vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101717 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 juillet 2021, 9 et 30 mars 2023, la société anonyme Assurances du Crédit Mutuel IARD, représentée par la SCP ST Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 525,46 euros en réparation du préjudice matériel qu'elle a subi, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 avril 2021 avec capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir dès lors qu'elle bénéficie de la subrogation légale instaurée par les dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée dès lors que les dégradations des vitres de la devanture de l'agence bancaire de son assurée ont été commises au cours d'une manifestation avec usage de la force ouverte et présentent un caractère délictuel ; les dégradations n'ont pas été le fait d'un groupe organisé constitué dans le seul but de les commettre ; constitutives de délits commis par les attroupements ou rassemblements, elles engagent la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- la devanture de l'agence de son assurée a été dégradée lors de la manifestation du 5 janvier 2019 ;
- le lien de causalité est suffisamment établi ;
- elle justifie suffisamment de ses préjudices, évalués par un rapport d'expertise amiable du 21 mars 2019 à 6 205,46 euros, auxquels il convient d'ajouter les frais de cette expertise de 320 euros.
- l'indemnité versée à son assurée ne constitue pas une libéralité dès lors qu'elle est prévue par le contrat d'assurance les liant.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2021 et le 28 mars 2023, le préfet du Calvados conclut à titre principal au rejet de la requête, et, à défaut, à ce que l'indemnité soit ramenée à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- les dégradations commises le 5 janvier 2019 ne résultent pas d'un attroupement au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- à titre subsidiaire, le montant du préjudice subi par l'assurée de la requérante et imputable à cette manifestation n'excède pas la somme de 5 854,25 euros et doit prendre en compte la vétusté des biens ;
- il n'y a pas lieu de retenir les frais d'expertise de 320 euros, ni la franchise de 987,50 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société Assurances du Crédit Mutuel IARD assure l'ensemble des agences bancaires du groupe CIC Nord-Ouest. Lors des manifestations du mouvement des " gilets jaunes " le 5 janvier 2019 à Caen, les vitres de la devanture de l'une de ces agences ont été endommagées. La société Assurances du Crédit Mutuel IARD a mandaté un expert afin de procéder au chiffrage du montant des dégradations. A la suite du rapport d'expertise amiable, la société Assurances du Crédit Mutuel IARD a, par une lettre du 15 avril 2019, saisi le préfet du Calvados d'une demande indemnitaire d'un montant de 6 525,46 euros. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur cette demande. Par sa requête, la société Assurances du Crédit Mutuel IARD, subrogée dans les droits de son assurée à concurrence de l'indemnité versée, demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 6 525,46 euros en réparation du préjudice subi.
Sur le principe de la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure les actes délictuels alors qu'ils ne procédaient pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée, organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
3. Il résulte du procès-verbal de dépôt de plainte pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui en date du 8 janvier 2019 du directeur de l'agence bancaire CIC " Château ", située 28 boulevard des Alliés à Caen, que les locaux de l'agence ont été dégradés durant la manifestation des gilets jaunes le samedi 5 janvier 2019, lorsque l'agence était fermée. Ces dégradations consistent principalement en des bris de vitres par des jets de projectiles et la destruction d'un distributeur automatique de billets. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport établi le 21 mars 2019 par le cabinet d'expertise Texa suite à l'expertise amiable contradictoire du 28 février 2019, non contesté par le préfet du Calvados, que le 5 janvier 2019, suite à une manifestation des gilets jaunes, plusieurs volumes vitrés constituant la devanture des locaux de l'agence bancaire CIC " Château " ont été détériorés par des tiers non identifiés, ainsi qu'une traverse située entre deux vitrages déformés. Il ressort des photos relatives aux dégradations en centre-ville de Caen le 5 janvier 2019 et du point de situation du communiqué de presse du préfet du Calvados du même jour à 15h30, que la manifestation des gilets jaunes qui s'est déroulée à Caen à partir de la fin de matinée du 5 janvier 2019 avec, au plus fort de celle-ci, 1 000 personnes, a été émaillée d'incidents. Ainsi, dès la fin de matinée du 5 janvier 2019, plusieurs affrontements de manifestants ont eu lieu avec les forces de l'ordre en centre-ville, le chantier du tram de Caen a subi des dégradations, et de nombreux jets de projectiles ont notamment été relevés au cours de l'après-midi. En particulier, dans la zone géographique de l'avenue du 6 juin et de la place de la Résistance, proche de l'agence bancaire CIC " Château ", et pendant la tranche horaire au cours de laquelle sa devanture a été dégradée, il est fait état d'affrontements, de barricades, de dégradations, d'exactions et d'agressions commises à l'encontre des forces de l'ordre qui doivent faire usage de gaz lacrymogènes. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments précis et circonstanciés de nature à établir que les dommages auraient été le fait de groupes isolés constitués et organisés dans le seul but de commettre des délits, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que certains individus auraient agi le visage dissimulé ou munis de projectiles, ces dommages doivent être regardés comme ayant été causés par les participants à la manifestation du 5 janvier 2019, dans le cadre de celle-ci ou dans son prolongement immédiat. Par suite, ces dégradations, qui revêtent le caractère de dommages résultant de crimes ou délits commis à force ouverte et par violence par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'État sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur le préjudice indemnisable :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ". Il résulte de ces dispositions que le versement, par l'assureur, de l'indemnité à laquelle il est tenu en vertu du contrat d'assurance le liant à son assuré, le subroge, dès cet instant et à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre le tiers responsable du dommage. L'assureur qui demande à en bénéficier peut justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré.
En ce qui concerne les dommages matériels :
5. Il résulte de ce qui a été exposé au point 3 du présent jugement que les dégradations causées à l'agence CIC " Château " l'ont été par des membres du cortège de la manifestation des gilets jaunes du 5 janvier 2019. Par ailleurs, comme l'a relevé l'expert dans son rapport d'expertise du 21 mars 2019, ces dégradations ont concerné quatre volumes vitrés et un châssis d'encadrement du volume vitré situé côté nord de l'agence. Ainsi, il est établi que le préjudice dont la requérante demande réparation présente un lien direct avec la manifestation qui s'est déroulée le 5 janvier 2019.
6. La société Assurances du Crédit mutuel IARD demande le remboursement de la somme versée à l'agence bancaire CCI " Château " au titre des frais de réparation pour un montant de 6 205,46 euros. Il résulte de la quittance subrogatoire du 16 février 2021 signée par le directeur de l'agence CCI que la requérante a versé à son assurée une indemnité d'un montant de 6 205,46 euros au titre des dommages commis durant la manifestation des gilets jaunes qui s'est déroulée le 5 janvier 2019, tels qu'évalués par le rapport d'expertise du 21 mars 2021. Il résulte également de l'instruction, et particulièrement de la quittance subrogatoire que, pour la détermination de la somme versée à son assurée, la société Assurances du Crédit Mutuel IARD a fait application des conditions prévues par les articles 2044 et suivants du code civil et n'a déduit aucune franchise de la somme correspondant à l'évaluation du préjudice. Enfin, la circonstance que la requérante ne justifie pas, au regard des factures produites au dossier, du montant total des travaux de réparation effectivement réalisés par son assuré ne saurait être opposée à l'action subrogatoire qu'elle a intentée sur le fondement de l'article L. 121-12 du code des assurances contre les tiers responsables du dommage.
7. Par suite, la société Assurances du Crédit mutuel IARD a droit au remboursement de la somme 6 205,46 euros sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
En ce qui concerne les frais d'expertise :
8. La requérante soutient avoir supporté une dépense de 320 euros correspondant aux frais et honoraires versés au cabinet Texa expertise ayant réalisé l'expertise amiable du 28 février 2019. Toutefois, si elle produit une note d'honoraires dressée par cet expert, elle n'établit pas avoir procédé au règlement de ces frais.
9. Par suite, il y a seulement lieu de condamner l'État à verser à la société Assurances du Crédit mutuel IARD la somme de 6 205,46 euros au titre des dégradations subies par l'agence bancaire CIC " Château " de Caen.
Sur les intérêts :
10. La société Assurances du Crédit mutuel IARD a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 6 205,46 euros à compter du 19 avril 2021, date de réception de sa demande préalable par le préfet du Calvados.
Sur la capitalisation des intérêts :
11. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus pour moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Par sa requête, la société Assurances du Crédit mutuel IARD demande la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 19 avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
12. La société Assurances du Crédit mutuel IARD ne justifiant pas avoir exposé de dépens au cours de l'instance, au sens et pour l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions qu'elle présente à ce titre doivent être rejetées.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la société Assurances du Crédit mutuel IARD sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 6 205,46 euros à la société Assurances du Crédit mutuel IARD. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 19 avril 2021. Les intérêts échus à la date du 19 avril 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à la société Assurances du Crédit Mutuel IARD la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Assurances du Crédit Mutuel IARD et au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLANLe greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
le greffier en chef,
D. Dubost
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026