vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101648 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 juillet 2021, le 31 octobre 2022 et le 13 octobre 2023, la société anonyme SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Couville et le préfet de la Manche à lui verser la somme de 1 111 522,43 euros au titre de dommages et intérêts, avec intérêt au taux légal à compter de la réclamation préalable du 15 avril 2021, et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Couville et du préfet de la Manche la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Couville a commis une faute engageant sa responsabilité en s'abstenant d'entretenir le cours d'eau dont elle est propriétaire ;
- le préfet de la Manche et le maire de la commune de Couville ont commis une faute engageant leur responsabilité en s'abstenant de prendre des mesures de police de l'eau ;
- le préjudice réparable dû aux travaux réalisés correspond à la somme de 1 111 522,43 euros.
Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 8 et 14 septembre 2021 et le 13 octobre 2023, la commune de Couville, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête sur le fondement de la responsabilité pour faute et à ce que soit mise à la charge de SNCF Réseau la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'est pas propriétaire de la buse défectueuse ;
- elle n'a commis aucune faute dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;
- les préjudices de SNCF Réseau ne sont pas justifiés ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la buse est un accessoire de la voie ferrée dont les coûts d'entretien incombent à SNCF Réseau ;
- il n'a commis aucune faute dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;
- les préjudices de SNCF Réseau ne sont pas justifiés ;
- SNCF Réseau a commis une faute impliquant une exonération de l'Etat à concurrence d'un montant de 286 520 euros ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- la loi n° 97-135 du 13 février 1997 ;
- le décret n° 97-445 du 5 mai 1997 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martinez,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Charzat, substituant Me Nahmias, représentant la société SNCF Réseau, et de Me Samson, substituant Me Gorand, représentant la commune de Couville.
Considérant ce qui suit :
1. La société SNCF Réseau est gestionnaire de la ligne ferroviaire Mantes-Cherbourg. Un aqueduc prolongé d'une buse métallique permet à la ligne le franchissement du ruisseau de Trotte-Bœuf sur le territoire de la commune de Couville. En l'absence d'exécution de travaux de rénovation de la buse par la commune de Couville, propriétaire d'un terrain supportant une partie de la buse, le préfet de la Manche, par un arrêté du 28 février 2018, a autorisé SNCF Réseau à effectuer les travaux de régénération et d'aménagement de l'aqueduc de Couville sur les terrains des tiers. La SNCF Réseau a réalisé ces travaux en 2018. Par deux décisions implicites du 15 juin 2021, le préfet de la Manche et la commune de Couville ont rejeté les demandes d'indemnisation formulées par la SNCF Réseau. Par la présente requête, la SNCF Réseau sollicite la condamnation de l'Etat et de la commune de Couville à lui verser la somme de 1 111 522,43 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
S'agissant de la responsabilité pour faute :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 215-14 du code de l'environnement : " Sans préjudice des articles 556 et 557 du code civil et des chapitres Ier, II, IV, VI et VII du présent titre, le propriétaire riverain est tenu à un entretien régulier du cours d'eau. L'entretien régulier a pour objet de maintenir le cours d'eau dans son profil d'équilibre, de permettre l'écoulement naturel des eaux et de contribuer à son bon état écologique ou, le cas échéant, à son bon potentiel écologique, notamment par enlèvement des embâcles, débris et atterrissements, flottants ou non, par élagage ou recépage de la végétation des rives. Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du présent article ". Aux termes de l'article L. 2111-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques () qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ". Aux termes de l'article 5 de loi n° 97-135 du 13 février 1997 portant création de l'établissement public " Réseau Ferré de France " en vue du renouveau du transport ferroviaire : " Les biens constitutifs de l'infrastructure et les immeubles non affectés à l'exploitation des services de transport appartenant à l'Etat et gérés par la Société nationale des chemins de fer français sont, à la date du 1er janvier 1997, apportés en pleine propriété à Réseau Ferré de France. Les biens constitutifs de l'infrastructure comprennent les voies, y compris les appareillages fixes associés, les ouvrages d'art et les passages à niveau, les quais à voyageurs et à marchandises, les triages et les chantiers de transport combiné, les installations de signalisation, de sécurité, de traction électrique et de télécommunications liées aux infrastructures, les bâtiments affectés au fonctionnement et à l'entretien des infrastructures. () Les modalités de détermination de ces biens sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'annexe du décret n° 97-445 du 5 mai 1997, sont transférés à l'établissement public Réseau Ferré de France : " 4. Ces voies (A1 ou A2 ou A3) comprennent les éléments suivants : () - corps et plate-forme de la voie, notamment remblais, tranchées, drains, rigoles, fossés maçonnés, aqueducs, murs de revêtement, plantations de protection des talus, etc () ; ".
3. Il résulte de l'instruction, en application de l'article 5 de loi n° 97-135 du 13 février 1997 et de l'annexe du décret n° 97-445 du 5 mai 1997 précités, et sans que cela soit contesté, que l'aqueduc servant au franchissement du ruisseau de Trotte-Bœuf sur le territoire de la commune de Couville par la voie de chemin de fer, à la date des faits, était la propriété de SNCF Réseau. Il ressort du constat d'huissier du 16 février 2016 que la buse recouverte de remblai, ouvrage datant de la seconde guerre mondiale, qui est le prolongement bâti de l'aqueduc ferroviaire et participe nécessairement à son bon fonctionnement pour l'écoulement des eaux, garantit la solidité de la structure et en constitue l'accessoire indissociable. En application de l'article L. 215-14 du code de l'environnement précité, il appartenait à SNCF Réseau, propriétaire de l'ouvrage, de l'entretenir aux fins de maintenir le cours d'eau dans son profil d'équilibre et de permettre l'écoulement naturel des eaux. En conséquence, en s'abstenant d'entretenir la buse litigieuse, la commune de Couville n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 215-7 du code de l'environnement : " L'autorité administrative est chargée de la conservation et de la police des cours d'eau non domaniaux. Elle prend toutes dispositions pour assurer le libre cours des eaux () ". Et aux termes de l'article L. 215-12 du même code : " Les maires peuvent, sous l'autorité des préfets, prendre toutes les mesures nécessaires pour la police des cours d'eau ". En vertu des pouvoirs de police qui lui sont confiés par les dispositions de l'article L. 215-7 du code de l'environnement, il appartient au préfet de prendre toutes dispositions nécessaires au libre cours des eaux, le maire pouvant, sous l'autorité de celui-ci, prendre également les mesures nécessaires pour la police des cours d'eau non domaniaux en application des dispositions de l'article L. 215-12 du même code. Le maire exerce alors cette police spéciale en tant qu'agent de l'État, et non comme exécutif de la commune. La carence fautive du maire dans l'exercice de cette police spéciale est susceptible d'engager la responsabilité de l'État et non celle de la commune. S'il appartient au maire, responsable de l'ordre public sur le territoire de sa commune, de prendre les mesures de police générale nécessaires au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité et à la salubrité publique, le maire ne saurait toutefois s'immiscer dans l'exercice de la police spéciale du préfet qu'en cas de péril imminent.
5. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 3, que SNCF Réseau était propriétaire de la buse litigieuse en tant qu'accessoire de l'aqueduc permettant le franchissement de la voie ferrée, dont il lui appartenait d'assurer l'entretien. Par arrêté du 28 février 2018, le préfet de la Manche a " autorisé la SNCF Réseau à pénétrer et occuper temporairement les parcelles privées appartenant aux propriétaires () sur le territoire de la commune de Couville pour réaliser des travaux publics de régénération et d'aménagement de l'aqueduc de Couville ". Dans ces conditions, l'engagement des frais des travaux ne présente aucun lien avec une mesure de police. En conséquence, SNCF Réseau ne peut se prévaloir utilement d'une carence fautive du préfet de la Manche et du maire de la commune de Couville dans l'exercice de leur pouvoir de police.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les responsabilités de l'Etat et de la commune de Couville ne peuvent pas être retenues. Par suite, SNCF Réseau n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat et de la commune de Couville à lui verser une indemnité de 1 111 522,43 euros à ce titre.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la commune de Couville, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que SNCF Réseau demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de SNCF Réseau une somme de 1 500 euros au titre des frais de même nature exposés par la commune de Couville.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SNCF Réseau est rejetée.
Article 2 : SNCF Réseau versera à la commune de Couville la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à SNCF Réseau, au préfet de la Manche et à la commune de Couville.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
P. MARTINEZ
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026