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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101732

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101732

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101732
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCATTEAU-LEFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juillet 2021 et 14 novembre 2023, M. B C, représenté par la SCP Tomyris, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la réduction, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, à concurrence de la réduction de la base imposable de ses revenus à la somme de 4 975 euros au titre des traitements et salaires et à la somme de 3 312 euros au titre des revenus de capitaux mobiliers ;

2°) de le décharger, en droits, intérêts de retard et majorations, de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que le rehaussement au titre des revenus des capitaux mobiliers est excessif dès lors, d'une part, que seule la moitié des revenus réputés distribués étaient susceptibles d'être imposée, compte tenu de l'existence de deux maîtres de l'affaire, et d'autre part, que l'administration a fait une évaluation erronée du montant des revenus distribués.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier 2022 et 17 janvier 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais ;

- et les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU Isolabat a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période comprise entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018 à l'issue de laquelle l'administration fiscale a déterminé son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017, sur la base d'une reconstitution de son chiffre d'affaires. Tirant les conséquences de cette procédure, l'administration a assujetti M. C, son unique actionnaire et représentant légal pendant la période vérifiée, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017, à raison, notamment de la réintégration dans la base imposable de ses revenus de revenus distribués. Par la présente requête, il en demande la réduction, en droits, intérêts de retard et majorations, à concurrence de la fixation du montant de ses revenus de capitaux mobiliers à la somme de 4 975 euros.

2. En premier lieu, d'une part, selon le 1° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus font l'objet d'une procédure de taxation d'office. Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices./ () Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en conseil d'État ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. / Toutefois, ces bénéfices sont augmentés de ceux qui sont légalement exonérés dudit impôt, y compris les produits déductibles du bénéfice net en vertu du I de l'article 216, ainsi que des bénéfices que la société a réalisés dans des entreprises exploitées hors de France et diminués des sommes payées au titre de l'impôt sur les sociétés ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe II du code général des impôts : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ".

4. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard. Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. C était le président et seul associé de la SASU Isolabat jusqu'à ce qu'il cède ses parts le 7 septembre 2018. Il résulte de cette même instruction qu'il disposait de la faculté de procéder aux remises et retraits d'espèces et d'utiliser les fonds sociaux à des fins privatives via des cartes bancaires établies à son nom, bénéficiait de la signature sociale et disposait du pouvoir d'engager sans contrôle des disponibilités de la société. Si M. C soutient qu'il a nommé un directeur général des services le 1er octobre 2017, il n'est pas établi que ce dernier échappait à son contrôle, ni qu'il jouissait des mêmes pouvoirs au sein de la société. Il s'ensuit que c'est à juste titre que l'administration fiscale a regardé M. C comme le seul maitre de l'affaire et comme devant être réputé avoir appréhendé les revenus distribués.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a reconstitué le résultat imposable de la SASU Isolabat à partir de ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée et de la prise en compte d'un pourcentage forfaitaire de charges s'élevant à la somme de 454 834 euros, dont 4 844 euros au titre des charges patronales, 11 534 euros au titre des salaires bruts et 438 456 euros au titre des autres charges et charges externes.

7. Si M. C soutient qu'il a été fait une estimation insuffisante de ces charges, et se prévaut à cet effet d'un grand livre comptable de la SASU Isolabat au titre de l'exercice 2017 et de la copie de justificatifs de dépense, ce grand livre, présenté sous la forme d'un " brouillard ", et ces justificatifs, qui pour nombre d'entre eux ne sont pas établis au nom de la société, n'ont pas été présentés lors de la procédure de vérification et ne comportent aucune cohérence entre les montants mentionnés dans le grand livre et ceux figurant sur les justificatifs, de sorte qu'ils ne présentent aucune garantie de sincérité ou d'authenticité. Il s'ensuit que M. C ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, de ce qu'il aurait été fait une évaluation insuffisante des charges de la SASU Isolabat.

8. Il résulte de toute ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. C, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la directrice du contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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