Bains, pour une durée déterminée. Il était précisé dans ce contrat que la vente du fonds de commerce n'était pas envisageable en l'état compte tenu des désagréments à venir du fait des travaux prévus sur la digue faisant face au fonds de commerce. Ce contrat mentionnait sous la rubrique " désignation " un fonds de commerce de bar-brasserie-restaurant-salon de thé, connu sous le nom commercial Le Casino, et comprenant " la clientèle, l'enseigne () le droit de jouissance des lieux () ". Il était en outre stipulé que le bien loué était exploité dans " un immeuble () comprenant : / - le rez-de-chaussée : terrasse sur la digue, cuisine, WC, grande salle, bureau, locaux techniques / - le deuxième étage : () / les locaux appartiennent en pleine propriété au loueur/ le locataire gérant aura le droit de les occuper sans pouvoir pour autant revendiquer la qualité de locataire et bénéficier du statut des baux commerciaux ". Par une délibération du 25 avril 2014, le conseil municipal a autorisé la location du fonds de commerce par la société représentée par M. A. Cette délibération précise que l'exploitation comprend le rez-de-chaussée, la terrasse et le logement. La location-gérance a été prévue pour une durée déterminée, du 1er juin au 30 novembre 2014 puis du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2017. Le contrat de location-gérance prévoit également une " promesse de bail commercial " selon laquelle, durant la seconde période de location gérance, le locataire bénéficiera, s'il le désire, d'un bail commercial au prix de 172 500 euros pour le fonds de commerce avec un loyer référence de 2 100 euros mensuel répondant aux variations de l'indice du coût de la construction du 4ème trimestre 2013. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et alors que la convention ne prévoit aucune condition particulière pour l'occupation de la digue contrairement à l'usage du premier étage notamment, et dont les conditions ont été précisées, les requérants ont légitimement pu croire, à tort, que la promesse de bail commercial portait également sur la terrasse alors qu'il est constant que celle-ci est incorporée au domaine public de la commune. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la commune a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en leur laissant croire qu'ils pouvaient bénéficier, selon leur volonté, des garanties prévues par la législation sur les baux commerciaux sur une terrasse appartenant au domaine public.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
6. Les requérants ont droit à être indemnisés de l'ensemble des dépenses dont ils justifient qu'elles n'ont été exposées que dans la perspective d'une exploitation dans le cadre d'un bail commercial comprenant la terrasse implantée sur le domaine public, ainsi que des préjudices commerciaux et, le cas échéant, financiers qui résultent directement de la faute qu'a commise l'autorité gestionnaire du domaine public en l'induisant en erreur sur l'étendue de leurs droits.
7. La SELARL Bernard Beuzeboc sollicite l'indemnisation des conséquences de la liquidation judiciaire de la société Le Petit Casino correspondant au paiement d'une insuffisance d'actifs de 207 710,47 euros en faisant valoir que la société a dû mettre un terme à l'exploitation du restaurant en l'absence de bail commercial. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, la société Le Petit Casino, qui occupait le domaine public en vertu d'un titre délivré antérieurement à la loi du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises permettant dans certaines conditions l'exploitation d'un fonds de commerce sur le domaine public, n'a dès lors jamais été légalement propriétaire d'un fonds de commerce sur le domaine public et ne pouvait y prétendre. Par suite, la société requérante ne peut pas solliciter l'indemnisation découlant de la perte du fonds à l'origine de l'insuffisance d'actifs invoquée.
8. M. A et M. C font valoir que la valeur du fonds de commerce dont ils auraient dû être propriétaires doit être estimée à 408 000 euros et qu'ils sont dès lors bien fondés à solliciter respectivement les sommes de 199 920 euros et 208 080 euros correspondant à la perte de valeur de leurs parts sociales. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, ils ne peuvent solliciter l'indemnisation de la perte du fonds de commerce sur le domaine public. Au surplus, le montant du préjudice n'est pas justifié. Par suite, leur demande doit être rejetée.
9. Enfin, M. A et M. C sollicitent l'indemnisation de leur préjudice moral à hauteur de 25 000 euros chacun en faisant valoir que, malgré leur investissement humain et financier durant quatre années, ils ont dû placer leur société en liquidation judiciaire perdant ainsi leur activité, leur investissement et leur réputation. S'ils ne justifient pas d'une atteinte à leur réputation, l'arrêt de leur activité commerciale dans laquelle ils s'étaient investis, intervenu alors qu'ils pensaient pouvoir obtenir un bail commercial comprenant la terrasse, leur a causé un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 3 000 euros pour chacun d'eux.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Villerville doit être condamnée à verser à M. A et à M. C la somme de 3 000 euros chacun.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne représentent pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Villerville une somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais de même nature.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Villerville est condamnée à verser la somme de 3 000 euros à M. A et la somme de 3 000 euros à M. C.
Article 2 : La commune de Villerville versera une somme de 1 500 euros aux requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Bernard Beuzeboc, à M. B A, à M. D C et à la commune de Villerville.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. ARNIAUD
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026