vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101920 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DUMONT - FONTANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août 2021 et 14 mars 2022, M. A B et Mme D B, représentés par la SELARL Arc Droit Avocats Conseils, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 à 2017 à hauteur de 17 332 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme B soutiennent que :
- le bénéfice de l'avantage fiscal prévu par le dispositif " Robien Renforcé " ne pouvait être remis en cause par l'administration fiscale au regard des dispositions du h du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts et de leur interprétation par le paragraphe 40 des commentaires administratifs publiés le 21 mai 2015 au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP - impôts) sous la référence BOI-RFPI-SPEC-20-20-20 ;
- la condition tenant à l'interdiction faite au propriétaire de se réserver la jouissance du logement doit être comprise littéralement et ne peut être interprétée comme lui faisant obligation de justifier avoir accompli les diligences nécessaires à la relocation de son bien, condition uniquement prévue au paragraphe 30, sous réserve d'ajouter une condition non prévue par le paragraphe 40 et de méconnaître le principe de non interprétation de la doctrine fiscale ;
- les conditions énoncées par les paragraphes 30 et 40 sont inconciliables ; le paragraphe 30 vise à ne pas pénaliser un propriétaire qui ne parviendrait pas à relouer son bien pour une raison indépendante de sa volonté tandis que le paragraphe 40 vise à permettre au propriétaire qui souhaiterait procéder à la vente de son bien ou à sa location dans des conditions non contraignantes pour l'avenir de ne pas souscrire un nouveau bail qui l'engagerait au-delà du délai légal du dispositif Robien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le directeur départemental des finances publiques du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Silvani ;
- les conclusions de M. C ;
- et les observations de Me Besnard, substituant la SELARL Arc Droit Avocats Conseils, représentant M et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont acquis le 24 juillet 2007 un logement en l'état futur d'achèvement situé à Meaux, qu'ils ont mis en location à compter du 24 mai 2009, après avoir exercé l'option prévue par les dispositions du h du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts comportant l'engagement du propriétaire de louer le logement nu pendant au moins neuf ans à usage d'habitation principale à une personne autre qu'un membre de son foyer fiscal. Par une proposition de rectification en date du 20 novembre 2020, l'administration fiscale a remis en cause les déductions opérées par M. et Mme B sur leurs revenus fonciers au titre de l'amortissement dit " E " d'une fraction du prix d'acquisition du logement. Par leur requête, M. et Mme B demandent la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 à 2017 à hauteur de 17 332 euros, conformément à la proposition de rectification qui leur a été notifiée.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes du 1 de l'article 31 du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années d'imposition : " Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : () h) Pour les logements situés en France, acquis neufs ou en l'état futur d'achèvement entre le 3 avril 2003 et le 31 décembre 2009, et à la demande du contribuable, une déduction au titre de l'amortissement égale à 6 % du prix d'acquisition du logement pour les sept premières années et à 4 % de ce prix pour les deux années suivantes. La période d'amortissement a pour point de départ le premier jour du mois de l'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. () Le bénéfice de la déduction est subordonné à une option qui doit être exercée lors du dépôt de la déclaration des revenus de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. Cette option est irrévocable pour le logement considéré et comporte l'engagement du propriétaire de louer le logement nu pendant au moins neuf ans à usage d'habitation principale à une personne autre qu'un membre de son foyer fiscal. () Cette location doit prendre effet dans les douze mois qui suivent la date d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure. () Le revenu net foncier de l'année au cours de laquelle l'un des engagements définis au présent h n'est pas respecté est majoré du montant des amortissements déduits. Pour son imposition, la fraction du revenu net foncier correspondant à cette majoration est divisée par le nombre d'années civiles pendant lesquelles l'amortissement a été déduit ; le résultat est ajouté au revenu global net de l'année de la rupture de l'engagement et l'impôt correspondant est égal au produit de la cotisation supplémentaire ainsi obtenue par le nombre d'années utilisé pour déterminer le quotient. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de vacance du logement, du fait du départ du locataire au cours de la période d'engagement de location de neuf ans qu'elles prévoient, le maintien de l'avantage fiscal est subordonné à la condition que le contribuable justifie avoir accompli sans délai toutes les diligences nécessaires pour que son bien puisse être reloué.
4. Ces dispositions font obstacle à ce que le propriétaire soit exonéré de l'obligation qui lui est faite de louer son logement jusqu'à l'expiration de cette période au seul motif que le bien est devenu vacant moins de douze mois avant le terme de celle-ci et que sa remise en location rendrait plus difficile sa vente à l'échéance de la période de neuf ans. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que le bénéfice de l'avantage fiscal prévu par le dispositif " Robien Renforcé " ne pouvait être remis en cause pour ce motif par l'administration fiscale au regard des dispositions du h du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
5. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ". Si ces dispositions instituent une garantie contre les changements de doctrine de l'administration, qui permet aux contribuables de se prévaloir des énonciations contenues dans les notes ou instructions publiées, qui ajoutent à la loi ou la contredisent, c'est à la condition que les intéressés entrent dans les prévisions de la doctrine, appliquée littéralement, résultant de ces énonciations.
6. Selon les commentaires administratifs publiés le 21 mai 2015 au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP - impôts) sous la référence BOI-RFPI-SPEC-20-20-20 : " 20. La location doit être effective et continue pendant la période d'engagement, ce qui exclut les logements dont le propriétaire (ou les coindivisaires) se réserve la jouissance, à quelque usage que ce soit et même pour une très courte durée, pour lui-même ou un membre de son foyer fiscal, directement ou par l'intermédiaire d'une société non soumise à l'impôt sur les sociétés dont il est associé. / Il en est de même des logements mis à la disposition d'un occupant à titre précaire, en l'absence de contrat de location, ou à titre gratuit, même pour une courte durée, pendant la période couverte par l'engagement de location. / 30. En cas de congé du locataire pendant la période couverte par l'engagement de location, le logement doit être aussitôt remis en location jusqu'à la fin de cette période. Il pourra cependant être admis une période de vacance, dès lors que le propriétaire établira qu'il a accompli les diligences concrètes (insertion d'annonces, recours à une agence immobilière) et que les conditions de mise à la location ne seront pas dissuasives. / A défaut de relocation effective dans un délai de douze mois à compter de la date de réception de la lettre recommandée par laquelle le locataire a signifié son congé au propriétaire, le service doit procéder à la remise en cause des déductions pratiquées (BOI-RFPI-SPEC-20-20-40 au II-A § 170). / 40. Par exception, lorsque la vacance intervient moins de douze mois avant le terme de la période d'engagement de location, il est admis de ne pas remettre en cause le bénéfice de l'avantage fiscal si les conditions suivantes sont réunies : / - le logement est en état d'être loué ; / - le propriétaire ne s'en réserve pas la jouissance à quelque usage que ce soit et même pour une très courte durée, pour lui-même ou un membre de son foyer fiscal ; / - le logement n'est pas mis à la disposition d'un occupant à titre précaire ou à titre gratuit, même pour une très courte période, pendant la période couverte par l'engagement de location ; / - le logement n'est pas cédé avant l'expiration de l'engagement de location ".
7. Il résulte de l'instruction que le 7 novembre 2017, moins de douze mois avant le terme de la période de neuf ans au cours de laquelle les intéressés s'étaient engagés à louer le logement nu à usage d'habitation principale à une personne autre qu'un membre de leur foyer fiscal, la location du bien a cessé en suite du congé donné par le locataire. Souhaitant vendre le bien au terme de cette période, M. et Mme B ont décidé de ne pas le remettre en location pour la période restant à courir.
8. Pour remettre en cause les déductions opérées par M. et Mme B sur leurs revenus fonciers, l'administration fiscale a estimé que les intéressés ne remplissaient pas l'une des conditions énoncée au paragraphe 40 qui subordonne le maintien de l'avantage fiscal, lorsque la vacance du logement intervient moins de douze mois avant le terme de la période d'engagement de location, à la circonstance que le propriétaire ne s'en soit pas réservé la jouissance à quelque usage que ce soit et même pour une très courte durée, pour lui-même ou un membre de son foyer fiscal. Se référant à la définition donnée par l'interprétation administrative de la loi fiscale des cas dans lesquels le propriétaire doit être regardé comme se réservant la jouissance d'un logement pour l'application des dispositions du II de l'article 15 du code général des impôts, elle a estimé que, dans le cadre du dispositif " Robien Renforcé ", un propriétaire doit être regardé comme s'étant réservé la jouissance de son logement lorsqu'il l'a laissé vacant.
9. Les requérants soutiennent que cette condition doit être appliquée de manière littérale, sous peine de méconnaître les principes d'identité des dispositions fiscales et d'interdiction d'interpréter la doctrine fiscale, ce dont il résulte que lorsque la vacance d'un bien intervient moins de douze mois avant le terme de la période d'engagement de location, le bien peut être laissé libre d'occupation, par exception à l'obligation, énoncée au paragraphe 30, de relouer immédiatement l'appartement sauf à justifier avoir accompli les diligences nécessaires en vue de cette relocation, afin de permettre au propriétaire qui souhaiterait procéder à la vente de son bien ou à sa location, dans des conditions non contraignantes pour l'avenir, de ne pas souscrire un nouveau bail qui l'engagerait au-delà du délai légal du dispositif " Robien renforcé ".
10. Toutefois, il ressort des commentaires rappelés au point 4 que la condition énoncée au paragraphe 40, tenant à l'interdiction faite au propriétaire de se réserver la jouissance de son logement à quelque usage que ce soit, vise à garantir le respect de l'engagement pris par le propriétaire qui a souscrit au dispositif " Robien Renforcé " de maintenir son logement en location de manière effective et continue pendant une période de neuf ans, comme rappelé au paragraphe 20. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, cette condition ne peut être comprise comme laissant la possibilité de laisser le bien vacant lorsque cette vacance intervient moins de douze mois avant le terme de la période d'engagement, sous peine de priver de portée les autres conditions énoncées au paragraphe 40, notamment celles tenant à l'obligation de laisser le bien en état d'être loué et de ne pas le mettre à disposition d'un occupant à titre précaire ou gratuit, ainsi que plus généralement à l'engagement rappelé au paragraphe 20, qui conditionne le bénéfice du dispositif " Robien renforcé " de garantir une location effective et continue pendant une période de neuf ans. Dans ces conditions, l'administration n'a pas méconnu la portée de l'interprétation administrative de la loi fiscale en retenant que, pour l'application du paragraphe 40, un propriétaire doit être regardé comme s'étant réservé la jouissance de son logement lorsqu'il a laissé son bien vacant.
11. Il résulte de l'instruction qu'en décidant de ne pas remettre en location leur logement à compter du 7 novembre 2017, alors qu'ils y étaient tenus jusqu'au 23 mai 2018, M. et Mme B doivent ainsi être regardés comme s'en étant réservés la jouissance en vue de le mettre en vente dès l'expiration de la période de neuf ans. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé qu'ils ne remplissaient pas les conditions de l'avantage fiscal qui leur avait été consenti au titre du dispositif " Robien renforcé " et qu'elle a ainsi remis en cause les déductions opérées par M. et Mme B sur leurs revenus fonciers au titre de l'amortissement effectué pour les années 2014 à 2017.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme B à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, en droits et pénalités, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 à 2017 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. M. et Mme B étant la partie perdante, il y a lieu de rejeter leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme D B et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
C. SILVANI
Le président,
Signé
A. MARCHANDLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026