vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102388 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAFRANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 octobre 2021, 13 septembre 2022 et 18 janvier 2023, la société SNC MS2 représentée par Me Mafranc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 26 août 2021 par laquelle sa réclamation préalable a été rejetée ;
2°) de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée déductible pour la période du 1er au 28 février 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que son intention de réaliser les opérations économiques entrant dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée était établie dès le commencement de l'activité pour proposer à sa clientèle un service de nettoyage des locaux, la fourniture de linge de maison et un service de réception et lui confère la qualité d'assujetti qui lui confère un droit à obtenir le remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er au 28 février 2021.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2022, 21 octobre 2022 et 7 février 2023, le directeur départemental des finances publiques du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 26 août 2021 sont irrecevables dès lors que cette décision n'est pas détachable de la procédure d'imposition ;
- les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais ;
- et les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société SNC MS2 a demandé le 24 mars 2021 le remboursement d'un crédit sur la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er au 28 février 2021, d'un montant de 125 000 euros. Par une décision du 26 août 2021, l'administration a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête elle conteste ce refus et demande le remboursement de ce crédit de taxe sur la valeur ajoutée.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I.- Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () " Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention (). / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ". Aux termes de l'article 271 de ce même code : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () ". Aux termes de l'article 261 D du même code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () / 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : () / b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle () ".
3. Il résulte de ces dispositions, dont il n'est pas soutenu qu'elles seraient contraires à celles de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006, qu'il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'impôt, d'apprécier au cas par cas si un établissement proposant une location de logements meublés, eu égard aux conditions dans lesquelles cette prestation est offerte, notamment la durée minimale du séjour et les prestations fournies en sus de l'hébergement, se trouve en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières.
4. En l'espèce, il est constant que la société SNC MS2 ne propose pas de prestations de petit déjeuner. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que la société SNC MS2 impose aux locataires de ses quatre appartements de la villa Pasteur à Thiais une condition de durée minimale. La requérante soutient cependant que des prestations d'accueil sur place aux heures fixes hebdomadaires, de fourniture de linge de maison et de service de nettoyage du logement une fois par semaine sont mentionnées dans deux contrats de location meublée conclus avec les occupants de ces appartements dès le 5 janvier 2021 pour une durée d'un an, produit le contrat de travail d'une salariée embauchée à compter du 1er mars 2021 et soutient qu'elle a fait évoluer ses conditions de travail pour accompagner la montée en charge des prestations servies : en l'ayant recrutée d'abord à raison de sept heures de travail par mois pour assurer l' " accueil des locataires aux heures à définir ", le nettoyage des logements une fois par semaine ou à chaque changement de locataire, le remplacement du linge de lits et de serviettes, lavage, repassage, une fois par quinzaine ou à chaque changement de locataire et l'entretien des parties communes ainsi que l'accompagnement des prestataires en cas de travaux pour prestations d'entretien, puis à compter du 1er juin 2021 à raison de quatorze heures de travail par mois pour lui faire réaliser à compter du 1er septembre 2021 la réception et l'accueil des occupants de la résidence durant la période de location, en lui imposant de se tenir à disposition des occupants de la résidence afin d'assurer la qualité de leur séjour et de résoudre les difficultés qu'ils rencontreraient ses coordonnées téléphoniques étant communiquées aux occupants, et de réaliser un accueil physique à l'adresse de la résidence tous les mercredis de 14h00 à 19h30 et les autres jours sur rendez-vous tout en continuant d'assurer le ménage hebdomadaire, l'entretien des parties communes l'accompagnement des prestataires mais se limitant à la collecte et à la mise en place du linge de maison auprès des occupants et de son nettoyage en relation avec le pressing une fois par quinzaine ou à chaque changement de locataire. La société requérante produit également des factures de pressing établies par une entreprise honfleuraise à partir de décembre 2021.
5. Toutefois d'une part, la mission d'accueil confiée une demi-journée par semaine ne saurait être comparable à une prestation d'accueil hôtelière, et d'autre part, il n'est apporté aucun élément de nature à justifier la réalisation effective de la prestation de ménage tant entre le premier janvier 2021 et le 1er mars 2021 que depuis le 1er mars 2021, date de démarrage du contrat de travail de la salariée chargée de cette mission, alors que la durée de travail hebdomadaire de la salariée initialement fixée à sept heures mensuelles puis portée à quatorze heures mensuelles à compter du 1er juin 2021 s'avère en toute hypothèse manifestement insuffisante pour la réalisation des tâches induites. La version révisée du contrat de travail portant à quatorze heures mensuelles sa quotité de travail est d'ailleurs en incohérence avec la charge qui lui est imposée d'assurer un accueil physique tous les mercredis, censée la mobiliser de 14h à 19h30, soit pendant cinq heures trente hebdomadaires c'est-à-dire vingt-deux heures mensuelles. Il ne résulte dès lors pas de l'instruction que la salariée serait en mesure d'assurer seule les prestations de nettoyage régulier des locaux, de mise en place du linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle, dont les modalités d'organisation pendant ses périodes de congé ne sont d'ailleurs pas précisées. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la société SNC MS2 serait en mesure de proposer aux occupants des locaux mis à disposition des prestations autres que l'hébergement ni, plus généralement, qu'elle se trouverait en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières.
6. En second lieu, il incombe à celui qui demande la déduction de la TVA d'établir que les conditions pour en bénéficier sont remplies et, lorsqu'elle examine une demande de remboursement d'un crédit de taxe, l'administration peut demander, afin d'établir la qualité d'assujetti, que l'intention déclarée de commencer des activités économiques donnant lieu à des opérations imposables soit confirmée par des éléments objectifs.
7. La requérante, qui se borne à affirmer qu'elle a manifesté dès la conclusion des contrats de location en janvier 2021, par des éléments objectifs, son intention d'affecter ses quatre appartements à une activité locative soumise de plein droit à la TVA sur le fondement de l'article 261 D-4 du code général des impôts, n'en rapporte toutefois pas la preuve, dès lors qu'il résulte de l'instruction que plusieurs mois après la conclusion des contrats de location, elle n'a pas mobilisé de moyens suffisants pour offrir à ses clients des prestations qui pourraient être de nature à justifier son assujettissement à la TVA.
Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :
8. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
9. Si la société SNC MS2 se prévaut des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques - Impôts sous la référence BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-20, ces derniers précisent que l'assujetti doit être en mesure d'assurer les prestations prévues à l'article 261 D 4° b du code général des impôts, ce qui ne résulte pas de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 5.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que la société SNC MS2 n'est pas fondée à demander le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée au titre du mois de février 2021.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la société SNC MS2 demande sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société SNC MS2 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SNC MS2 et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
Le président,
Signé
A. MARCHANDLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026