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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101957

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101957

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101957
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL JURIADIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 septembre 2021, le 7 août 2023, le 21 mars 2024 et le 22 avril 2024, la communauté de communes du Pays de Falaise, représentée par Me Gorand, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement la société CTI-ACDN, les sociétés C. Basse et BTSG en leur qualité de liquidateurs judiciaires de la société CTI-ACDN et la société MMA IARD en sa qualité d'assureur de cette même société, à lui verser la somme de 12 241,75 euros toutes taxes comprises, et la société Guiban à lui verser la somme de 9 815,45 toutes taxes comprises, au titre des travaux de reprise des désordres affectant les filtres à sable du centre aquatique de Falaise ;

2°) de condamner solidairement ces mêmes sociétés à lui verser la somme de 14 628 euros toutes taxes comprises en remboursement des frais engagés pour les besoins de l'expertise judiciaire et la somme de 8 497 euros toutes taxes comprises en remboursement des frais et honoraires de son conseil ;

3°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Guiban, CTI-ACDN, C. Basse, BTSG et MMA IARD la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à engager la responsabilité décennale des constructeurs du fait des désordres du centre aquatique de Falaise grevant la peinture des filtres à sable et le système de fixation des cônes de dispersion, désordres qui sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et qui portent atteinte à sa solidité ;

- il y a lieu de retenir la responsabilité de la société Guiban à hauteur de 44,5 % et celle de la société CTI-ACDN à 55,5 % ;

- elle a subi un préjudice correspondant aux frais des travaux de reprise à hauteur de 22 057,20 euros toutes taxes comprises et un préjudice correspondant aux frais engagés pour les besoins de l'expertise à hauteur de 14 628 euros toutes taxes comprises ainsi que la somme de 8 497 euros toutes taxes comprises au titre des frais et honoraires versés à son conseil pour son assistance dans le cadre de la procédure de référé expertise et de l'expertise judiciaire.

Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2021, la société BTSG s'en remet à la sagesse du tribunal.

Par des mémoires enregistrés le 24 novembre 2021, le 23 octobre 2023, le 3 avril 2024 et le 16 mai 2024, la société MMA IARD, représentée par Me Bourrel, conclut à sa mise hors de cause, subsidiairement à ce que le tribunal ramène les demandes indemnitaires de la communauté de communes du Pays de Falaise à de plus justes proportions et, en toute hypothèse, de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays de Falaise la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le contrat d'assurance que la société CTI-ACDN a souscrit auprès d'elle ne garantit pas les désordres objet du présent recours ;

- en tout état de cause, les désordres en cause ne revêtent pas un caractère décennal ;

- dans le délai d'épreuve de dix ans, il n'y a eu aucun désordre de nature décennale ou susceptible d'évoluer en désordre de nature décennale ;

- subsidiairement, la totalité des sommes réglées par la requérante au titre des travaux de reprise de la peinture ne peuvent pas concerner la totalité des filtres dès lors que l'expert ne préconise qu'un traitement ponctuel des points de corrosion ; les désordres découlant des pattes de fixation ne présentent qu'un risque de gêne pour les opérations de changement de matériaux filtrants sans que la requérante ne démontre qu'une impropriété à destination interviendra dans le délai d'épreuve de dix ans, soit avant 2022 ;

- la communauté de communes du Pays de Falaise ne justifie pas des dépenses engagées au titre des honoraires d'avocat ni qu'elle s'en est acquittées.

Par un mémoire enregistré le 29 mars 2024, la société Guiban, représentée par Me Labrusse, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce que le tribunal réduise les demandes indemnitaires formulées par la communauté de communes du Pays de Falaise, à la condamnation des sociétés CTI-ACDN, C. Basse et BTSG à la garantir des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre au titre des différents désordres, des frais de procédure et des dépens, à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de la communauté de communes du Pays de Falaise ainsi que le versement d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, subsidiairement à la charge des autres défendeurs.

Elle fait valoir que :

- la défaillance du système de fixation des cônes de dispersion relève de la seule responsabilité de la société CTI-ACDN ;

- les défauts de peinture que l'expert lui impute sont des menus désordres qui ne sont pas de nature décennale ;

- subsidiairement, un abattement pour vétusté de 50 % doit être appliqué sur toutes les demandes indemnitaires de la communauté de communes du Pays de Falaise dès lors que les désordres sont apparus six ans après la réception des travaux ;

- la somme demandée au titre des honoraires d'avocat n'est pas justifiée en l'absence de production des factures correspondantes et des justificatifs de règlement ;

- en tout état de cause, elle doit être garantie par la société CTI-ACDN sur le fondement de la responsabilité contractuelle et des sociétés C. Basse et BTSG en leur qualité de liquidateurs judiciaires de la société CTI-ACDN à laquelle les désordres sont imputables.

Par un courrier du 24 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur les moyens relevés d'office tirés de :

- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions présentées par la communauté de communes du Pays de Falaise à l'encontre de la société MMA IARD ;

- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des appels en garantie présentés par la société Guiban à l'encontre de la société CTI-ACDN et des sociétés C. Basse et BTSG en leur qualité de liquidateurs judiciaires de la société CTI-ACDN.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, la société Guiban a présenté des observations sur les moyens d'ordre public susceptibles d'être retenus par le tribunal.

Vu :

- l'ordonnance n° 1701138 du 4 juillet 2018 taxant et liquidant les frais de l'expertise de M. A à la somme de 28 245,47 euros toutes taxes comprises ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code du commerce ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal, rapporteure,

- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sanson, représentant la communauté de communes du Pays de Falaise.

Une note en délibéré, présentée pour la communauté de communes du Pays de Falaise, a été enregistrée le 3 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes du Pays de Falaise a lancé, en 2002, une procédure de passation de marchés publics pour la construction d'un centre aquatique sur le territoire de la commune de Falaise. Le centre aquatique a ouvert en 2004 et, en 2008, des désordres sont apparus sur les filtres à sable installés par la société Guiban en exécution du lot n° 14 " traitement d'eau ". L'expert désigné par ordonnance du tribunal administratif de Caen du 17 avril 2009 ayant conclu à l'impossibilité de réparer les filtres à sable du fait de leur état de dégradation très avancé, la communauté de communes du Pays de Falaise a lancé une nouvelle procédure de passation de marché public en vue de remplacer sept filtres à sable. Par un acte d'engagement du 6 avril 2012, la communauté de communes a confié le marché à la société Guiban. Le 2 juillet 2015, la société Guiban a été informée de la présence de corrosion sur les filtres à sable puis, le 13 septembre 2016, de la dégradation du revêtement intérieur des filtres des quatre bassins du centre ainsi que du spa se matérialisant par un phénomène de corrosion localisée au contour des trous d'homme et aux soudures des pattes de fixation intérieure. La société CTI-ACDN interviendra les 27 et 28 décembre 2016 à la demande de la société Guiban pour remédier à ces désordres. Estimant que les filtres remplacés en 2012 restaient atteints de corrosion malgré l'intervention des 27 et 28 décembre 2016, la communauté de communes du Pays de Falaise a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Caen, qui a, par une ordonnance du 6 septembre 2017, désigné un expert pour déterminer précisément l'origine des désordres et des aggravations éventuelles affectant les filtres à sable du centre aquatique, proposer et chiffrer des travaux de reprise. L'expert a remis son rapport le 22 juin 2018 imputant l'origine des désordres à des défauts d'exécution relevant de la responsabilité de la société Guiban à hauteur de 44,5 % et de la société CTI-ACDN à hauteur de 55,5 %. La communauté de communes du Pays de Falaise demande au tribunal la condamnation solidaire des sociétés Guiban, CTI-ACDN, C. Basse, BTSG en leur qualité de liquidateurs judiciaires de la société CTI-ACDN, et de la société MMA IARD, en sa qualité d'assureur de la société CTI-ACDN, à l'indemniser des préjudices subis du fait de la mauvaise exécution des travaux.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

En ce qui concerne la compétence de la juridiction administrative :

2. Il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative. La juridiction judiciaire est donc seule compétente pour connaître des conclusions de la communauté de communes du Pays de Falaise dirigées contre la société MMA IARD, en sa qualité d'assureur de la société CTI-ACDN. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité des constructeurs :

3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.

4. Il résulte de l'instruction que le centre aquatique de Falaise est équipé de sept filtres à sable dont la fonction est d'assurer le traitement de l'eau des bassins et du spa. Ces filtres sont remplis aux deux tiers de sable et alimentés en eau par l'intermédiaire d'une colonne en matière plastique surmontée d'un cône, également appelé tulipe de dispersion, qui répartit l'eau sur le sable et qui est lui-même maintenu par un système de fixation composé de trois bras, ou bretelles, fixés par de la boulonnerie à des pattes métalliques soudées sur le dôme du filtre. La fixation des cônes assure leur tenue lors des opérations de mise en place et de renouvellement du sable et de l'anthracite prévues tous les dix ans pour le sable et tous les deux ou trois ans pour l'anthracite. Une fois le matériau filtrant mis en œuvre, le cône est arrimé sans risque de déstabilisation. Il résulte des conclusions du rapport d'expertise que les désordres affectant les filtres à sable du centre aquatique de Falaise consistent, d'une part, en des défauts de peinture et, d'autre part, en une défaillance du système de fixation des cônes de dispersion.

5. S'agissant des défauts de peinture, il résulte du rapport d'expertise que ce désordre a pour origine des blessures de peinture occasionnées lors du montage des filtres en 2012 par la société Guiban, titulaire du marché, des ressuages de soudure dus à des défauts de fabrication des filtres par la société CTI-ACDN et à un défaut de séchage sur les reprises de peinture réalisées en décembre 2016 par la société CTI-ACDN à la demande de la société Guiban. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise qu'il s'agit de " petits désordres " et de " petits défauts localisés " au regard du bon état général de la peinture, l'expert préconisant de traiter les piqûres de corrosion et les zones mal repeintes fin 2016, notamment le pourtour des trous d'homme, sans pour autant considérer qu'ils affectent la solidité de l'ouvrage ni qu'ils le rendent impropre à sa destination. Il ne résulte pas de l'instruction que les désordres ainsi constatés, très localisés, compromettraient la solidité du centre aquatique, en tant qu'ouvrage principal, ou du système de filtration, élément d'équipement de l'ouvrage principal. Par ailleurs, si, d'une manière générale, la peinture est destinée à assurer l'étanchéité des filtres dans le but de prévenir la survenance de la corrosion et ainsi garantir le filtrage de l'eau des bassins pour des considérations d'hygiène publique, il ne résulte pas de l'instruction qu'en l'espèce, ils seraient de nature à rendre le centre aquatique de Falaise impropre à sa destination dans un délai prévisible. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le désordre consistant en des défauts de peinture ne revêt pas un caractère décennal et n'engage pas, en conséquence, la responsabilité décennale des constructeurs.

6. S'agissant du système de fixation des cônes de dispersion, il résulte du rapport d'expertise que la défaillance du système a une double origine. La première résulte d'une insuffisance du dimensionnement des bretelles qui provoque leur casse sous l'action des charges d'exploitation, la seconde, d'un défaut de conception du système lié au choix de matériaux qui a favorisé, en présence d'humidité, la corrosion galvanique du système de fixation au niveau des pattes, des écrous et des boulons, puis leur désolidarisation du support et, enfin, leur destruction. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'à terme, les tulipes ne seront plus tenues en partie haute avec comme conséquence une gêne pour les opérations de changement des matériaux filtrants prévu tous les dix ans pour le sable et tous les deux ou trois ans pour l'anthracite ainsi qu'un risque de casse des cônes ce qui perturberait la diffusion de l'effluent sur les filtres et dégraderait leur performance. Il résulte en outre de l'instruction que la tulipe du circuit aqua-forme s'est cassée et que les autres tulipes peuvent subir le même sort, compromettant ainsi le filtrage de l'eau des bassins et, par suite, sont de nature à empêcher le fonctionnement normal du centre aquatique qui serait alors contraint de fermer provisoirement les bassins pour garantir aux usagers un accueil dans des conditions d'hygiène et de sécurité normales. Il résulte également de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que si ces désordres ne compromettent pas la solidité de l'ouvrage, la casse des tulipes perturberait la diffusion de l'effluent sur les filtres et dégraderait leur performance, endommageant la fonction de filtration des eaux du spa et des bassins. Ces désordres revêtent un caractère certain dans la mesure où six filtres sur sept ont déjà eu au moins l'une de leurs bretelles dégradée et il est constant que la casse des cônes résulte de la défaillance de leur fixation. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le désordre tenant à la défaillance du système de fixation des cônes de dispersion est de nature à rendre le centre aquatique impropre à sa destination et engage, en conséquence, la responsabilité décennale des constructeurs.

7. Il résulte de ce qui précède que la communauté de communes du Pays de Falaise est fondée à engager la responsabilité décennale des constructeurs à raison de l'unique désordre découlant de la défaillance du système de fixation des cônes de dispersion.

En ce qui concerne la responsabilité solidaire des constructeurs :

8. La garantie décennale est due par les constructeurs, en l'absence même de faute imputable à ces derniers, dès lors qu'ils ont participé de manière directe et effective à l'acte de construction en cause et que les désordres peuvent être regardés comme leur étant imputables au titre des missions qui leur ont été confiées par le maître de l'ouvrage. Aux termes de l'article 1792-4 du code civil : " Le fabricant d'un ouvrage, d'une partie d'ouvrage ou d'un élément d'équipement conçu et produit pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et déterminées à l'avance, est solidairement responsable des obligations mises par les articles 1792, 1792-2 et 1792-3 à la charge du locateur d'ouvrage qui a mis en œuvre, sans modification et conformément aux règles édictées par le fabricant, l'ouvrage, la partie d'ouvrage ou élément d'équipement considéré ".

9. Il résulte de l'instruction que la société Guiban, co-contractante de la communauté de communes du Pays de Falaise, a participé de manière directe et effective aux travaux. Il résulte, en outre, du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que la défaillance du système de fixation des cônes de dispersion est exclusivement imputable à la société CTI-ACDN, sous-traitant de la société Guiban. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier du cahier des clauses techniques particulières, que le système de fixation des cônes de dispersion aurait été conçu spécifiquement pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et prédéterminées de la communauté de communes du Pays de Falaise ni que la société CTI-ACDN aurait produit un ouvrage ou une partie d'ouvrage au sens des dispositions précitées de l'article 1792-4 du code civil. Dans ces conditions, la société CTI-ACDN ne peut être regardée comme ayant la qualité de fabricant au sens de l'article 1792-4 du code civil. Dès lors, en l'absence de lien contractuel entre le maître d'ouvrage et le sous-traitant, la communauté de communes du Pays de Falaise est seulement fondée à engager la responsabilité de la société Guiban, titulaire du marché, à l'exclusion de la société CTI-ACDN. En outre, la société Guiban, qui est tenue à l'égard du maître de l'ouvrage de la bonne exécution de l'ensemble des travaux et, notamment, de ceux exécutés par son sous-traitant, ne peut pas utilement se prévaloir des fautes qu'aurait commises la société CTI-ACDN en sa qualité de sous-traitant, afin de s'exonérer ou de réduire sa part de responsabilité au titre des désordres en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la communauté de communes du Pays de Falaise est fondée à rechercher la responsabilité de la société Guiban sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs pour les désordres affectant le système de fixation des cônes de dispersion.

En ce qui concerne les préjudices :

11. La communauté de communes du Pays de Falaise peut demander la réparation de l'intégralité du coût des travaux nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination ainsi que de ses éventuels préjudices et dommages annexes ou distincts dont elle établirait le lien de causalité direct et certain avec les désordres constatés. Le coût des travaux de réparation doit être évalué à la date où, leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à le réparer. Cette date est, au plus tard, celle à laquelle l'expert désigné par le tribunal administratif a déposé son rapport qui définit avec une précision suffisante la nature et l'étendue des travaux nécessaires.

S'agissant des travaux de reprise :

12. Ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, la communauté de communes du Pays de Falaise est fondée à demander réparation des travaux de reprise de l'unique désordre découlant de la défaillance du système de fixation des cônes de dispersion. Il résulte de l'instruction que ces travaux ont consisté en la reprise de l'ensemble des pattes de fixation de six filtres pour un montant de 1 445 euros hors taxes, en la réfection du filtre du circuit nordique et le changement du cône de filtre du circuit de l'aqua-forme pour un montant de 580 euros hors taxes. Dans ces conditions, et au vu des factures produites, il sera fait une exacte appréciation du préjudice correspondant aux travaux de reprise en le fixant à la somme de 2 730 euros toutes taxes comprises.

S'agissant des frais engagés pour les besoins de l'expertise :

13. Il résulte de l'ordonnance du vice-président du tribunal administratif de Caen du 4 juillet 2018 que les frais et honoraires d'expertise ont été taxés et liquidés à hauteur de 28 245,47 euros toutes taxes comprises, correspondant notamment aux honoraires et aux frais de déplacement de l'expert, sans que soient intégrées les dépenses engagées, à la demande de l'expert, pour l'intervention de l'Apave à hauteur de 2 289 euros hors taxes et de la société Dalkia à hauteur de 9 901 euros hors taxes.

14. D'une part, il résulte de l'instruction que la prestation de la société Dalkia a consisté à vidanger et recharger le sable du filtre du circuit nordique afin d'inspecter la totalité d'un filtre pour évaluer l'état de corrosion des zones masquées au regard des défauts qui avaient été relevés sur les filtres en partie visible. Toutefois, ces frais sont liés au premier désordre découlant des défauts de peinture, qui ne revêtent pas un caractère décennal ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement. Dans ces conditions, la demande d'indemnisation de la communauté de communes du Pays de Falaise à ce titre doit être rejetée.

15. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que la prestation de l'Apave a permis d'identifier une incompatibilité électrochimique entre le matériau constitutif des pattes de fixation et celui de la boulonnerie qui, en présence d'humidité, crée un couplage galvanique et provoque la corrosion accélérée de l'acier au carbone des pattes de fixation pendant que l'acier inoxydable de la boulonnerie est davantage protégé. Ces frais ayant été utilement exposés, le préjudice subi par la communauté de communes du Pays de Falaise au titre de la réparation du désordre découlant de la défaillance du système de fixation des cônes de dispersion doit être fixé à la somme de 2 746,80 euros toutes taxes comprises.

S'agissant des frais d'avocat engagés dans le cadre de l'expertise :

16. Si la communauté de communes du Pays de Falaise a fait appel à un cabinet d'avocats pour l'assister lors des opérations d'expertise à laquelle elle était partie et a ainsi acquitté des frais dont elle demande le remboursement à hauteur de la somme de 8 497 euros toutes taxes comprises, la collectivité maître d'ouvrage n'était toutefois pas contrainte d'exposer ces frais, qui ne sauraient, dans ces conditions, être regardés comme un préjudice indemnisable. En tout état de cause, il n'est produit aucune facture correspondant au montant réclamé ni aucune pièce permettant de considérer que la communauté de communes du Pays de Falaise s'est effectivement acquittée d'une somme à ce titre. La communauté de communes du Pays de Falaise n'est, dès lors, pas fondée à demander une indemnisation à ce titre.

S'agissant de l'abattement pour vétusté :

17. Si la vétusté d'un ouvrage peut donner lieu, lorsque la responsabilité contractuelle ou décennale des entrepreneurs et architectes est recherchée à l'occasion de désordres survenus sur un ouvrage, à un abattement affectant l'indemnité allouée au titre de la réparation des désordres, il appartient au juge administratif, saisi d'une demande en ce sens, de rechercher si, eu égard aux circonstances de l'espèce, les travaux de reprise sont de nature à apporter une plus-value à l'ouvrage, compte tenu de la nature et des caractéristiques de l'ouvrage ainsi que de l'usage qui en est fait.

18. Il ne résulte pas de l'instruction que les travaux de réfection nécessaires pour remédier à des désordres apparus environ dix-neuf mois après la réception des travaux aient pour effet d'apporter à l'ouvrage une plus-value autre que celle qui résulte de la disparition des désordres. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'appliquer au coût des travaux de réfection un coefficient de vétusté.

19. Il résulte de ce qui précède que le préjudice subi par la communauté de communes du Pays de Falaise au titre de la réparation du désordre découlant de la défaillance du système de fixation des cônes de dispersion doit être fixé à la somme totale de 5 476,80 euros toutes taxes comprises. Il y a lieu de condamner la société Guiban à payer cette somme à la communauté de communes du Pays de Falaise.

En ce qui concerne l'appel en garantie formé par la société Guiban :

20. La société Guiban soutient que la société CTI-ACDN est seule responsable du dysfonctionnement du système de fixation des filtres. Toutefois, la compétence de la juridiction administrative, pour connaître des litiges nés de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux, ne s'étend pas à l'action en garantie du titulaire du marché contre son sous-traitant avec lequel il est lié par un contrat de droit privé. Par suite, les conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la société Guiban contre son fournisseur et sous-traitant la société CTI-ACDN, et celles dirigées contre les liquidateurs judiciaires de celle-ci, relèvent de la compétence des juridictions judiciaires et doivent, dès lors, être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les dépens :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge définitive de la communauté de communes du Pays de Falaise et de la société Guiban, à parts égales, les frais de l'expertise taxés et liquidés par une ordonnance du vice-président du tribunal administratif de Caen du 4 juillet 2018 à la somme de 28 245,47 euros toutes taxes comprises.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Guiban une somme de 1 500 euros au titre des frais d'avocats exposés par la communauté de communes du Pays de Falaise au titre de la présente instance et non compris dans les dépens. En outre, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays de Falaise une somme de 1 500 euros à verser à la société MMA IARD au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par la communauté de communes du Pays de Falaise à l'encontre de la société MMA IARD sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : La société Guiban est condamnée à verser à la communauté de communes du Pays de Falaise la somme de 5 476,80 euros toutes taxes comprises au titre des préjudices subis.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expert s'élevant à 28 245,47 euros toutes taxes comprises sont mis à la charge de la communauté de communes du Pays de Falaise et de la société Guiban à hauteur de 50 % chacune.

Article 4 : La société Guiban versera la somme de 1 500 euros à la communauté de communes du Pays de Falaise au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Article 5 : La communauté de communes du Pays de Falaise versera la somme de 1 500 euros à la société MMA IARD au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions d'appel en garantie présentées par la société Guiban à l'encontre de la société CTI-ACDN et des sociétés C. Basse et BTSG en leur qualité de liquidateurs judiciaires de

la société CTI-ACDN sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la communauté de communes du Pays de Falaise, à la société Guiban, à la société CTI-ACDN, à la SELARL C. Basse et à la société BTSG en leur qualité de liquidateurs judiciaires de la société CTI-ACDN et à la société MMA IARD.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. BENIS

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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