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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101453

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101453

vendredi 3 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101453
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantLEBEY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 juillet 2021 et le 11 mai 2022, sous le n° 2101453, Mme C A, représentée par Me Lebey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la présidente du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) du Moyen Odon du 3 juin 2021 portant attribution de l'allocation d'aide au retour à l'emploi ;

2°) de mettre à la charge du SIVOM du Moyen Odon une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- la présidente du SIVOM ne justifie pas d'une habilitation pour agir en justice au nom de l'établissement public de coopération intercommunale ;

- l'arrêté attaqué ne mentionne ni le nom, ni le prénom du signataire et ce, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire alors qu'il retire la décision du 25 juin 2020 créatrice de droit ;

- il procède au retrait d'une décision créatrice de droits postérieurement au délai de quatre mois ;

- le SIVOM a commis une erreur de calcul pour la détermination de ses droits à l'allocation de retour à l'emploi.

Par un mémoire enregistré le 2 août 2021, le SIVOM du Moyen Odon conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

II°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 juillet 2021 et le 13 mai 2022, sous le n° 2101611, Mme C A, représentée par Me Lebey, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 1er juillet 2021 en vue du recouvrement d'une somme de 6 312,60 euros correspondant à un trop perçu d'allocation de retour à l'emploi ;

2°) de la décharger du paiement de la somme réclamée ;

3°) de mettre à la charge du SIVOM du Moyen Odon une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- la présidente du SIVOM ne justifie pas d'une habilitation pour agir en justice au nom de l'établissement public de coopération intercommunale ;

- le courrier valant titre exécutoire est entaché d'incompétence de son signataire ; la présidente du SIVOM ne peut déléguer sa compétence à un comptable public ; en tout état de cause, la décision de délégation n'a pas été régulièrement publiée ;

- le titre est entaché d'une insuffisance de motivation ; les bases de liquidation ne sont pas indiquées ;

- le titre met en œuvre l'arrêté du 3 juin 2021 qui a retiré illégalement l'arrêté du 25 juin 2020 et est, par suite, également illégal ; si le tribunal considère que l'arrêté du 3 juin 2021 constitue une abrogation de l'arrêté du 25 juin 2020, alors le titre exécutoire n'a aucun fondement légal ;

- le montant de l'allocation qui lui a été notifié par l'arrêté du 3 juin 2021 et qui fonde le titre exécutoire est erroné ; l'erreur manifeste de calcul se retrouve dans le montant réclamé du prétendu indu d'allocation de retour à l'emploi.

Par un mémoire enregistré le 13 août 2021, le SIVOM du Moyen Odon conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

III°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 septembre 2021 et le 13 mai 2022, sous le n° 2101929, Mme C A, représentée par Me Lebey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la lettre de relance du 9 août 2021 en vue du recouvrement d'une somme de 4 573,80 euros correspondant à un trop perçu d'allocation de retour à l'emploi ;

2°) d'annuler la lettre de relance du 12 août 2021 en vue du recouvrement d'une somme de 567 euros correspondant à un trop perçu d'allocation de retour à l'emploi ;

3°) de mettre à la charge du SIVOM du Moyen Odon une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- la présidente du SIVOM ne justifie pas d'une habilitation pour agir en justice au nom de l'établissement public de coopération intercommunale ;

- les lettres de relance sont entachées d'une insuffisance de motivation ; elles ne sont pas motivées en droit ; les sommes qui seraient dues au titre du trop-perçu et qui lui sont réclamées ne sont pas compréhensibles ;

- les lettres de relance ne peuvent se fonder sur l'arrêté du 3 juin 2021 qui retire illégalement l'arrêté du 25 juin 2020, qui est une décision créatrice de droit ;

- le montant de l'allocation de retour à l'emploi qui lui est réclamé est erroné.

Par un mémoire enregistré le 17 septembre 2021, le SIVOM du Moyen Odon conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 février 2023, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les lettres de relance.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2023, Mme A a présenté des observations sur le moyen susceptible d'être relevé d'office par le tribunal.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Lebey, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 décembre 2019, le SIVOM du Moyen Odon, qui employait Mme C A, a décidé de la sanctionner et a prononcé sa révocation. Par arrêté du 25 juin 2020, Mme A a bénéficié d'une allocation d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 51,93 euros par jour à compter du 2 juillet 2020. Le SIVOM du Moyen Odon a pris un nouvel arrêté, le 3 juin 2021, rectifiant le montant de l'allocation pour le fixer à la somme de 33,03 euros par jour. Le service de gestion comptable de Vire a adressé, le 1er juillet 2021, un ordre de reversement pour le recouvrement d'une somme de 6 312,60 euros correspondant au trop-perçu d'allocation d'aide au retour à l'emploi. Le service de gestion comptable de Vire a ensuite émis deux lettres de relance les 9 et 12 août 2021 en vue du recouvrement d'une somme respective de 4 573,80 euros et de 567 euros correspondant à un trop-perçu d'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par ces requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement,

Mme A conteste l'arrêté de la présidente du SIVOM du Moyen Odon du 3 juin 2021, l'ordre de reversement du 1er juillet 2021 ainsi que les lettres de relance du 9 et 12 août 2021 et sollicite la décharge des sommes réclamées.

Sur la légalité de l'arrêté de la présidente du SIVOM du Moyen Odon du 3 juin 2021 :

2. Aux termes du premier paragraphe de l'article 11 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 : " Le salaire de référence pris en considération pour fixer le montant de la partie proportionnelle de l'allocation journalière est établi, sous réserve de l'article 12, à partir des rémunérations des 12 mois civils précédant le dernier jour de travail payé à l'intéressé, entrant dans l'assiette des contributions, dès lors qu'elles n'ont pas déjà servi pour un précédent calcul. ". Aux termes de l'article 13 du même règlement : " Le salaire journalier moyen de référence est égal au quotient du salaire de référence défini en application des articles 11 et 12 par le nombre de jours travaillés, dans la période de référence visée à l'article 11, affecté du coefficient de 1,4 pour la conversion de ce nombre sur une base calendaire. / Le salaire journalier moyen de référence obtenu en application de l'alinéa précédent est affecté d'un coefficient, limité à 1, correspondant au quotient du nombre de jours travaillés sur la période de référence visée à l'article 3 § 1er : par 88, pour les salariés justifiant de la condition d'affiliation visée à l'article 3 § 1er, uniquement en heures ; par 22, pour les salariés justifiant de la condition d'affiliation visée à l'article 28 § 1er. / Les jours travaillés correspondent au nombre de jours décomptés conformément à l'article 3 § 2 alinéa 1er, dans la limite de 261 jours travaillés. Toutefois, les jours n'ayant pas donné lieu à une rémunération normale au sens du § 3 de l'article 12 sont déduits du nombre de jours travaillés ". L'article 14 du même règlement prévoit que l'allocation journalière servie en application des articles 3 et suivants est constituée par la somme d'une partie proportionnelle au salaire journalier de référence fixée à 40,4 % de celui-ci et d'une partie fixe égale à 12,05 euros à compter du 1er juillet 2020. Lorsque la somme ainsi obtenue est inférieure à 57 % du salaire journalier de référence, ce dernier pourcentage est retenu.

3. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 25 juin 2020, le SIVOM du Moyen Odon a attribué à Mme A le bénéfice d'une allocation d'aide au retour à l'emploi, à compter du 2 juillet 2020, pour une durée totale d'indemnisation de 730 jours, d'un montant de 51,93 euros par jour et que, par un courrier du 4 juin 2021, la présidente du SIVOM l'a informée que, lors d'un contrôle, les services fiscaux avaient décelé une erreur de calcul sur l'arrêté du 25 juin 2020 et qu'à leur demande, l'erreur devait être corrigée, un ordre de reversement du trop-versé devant également être émis. Il résulte de l'arrêté attaqué du 3 juin 2021, joint au courrier du 4 juin 2021, qu'à compter du 1er juin 2021, le montant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi serait de 33,03 euros par jour, calculé sur la base d'un salaire de référence, sur les douze derniers mois, de 18 955,93 euros et d'un nombre de jours travaillés, sur cette même période de référence, de 365, le SIVOM ayant ensuite appliqué au résultat de ce quotient, soit 51,93 euros, la partie proportionnelle de 40,4 %, soit 20,98 euros, et ajouté la partie fixe égale à 12,05 euros par jour. Pour justifier ce calcul, qui est contesté par Mme A, en particulier le nombre de jours travaillés sur la période de référence retenu par le SIVOM, soit 365 jours, le SIVOM indique, en défense, qu'en application de l'article 13 du règlement précité, le nombre de jours travaillés est " à raison de 52 semaines par an : 52 semaines x ((5x1,4)) = 364 ". Toutefois, et ainsi que le fait valoir Mme A, d'une part, il résulte de l'article 13 du règlement que le coefficient de 1,4 s'applique au quotient du salaire de référence par le nombre de jours travaillés et non au nombre de jours travaillés lui-même et, d'autre part, le SIVOM n'établit pas la réalité du nombre de jours travaillés de 365 retenu dans l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le calcul des droits de Mme A à l'allocation d'aide au retour à l'emploi fixé par l'arrêté attaqué du 3 juin 2021 est erroné doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité du mémoire produit par le SIVOM du Moyen Odon et les autres moyens de la requête n° 2101453, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2021.

Sur l'ordre de reversement du 1er juillet 2021 :

5. Il résulte de l'instruction que le service de gestion comptable de Vire a demandé à Mme A, par courrier du 1er juillet 2021, de procéder au remboursement de la somme de 6 312,60 euros correspondant à un indu d'allocation d'aide au retour à l'emploi pour la période du 1er juillet 2020 au 31 mai 2021, l'ordre de reversement rappelant à Mme A que, par courrier du 4 juin 2021, le SIVOM du Moyen Odon l'a informée de l'erreur dans le calcul affectant le montant de ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Toutefois, et ainsi que le fait valoir Mme A, compte tenu de l'illégalité de l'arrêté du 3 juin 2021, qui, au demeurant, ne modifie le montant de l'allocation qu'à compter du 1er juin 2021, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté du 3 juin 2021 ne peut servir de base légale à l'ordre de reversement du 1er juillet 2021.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité du mémoire produit par le SIVOM du Moyen Odon et les autres moyens de la requête n° 2101611, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'ordre de reversement du 1er juillet 2021 ainsi que la décharge de la somme de 6 312,60 euros dont le remboursement lui est réclamé.

Sur les lettres de relance du 9 et 12 août 2021 :

7. La lettre de relance adressée par le comptable public au débiteur de l'administration qui rappelle au débiteur défaillant son obligation de payer résultant d'un titre exécutoire et l'invitant à s'acquitter de sa dette avant l'engagement de poursuites pour son recouvrement forcé, ne constitue ni un titre exécutoire, ni un commandement de payer. Ainsi, les lettres de relance du 9 et 12 août 2021, qui se bornent à inviter Mme A à s'acquitter de la somme mise à sa charge par l'ordre de reversement du 1er juillet 2021, ne comportent en elles-mêmes aucune décision faisant grief. Par suite, la requête n° 2101929 dirigée contre ces lettres est irrecevable et doit, pour ce motif, être rejetée.

Sur les frais liés aux litiges :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions des deux parties tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2101929 est rejetée.

Article 2 : L'arrêté du 3 juin 2021 et l'ordre de reversement du 1er juillet 2021 sont annulés.

Article 3 : Mme A est déchargée de la somme de 6 312,60 euros dont le remboursement lui est réclamé.

Article 4 : Les conclusions de Mme A et du SIVOM du Moyen Odon tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au SIVOM du Moyen Odon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. B

La greffière,

SIGNÉ

N. BELLA

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

A. Godey

2, 2101611, 2101929

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