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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102334

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102334

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102334
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 octobre 2021 et le 18 juillet 2022,

Mme E B, représentée par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 août 2021 par laquelle le directeur de la Caisse des dépôts et consignations, agissant en qualité de gestionnaire de l'allocation temporaire d'invalidité, a rejeté le recours administratif dirigé contre la décision du 16 novembre 2020 rejetant sa demande d'allocation temporaire d'invalidité, ensemble la décision du 16 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de l'admettre au bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité ou, subsidiairement, de statuer à nouveau sur sa demande et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de

75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il appartient à la caisse des dépôts et consignations de justifier de la compétence de la signataire des décisions ;

- les décisions ne visent pas les avis favorables émis par la commission de réforme ; il en résulte que le directeur de la caisse a rejeté sa demande sans prendre en considération ces avis ;

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen des circonstances propres à sa situation ;

- le décision méconnaît les dispositions de l'article 80 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 et des articles 2 et 6 du décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ; elle souffre d'une tendinopathie non rompue et non calcifiante de la coiffe des rotateurs et d'une épicondylite des deux coudes dont l'imputabilité au service a été reconnue et dont elle conserve des séquelles justifiant un taux d'incapacité permanente partielle de 10 % ; la tendinopathie non rompue et non calcifiante de la coiffe des rotateurs est prévue par les dispositions du tableau n° 57 annexé à l'article R. 461-3 du code de la sécurité sociale ;

- le directeur a commis une erreur de droit et d'appréciation en estimant qu'elle ne présentait pas de séquelles alors que son taux d'incapacité permanente partielle est de 10 %.

Par des mémoires enregistrés le 13 janvier 2022 et le 29 novembre 2023, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- les conclusions de M. C,

- et les observations de Me Garnier-Durand, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, adjointe administrative exerçant les fonctions d'archiviste au centre hospitalier de Falaise, atteinte de pathologies au niveau des coudes et de l'épaule gauche, a, le 30 septembre 2020, demandé le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité. Après instruction du dossier médical transmis par la commission de réforme, la Caisse des dépôts et consignations, chargé de la gestion du régime de l'allocation temporaire d'invalidité, a émis un avis défavorable à cette demande le 16 novembre 2020, avis, conforme, confirmé par une décision du 23 août 2021.

2. Aux termes de l'article 80 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les établissements mentionnés à l'article 2 ci-dessus sont tenus d'allouer aux fonctionnaires qui ont été atteints d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 p. 100 ou d'une maladie professionnelle, une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec leur traitement dans les mêmes conditions que les fonctionnaires de l'Etat. / Les conditions d'attribution ainsi que les modalités de concession, de liquidation, de paiement et de révision de l'allocation temporaire d'invalidité sont fixées par voie réglementaire ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2020, régulièrement publié sur le site internet de la Caisse des dépôts et consignations, le directeur général de l'établissement a donné délégation à Mme D et, en cas d'empêchement de cette dernière, à Mme E A, à l'effet de signer tous actes dans la limite des attributions du service en charge de la solidarité et des risques professionnels, à l'exception des actes dévolus au représentant du pouvoir adjudicateur par le code de la commande publique. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que Mme A n'était pas compétente pour rejeter la demande d'allocation temporaire d'invalidité doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () " et aux termes de l'article 6 du décret du 2 mai 2005 : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme ", tandis que " le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination ". Il résulte de l'instruction que la commission de réforme, qui est une instance consultative dont l'avis ne s'impose pas à l'autorité décisionnaire, a, lors de sa séance du

15 septembre 2020, émis un avis favorable à la reconnaissance de la maladie déclarée par

Mme B le 16 octobre 2017 comme maladie professionnelle ainsi qu'un second avis favorable à la fixation d'un taux d'incapacité permanente partielle de 10 % avec une date de consolidation au 23 octobre 2019. La circonstance que les décisions attaquées ne visent pas ces avis de la commission de réforme est sans incidence sur leur légalité et n'est pas de nature, à elle seule, à établir que la Caisse des dépôts et consignations, qui a été destinataire du rapport médical du 23 octobre 2019, n'aurait pas tenu compte de ces avis ni n'aurait procédé à un examen particulier et approfondi de la situation de la requérante au regard de ses droits au bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % ; / b) Soit de l'une des maladies d'origine professionnelle énumérées par les tableaux mentionnés à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ; / c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions mentionnées aux alinéas 3 et 4 de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, sous réserve des dispositions de l'article 6 du présent décret ". Aux termes de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : " () Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée dans un tableau de maladies professionnelles peut être reconnue d'origine professionnelle lorsqu'il est établi qu'elle est directement causée par le travail habituel de la victime. / Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé. () ". Enfin, l'article R. 461-8 du même code prévoit que " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ".

6. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière d'allocation temporaire d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.

7. Il résulte de l'instruction que Mme B a présenté une épicondylite droite, soit une atteinte du tendon du coude droit, et des cervicalgies, médicalement constatées le 26 octobre 2017 par son médecin traitant qui les a rattachées au tableau n° 57 des maladies professionnelles, le service de la médecine au travail ayant confirmé, dans son rapport médical du 14 novembre 2017, que les tâches effectuées par l'agente correspondaient à celles du tableau et admis que la pathologie du coude droit devait être rattachée au tableau n° 57, contrairement aux cervicalgies non répertoriées. Il résulte de l'instruction que Mme B a demandé, le 30 septembre 2020, une allocation temporaire d'invalidité au titre de maladies d'origine professionnelle du

16 octobre 2017 atteignant l'épaule gauche et les deux coudes, demande qui a été rejetée au motif que la maladie atteignant l'épaule gauche ne relève pas du tableau n° 57 A des maladies professionnelles et que le taux imputable à cette maladie est inférieur à 25 % et que, s'agissant de la maladie atteignant les coudes, elle n'a aucune séquelle au niveau des épicondyles des deux coudes.

8. D'une part, il résulte du tableau n° 57 des affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail que, s'agissant de l'épaule, la tendinopathie chronique ou aiguë non rompue de la coiffe des rotateurs est une maladie professionnelle à condition que la tendinopathie ne soit pas calcifiante. Or, il résulte du rapport d'expertise médicale rédigé le

23 octobre 2019, confirmé par un courriel du médecin expert du 18 août 2021, que la tendinopathie de l'épaule gauche dont souffre Mme B présente une calcification centimétrique et ne saurait, dans ces conditions, être regardée comme la maladie désignée au tableau n° 57 A qui vise les tendinopathies non calcifiantes de la coiffe des rotateurs. Dans ces conditions, Mme B ne peut prétendre à l'allocation temporaire d'invalidité sur le fondement du b) de l'article 2 du décret du 2 mai 2005 et ne remplit pas davantage les conditions du troisième alinéa de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, la maladie en cause n'étant pas au tableau des maladies d'origine professionnelle. Enfin, à supposer que la pathologie de Mme B ait un lien avec son activité professionnelle, il résulte de l'instruction que le taux de son incapacité permanente est de 10 %, soit inférieur au seuil fixé à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale auquel renvoie le quatrième alinéa de l'article L. 461-1 du même code. Il en résulte que la pathologie de Mme B à l'épaule gauche ne rentre dans aucun des cas visés à l'article 2 du décret du 2 mai 2005. La Caisse de dépôts et consignations n'a, dès lors, commis aucune erreur de droit ni d'appréciation en émettant un avis défavorable à l'octroi de l'allocation temporaire d'invalidité pour cette pathologie. Enfin, la circonstance que, par une décision du

26 octobre 2021, le directeur du centre hospitalier de Flers a décidé, pour l'application des dispositions relatives aux congés de maladie, que " la maladie professionnelle du 16 octobre 2017 en lien avec la pathologie " épicondylite des deux coudes et tendinopathie de l'épaule gauche " est reconnue imputable au service " est sans incidence sur la légalité de la décision de la Caisse de dépôts et consignations qui concerne l'attribution d'une allocation temporaire d'invalidité et non les congés de maladie.

9. D'autre part, si Mme B fait valoir qu'elle a des séquelles aux coudes, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas sérieusement allégué, que la pathologie de Mme B concernant ses coudes relèverait du tableau n° 57 des maladies professionnelles ni qu'elle entraînerait un taux d'incapacité d'au moins 25 %. Dans ces conditions, elle ne saurait prétendre à une allocation temporaire d'invalidité à ce titre.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des avis défavorables du directeur de la Caisse des dépôts et consignations sur sa demande d'allocation temporaire d'invalidité. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la Caisse des dépôts et consignations.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

E. Bloyet

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