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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102044

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102044

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102044
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2102044 le 21 septembre 2021, les 12 et 13 février 2023, le 16 juin 2023, le 27 juin 2023 et le 10 juin 2024, le syndicat mixte du Point Fort (SMPF), représenté par Me Oillic, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société anonyme MMA IARD à lui verser la somme de 7 159 397,42 euros en réparation des dommages qu'il estime subir liés à l'effondrement d'un voile séparatif de silo du hall de maturation du pôle environnement de Cavigny, assortie des intérêts légaux à compter de l'enregistrement de la requête et capitalisation des intérêts ;

2°) de condamner la société MMA IARD aux dépens ;

3°) de mettre à la charge de la société MMA IARD une somme de 31 327,68 euros, à défaut de l'avoir indemnisé à hauteur de 28 195,68 euros des frais et honoraires d'avocat engendrés par l'expertise, en application des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la société MMA IARD, assureur du pôle environnement de Cavigny, est tenue de le garantir au titre des risques " effondrement ", " évènements non dénommés tous risque sauf " et " pertes d'exploitation et pertes de recettes " prévus par les stipulations du contrat d'assurance ;

- aucune cause d'exclusion de garantie ne saurait lui être opposée, qu'il s'agisse du défaut de conception, de la corrosion ou de la vétusté ; la clause du contrat sur le risque connu de l'assuré au moment de la souscription du contrat ne peut exclure la garantie en cas d'effondrement provoqué par un vice de conception ou de construction de l'immeuble ; une telle exclusion devrait être réputée nulle ;

- ses préjudices doivent être indemnisés comme suit : 62 811,60 euros toutes taxes comprises au titre des travaux conservatoires, 2 000 810,20 euros au titre des travaux de réparation pour les voiles du hall de maturation, 1 542 900 euros au titre du coût d'évacuation des déchets stockés, 8 958,60 euros pour la reprise des fissures des voiles périphériques, 3 446 190,26 euros au titre de l'enfouissement des déchets non traités lié à la cessation d'activité du site, 68 838,70 euros au titre des frais d'expertise - hors expertise ordonnée par le tribunal, 691,38 euros au titre des frais d'huissier de justice et 28 195,68 euros au titre des frais et honoraires d'avocat liés aux opérations d'expertise.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 février 2023 et le 22 juin 2023, la société MMA IARD et la société MMA IARD Assurances Mutuelles, représentées par la SELAFA Cabinet Cassel, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du syndicat mixte du Point Fort une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les garanties " effondrement ", " évènements non dénommés tous risques sauf ", " pertes d'exploitation et pertes de recettes " ne couvrent pas les défauts de conception et de construction de l'ouvrage, qui sont, en l'espèce, selon les conclusions de l'expertise, à l'origine de l'effondrement du voile séparatif en cause et des fissures apparues sur les autres voiles ;

- le contrat d'assurance exclut systématiquement la mise en œuvre de la garantie en cas de dommages résultant de corrosion, rouille et oxydation lente et pour les conséquences dommageables résultant d'un vice propre ou d'un défaut de fabrication ;

- ces défauts étaient connus du syndicat mixte qui a réceptionné les travaux de l'ouvrage avec réserves, sans l'en informer ;

- en tout état de cause, il doit être fait application de la clause d'exclusion relative à une vétusté de plus de 50 % ; la vétusté de l'installation était supérieure à 50 % au jour du sinistre ;

- l'indemnisation du coût de réparation est exclue des garanties contractuelles en l'absence de reconstruction effectuée dans les trois ans suivants la date du sinistre ;

- le montant de la garantie en cas d'effondrement est limité à 1 500 000 euros ;

- le montant de la garantie " pertes d'exploitation et pertes de recettes " est limité à 1 000 000 euros ;

- les garanties ne s'appliquent qu'aux éléments immobiliers du bâtiment et ne sauraient couvrir les coûts liés au stockage et à l'évacuation des déchets ;

- les frais afférents à l'expertise sont relatifs à l'action du syndicat mixte contre les tiers responsables et ne sauraient ainsi être mis à sa charge.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas,

- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,

- les observations de Me Oillic, représentant le syndicat mixte du Point Fort,

- et les observations de Me Derer, représentant la société MMA IARD.

Considérant ce qui suit :

1. Par marché de conception-réalisation du 30 juin 2005, le syndicat mixte du Point Fort (SMPF) a confié à un groupement conjoint momentané d'entreprises la réalisation du pôle environnement de traitement des déchets ménagers et assimilés sur la commune de Cavigny (Manche). Ce pôle comprenait, outre diverses unités de tri des déchets après collecte et des bâtiments techniques et administratifs, une unité de traitement mécano-biologique des déchets ménagers et des déchets verts. La conception et le lot process ont été attribués à la société Vinci environnement, également mandataire non solidaire du groupement. Le lot génie civil et bâtiment a été attribué à la société SOGEA Nord-Ouest. La réception de l'ouvrage, avec réserves, a été prononcée le 21 septembre 2010 par le SMPF, et la levée de toutes les réserves est intervenue le 29 mars 2012. Le 30 octobre 2019, l'un des murs séparatifs de silo du hall de maturation de l'unité de traitement mécano-biologique des déchets ménagers et des déchets verts s'est entièrement couché sur le sol. Le SMPF a déclaré ce dommage à son assureur, la société MMA IARD, qui, par courrier du 30 décembre 2019, a refusé de prendre en charge les travaux de remise en état. Le SMPF a fait constater le dommage et les mesures conservatoires prises par voie d'huissier le 15 janvier 2020. A la demande du SMPF, le juge des référés de ce tribunal a, par ordonnance du 28 septembre 2020, confirmée en appel le 28 janvier 2021, ordonné une expertise. L'expert a déposé son rapport le 18 mars 2022. Le SMPF demande au tribunal de condamner la société MMA IARD à le garantir des préjudices subis en lien avec les désordres affectant les voiles séparatifs et les façades du hall de maturation en lui versant la somme de 7 159 397,42 euros.

Sur la responsabilité contractuelle de la société MMA IARD :

En ce qui concerne la mise en œuvre de la garantie " assurance effondrement " :

2. Aux termes de l'article 1er de l'annexe " assurance effondrement " du contrat d'assurance conclu le 30 novembre 2016 avec effet au 1er janvier 2017 entre le SMPF et la société MMA IARD : " Objet de la garantie : L'assureur garantit les dommages matériels causés directement aux biens désignés aux conditions particulières : / par suite d'effondrement spontané, total ou partiel, des fondations, de l'ossature, du clos (sauf s'il s'agit des seules parties mobiles) et/ou du couvert, nécessitant la réparation ou la reconstruction de la partie endommagée. / (). ". Aux termes de l'article 2 de cette même annexe : " Exclusions : Sont exclus : () / Les dommages provoqués par un défaut quelconque de construction, conception, mouvements de terrain, travaux de voisinage connus de l'assuré au moment de la souscription de la présente garantie. () ".

3. Il est constant que les désordres en litige affectant le hall de maturation résultent, s'agissant des voiles séparatifs, d'un défaut de conception et de réalisation de l'ouvrage et, s'agissant des voiles extérieurs, d'un défaut d'exécution du bétonnage qui n'expose pas, au demeurant, le bâtiment à un risque caractérisé d'effondrement. Si le SMPF fait valoir que les désordres sont couverts au titre de la garantie " assurance effondrement ", dès lors qu'ils n'étaient pas connus au moment de la souscription du contrat, la clause d'exclusion précitée vise des hypothèses limitativement énumérées et précises, parmi lesquelles figurent les dommages résultant d'un vice de construction ou de conception qu'ils soient ou non connus au moment de la souscription de la garantie, contrairement aux dommages provoqués par des travaux de voisinage qui ne sont exclus de la garantie que s'ils sont connus de l'assuré au moment de la signature du contrat. Par suite, c'est à bon droit que la société MMA IARD a refusé d'appliquer, aux dommages déclarés par le SMPF, sa garantie au titre de l'assurance effondrement.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la garantie " évènements non dénommés " tous risques sauf " " :

4. Aux termes de l'article 1 de l'annexe " assurance évènements non dénommés " tous risques sauf " " du contrat d'assurance conclu le 30 novembre 2016 entre le SMPF et la société MMA IARD : " Objet de la garantie : " l'assureur garantir au titre C tous les dommages matériels directs causés aux biens assurés quel qu'en soit l'évènement générateur, sauf ceux expressément exclus à l'article 2 ci-après. / Les risque ou évènements faisant l'objet d'une des garanties prévues par ailleurs au titre du contrat ne relèvent pas de la présente extension qui n'a pas non plus pour objet de racheter les exclusions spécifiques à ces risques. ". Et aux termes de l'article 2 de cette annexe : " Exclusions : () 2.21 : " les dommages relevant des articles 1792 et suivants du code civil ".

5. En application de ces stipulations, les désordres en litige, qui, d'une part, sont consécutifs à un effondrement, visé par l'article 1er de l'annexe " assurance effondrement " cité au point 2, et, d'autre part, relèvent de la garantie décennale des constructeurs, ne sont pas couverts par la présente garantie. Par suite, c'est à juste titre que la société MMA IARD a refusé de l'appliquer aux dommages déclarés par le SMPF.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la garantie " frais supplémentaires, pertes d'exploitation et perte de recette " :

6. En vertu de l'article A-2 de l'annexe " assurance des frais supplémentaires, des pertes d'exploitation et des pertes de recettes " du contrat d'assurance conclu le 30 novembre 2016 entre le SMPF et la société MMA IARD, les évènements assurés au titre de cette garantie sont les évènements prévus aux conditions particulières de ce même contrat, parmi lesquels figurent l'effondrement.

7. Ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 5, le SMPF ne peut être garanti ni pour l'effondrement ni pour les " évènements non dénommés tous risques sauf ". Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les désordres en litige relèveraient des autres évènements prévus aux conditions particulières du contrat, le syndicat mixte n'est pas fondé à soutenir que la société MMA IARD était tenue de le garantir de ses frais supplémentaires, pertes d'exploitation et pertes de recette en lien avec ces désordres.

8. Il résulte de ce qui précède que le SMPF n'est pas fondé à demander la condamnation de la société MMA IARD à lui verser la somme de 7 159 397,42 euros au titre des désordres affectant le hall de maturation.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société MMA IARD, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le SMPF demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SMPF la somme demandée par la société MMA IARD et la société MMA IARD Assurances Mutuelles au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat mixte du Point Fort est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société MMA IARD et de la société MMA IARD Assurances Mutuelles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat mixte du Point Fort, à la société MMA IARD et à la société MMA IARD Assurances Mutuelles.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

C. DUCOS DE SAINT BARTHELEMY DE GÉLAS

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. BENIS

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