mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101417 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT - MICHAUD - RAVAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin 2021 et 12 janvier 2023, Mme B F, Mme G F, M. H F, M. D F et M. E F, représentés par Me Joseph-Oudin, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à réparer les préjudices subis en conséquence de la vaccination contre la grippe A/H1N1 de Mme B F, et de réserver les préjudices non encore évaluables ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale avant-dire droit ;
3°) de condamner l'ONIAM aux dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la narcolepsie avec cataplexie dont Mme B F est atteinte est directement imputable à la vaccination par Panenza reçue le 30 novembre 2009 dans le cadre de la campagne nationale de lutte contre le virus H1N1 ;
- l'expert médical missionné par l'ONIAM a reconnu cette imputabilité directe dans son rapport ;
- le lien de causalité entre l'antigène de la grippe A/H1N1, dont la souche est contenue dans le PANDEMRIX et le PANENZA et la narcolepsie-cataplexie est scientifiquement démontré ; il existe d'autres cas reconnus en lien avec le Panenza ;
- Mme B I ne présente aucun état antérieur ;
- les premiers symptômes sont apparus en 2010 ;
- Mme B I a subi des préjudices évaluables à ce stade à la somme de 718 948,60 euros se décomposant comme suit :
* 338 050 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;
* 181 584 euros au titre de l'assistance scolaire ;
* 50 000 euros de préjudice scolaire, universitaire et de formation ;
* 67 314,60 euros de déficit fonctionnel temporaire ;
* 8 000 euros de souffrances endurées ;
* 4 000 euros de préjudice esthétique temporaire ;
* 20 000 euros de préjudice d'agrément ;
* 50 000 euros de préjudice d'anxiété ;
* ses autres préjudices doivent être réservés ;
- Mme G F, sa mère, est fondée à solliciter la somme de 94 408,75 euros dont 50 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 9 408,75 euros de frais divers, 20 000 euros de préjudice d'affection et 15 000 euros de préjudice extrapatrimonial exceptionnel ;
- M. H F, son père, est fondé à solliciter la somme de 44 408,75 euros dont 9 408,75 euros de frais divers, 20 000 euros de préjudice d'affection et 15 000 euros de préjudice extrapatrimonial exceptionnel ;
- MM. D et E F, ses frères, sont fondés à solliciter chacun la somme de 17 500 euros dont 10 000 euros de préjudice d'affection et 7 500 euros de préjudice extrapatrimonial exceptionnel.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 novembre 2021 et 1er mars 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Birot, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le lien de causalité entre la vaccination et la maladie n'est pas établi ;
- le délai d'apparition des premiers symptômes de la narcolepsie plus de deux ans après la vaccination ne permet pas d'établir un lien de causalité.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Calvados le 6 juillet 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arniaud,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me de Noray, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B F, née le 21 juin 2000, a été vaccinée le 30 novembre 2009, alors âgée de 9 ans, contre la grippe A (H1N1) par le vaccin Panenza. Un diagnostic de narcolepsie avec cataplexie a été posé en 2014. Le 24 juin 2019, les requérants ont saisi l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) d'une demande d'indemnisation. Une expertise a été diligentée et un rapport rendu le 3 juin 2019. Par un courrier du 29 avril 2021, l'ONIAM a refusé de faire droit à la demande d'indemnisation présentée par les requérants. Par la présente requête, les requérants demandent de mettre à la charge de l'ONIAM la réparation des préjudices subis du fait de la narcolepsie avec cataplexie dont est atteinte Mme B F.
Sur le droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale :
2. Aux termes de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique : " En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d'urgence, notamment en cas de menace d'épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l'intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population ". Aux termes de l'article L. 3131-4 du même code : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées en application de mesures prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1 est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales mentionné à l'article L. 1142-22 () ".
3. Saisi d'un litige individuel portant sur les conséquences pour la personne concernée d'une vaccination présentant un caractère obligatoire, il appartient au juge, pour écarter toute responsabilité de la puissance publique, non pas de rechercher si le lien de causalité entre l'administration du vaccin et les différents symptômes attribués à l'affection dont souffre l'intéressé est ou non établi, mais de s'assurer, au vu du dernier état des connaissances scientifiques en débat devant le juge, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe. Il appartient ensuite au juge, après avoir procédé à la recherche mentionnée au point précédent, soit, s'il en était ressorti, en l'état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe, de rejeter la demande indemnitaire, soit, dans l'hypothèse inverse, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce et de ne retenir alors l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations obligatoires subies par l'intéressé et les symptômes qu'il avait ressentis que si ceux-ci étaient apparus, postérieurement à la vaccination, dans un délai normal pour ce type d'affection, ou s'étaient aggravés à un rythme et une ampleur qui n'étaient pas prévisibles au vu de son état de santé antérieur ou de ses antécédents et, par ailleurs, qu'il ne ressortait pas du dossier qu'ils pouvaient être regardés comme résultant d'une autre cause que ces vaccinations.
4. L'ONIAM fait valoir, en premier lieu, l'absence de sur-incidence de cas déclarés en pharmacovigilance de narcolepsie à la suite d'une vaccination par Panenza en comparaison avec une vaccination par Pandemrix. Toutefois, les déclarations de pharmacovigilance ne sont pas systématiques, les personnes vaccinées par Panenza sont moins nombreuses que celles vaccinées par Pandemrix et sont principalement de jeunes enfants et des femmes enceintes plus susceptibles de présenter des signes de fatigue. Il peut ainsi en résulter une sous-déclaration au regard des cas potentiels. En 2019, 12 cas de narcolepsie en lien avec le Panenza avaient été signalés aux affaires juridiques et réglementaires de l'agence nationale de sécurité des médicaments.
5. L'ONIAM soutient, en deuxième lieu, qu'aucune étude scientifique n'a été en mesure de mettre en évidence un lien entre l'apparition de la narcolepsie-cataplexie et la vaccination par Panenza, les dernières études publiées en 2017 se bornant à confirmer le sur-risque d'apparition de la narcolepsie uniquement pour le vaccin Pandemrix. Il résulte de l'instruction que plusieurs études observationnelles menées en Europe, notamment en Suède, en Finlande, en Norvège et en France, ont montré un risque accru de narcolepsie chez les patients vaccinés contre le virus H1N1 en 2009 et 2010. Si dans un premier temps, seul le vaccin Pandemrix a été identifié comme pouvant provoquer la narcolepsie en raison d'un adjuvant, absent dans le vaccin Panenza, un autre vaccin, l'Arepanrix, utilisant le même adjuvant que celui du Pandemix, n'a quant à lui entraîné aucun risque accru de narcolepsie.
6. En troisième lieu, le rapport d'expertise relève que " ni les études épidémiologiques disponibles ni les cas notifiés à l'ANSM ne sont contributifs pour l'étude de l'association entre Panenza et narcolepsie. La composition antigénique du Panenza et du Pandemrix est identique ; la différence entre ces deux vaccins tient à l'adjuvant qui n'est pas en cause dans la survenue de la narcolepsie. Ainsi la composition du Panenza est en faveur du rôle de ce vaccin dans la survenue de narcolepsie au même titre que le Pandemrix ". Il est précisé que, selon la méthode de pharmacovigilance française, " l'imputabilité peut être qualifiée de vraisemblable à très vraisemblable ".
7. Il s'ensuit qu'en l'état des connaissances scientifiques en débat devant le tribunal, il ne peut être établi avec certitude, ni être exclu, que le vaccin Panenza puisse être à l'origine de cas de narcolepsie chez les personnes vaccinées contre le virus H1N1 dans le cadre de la campagne contre l'épidémie de grippe en 2009 et 2010. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier de l'expertise et de la littérature médicale produite, que la narcolepsie de type 1 dont est atteinte Mme F, qui est associée à la perte des neurones à hypocrétine, soit nécessairement liée à une vaccination par Panenza.
8. Conformément à ce qui a été dit au point 3 du présent jugement, la circonstance que le diagnostic de Mme F n'ait été posé qu'en juillet 2014 ne fait pas obstacle à la reconnaissance d'un lien entre la vaccination intervenue en novembre 2009 et la pathologie. Selon les requérants, le délai d'apparition des premiers symptômes peut aller jusqu'à deux années après la vaccination. Ils font notamment valoir la mise à jour de l'information sur les dernières données scientifiques de l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) du 19 septembre 2013 ainsi que d'autres études étrangères. Toutefois, cette mise à jour mentionne des délais moyens d'apparition des premiers symptômes chez les adultes de 4,7 mois (2 jours à 2,5 ans) et chez les enfants et adolescents de 3,9 mois (15 jours à 1,3 an), soit un délai plus court chez les enfants. Le rapport d'expertise indique quant à lui : " le plus souvent, les symptômes apparaissent dans la première année après la vaccination, mais une augmentation significative de la narcolepsie a été constatée aussi au cours de la deuxième année ".
9. Le rapport d'expertise mentionne un lien de causalité entre vaccination et narcolepsie calculé selon une méthode " Bégaud ", invoquée par les requérants, laquelle est toutefois critiquée par l'ONIAM et par les experts eux-mêmes compte tenu du peu de critères pertinents tels que l'arrêt des médicaments, la ré-administration, les tests spécifiques inexistants et l'effet irréversible de la maladie en cause. Par suite, cette méthode ne permet pas d'établir un lien de causalité au regard des critères mentionnés au point 3 du présent jugement.
10. En l'espèce, les experts retiennent une date d'apparition des symptômes de narcolepsie chez B F à l'été 2010 en se fondant sur les déclarations de ses parents. Toutefois, si les requérants mentionnent une chute sans raison sur un chemin de camping à l'été 2010 et une chute à vélo quelques mois avant, ces éléments ne sont pas corroborés par les pièces du dossier et ne suffisent pas, à eux seuls, à établir un lien avec la vaccination, alors qu'aucune autre chute n'est mentionnée entre 2010 et le début de l'année 2012. Le compte rendu du docteur C du 5 avril 2017 indique que " les premiers signes ont débuté au cours de l'année 2010 au moment de passer de CM2 au collège ", alors qu'il ressort de son dossier scolaire que B F est entrée au collège en septembre 2011. Par ailleurs, ce même certificat mentionne la vaccination par Panenza en 2009 et indique que " bien qu'il s'agisse d'une vaccination H1N1 sans adjuvant, je signale tout de même à la pharmacovigilance cette association ". Le signalement ainsi effectué par ce médecin ne révèle pas, de sa part, une analyse d'imputabilité entre le vaccin et la narcolepsie de Mme F. Les attestations des proches ne sont pas précises sur la date de début d'apparition des symptômes. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme F ait montré des signes de fatigue particuliers avant l'année 2012. Si les requérants font valoir que ses notes ont chuté à compter de l'année de CM2, ils ne l'établissent pas. Les bulletins scolaires mentionnent au contraire d'excellents résultats durant le primaire et le collège. Si les appréciations de la classe de CE2, soit l'année scolaire 2008-2009, relèvent une lenteur à l'écrit, ces appréciations sont antérieures à la vaccination de novembre 2009. Une telle appréciation ressort, de manière très ponctuelle en français et en mathématiques, lors de l'année scolaire 2011-2012, sans être reprise par la suite. Le compte rendu du docteur A du 9 juillet 2013, premier médecin consulté compte tenu des symptômes en lien avec la narcolepsie cataplexie, mentionne des épisodes de somnolence et de fatigue excessive qui évoluent, selon B et sa mère, depuis un an environ, soit depuis juillet 2012. Le compte rendu du 9 avril 2014 mentionne des chutes inexpliquées depuis l'année 2012. Cette même année est mentionnée dans un compte rendu pédiatrique du CHU de Caen du 30 mai 2014. La circonstance que le rapport d'expertise et des certificats postérieurs, datant de 2017 ou 2020, mentionnent des premiers symptômes en 2010, en se basant uniquement sur les déclarations des requérants, ne permet pas d'établir que les symptômes aient effectivement débuté à cette date. Il résulte de l'instruction que le début des symptômes peut être fixé au plus tôt au début de cette année 2012, soit plus de deux ans après la vaccination. Dans ces conditions, eu égard au délai d'apparition des symptômes de la maladie tel qu'admis par la littérature médicale en l'état actuel des connaissances, compris entre 15 jours à 1,3 an selon l'ANSM et jusqu'à 24 mois après la vaccination selon le rapport d'expertise, la narcolepsie avec cataplexie dont est atteinte Mme I ne peut pas être regardée comme imputable à sa vaccination contre la grippe A/H1N1 par Panenza le 30 novembre 2009.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de prononcer une expertise avant-dire droit, que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. La présente instance n'ayant généré aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par les consorts I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B I, à Mme G F, àM. H F, à M. D F, à M. E F, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la CPAM du Calvados.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. ARNIAUD
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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