vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200013 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ODIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 janvier 2022 et 23 novembre 2023, Mme A B, représentée par la SELARL Odin, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 67 470 euros assortie des intérêts de retard au taux légal à compter du 29 octobre 2021 et de la capitalisation des intérêts, au titre de l'indemnité de départ volontaire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 50 000 euros assortie des intérêts de retard au taux légal à compter du 29 octobre 2021 et de la capitalisation des intérêts, en réparation de son préjudice moral et des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence du fait du harcèlement qu'elle a subi ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 550 euros assortie des intérêts de retard au taux légal à compter du 29 octobre 2021 et de la capitalisation des intérêts, en réparation de la perte de loyers subie du fait de son départ précipité de Guyane ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- elle a droit à l'indemnité de départ volontaire calculée selon les dispositions de l'article 5 du décret n° 2009-83 du 21 janvier 2009 ;
- elle a subi des faits de harcèlement moral dans le cadre de son service depuis 2009 ;
- ces faits de harcèlement moral lui ont occasionné un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qui justifient une indemnisation à hauteur de 50 000 euros ;
- elle est fondée à demander à être indemnisée de la perte de revenus locatifs pour un montant de 8 550 euros du fait de son départ anticipé de Guyane.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le ministre des armées, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les demandes de Mme B ne sont pas fondées.
Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais, première conseillère ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de la SELARL Odin, avocat de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ancienne ouvrière d'Etat du ministère des armées, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de départ volontaire pour un montant de 67 470 euros et à l'indemniser des préjudices subis du fait du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime dans le cadre de son activité professionnelle, ainsi que de la perte de revenus locatifs.
Sur le harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
4. Si Mme B soutient avoir fait l'objet d'une pression psychologique intense de la part de son commandant, entre 2009 et 2011 alors qu'elle était affectée à un point de vente, avoir été particulièrement harcelée par deux collègues et isolée volontairement par ses collègues dans l'unité de gestion des stocks où elle a été affectée et avoir subi des pressions et manipulations de la part de son chef au bureau hébergement à l'école des fourriers le 17 avril 2020 pendant une astreinte sans plus de précision, la véracité des faits exposés ne repose que sur les seuls messages adressés par l'intéressée à la médecine du travail, aux services sociaux, à la plateforme de prise en charge des risques psycho sociaux et au bureau des accidents du travail ainsi qu'au référent éthique et déontologie.
5. S'agissant des faits de harcèlement qu'elle soutient avoir subi en Guyane, ils ne ressortent, là-encore, que de ses récits dans les courriers et messages qu'elle a adressés à ses supérieurs hiérarchiques, à la médecine du travail, à son médecin traitant, aux services sociaux, à la plateforme de prise en charge des risques psycho sociaux et au bureau des accidents du travail. Elle y expose avoir été mal accueillie par son collègue, dont elle a dénoncé des pratiques abusives à sa hiérarchie, et relate deux altercations l'une survenue le 9 avril 2021, l'autre le 29 juin 2021 au cours de laquelle elle aurait été insultée. Si la souffrance au travail éprouvée par Mme B dans son affectation guyanaise, exacerbée par l'éloignement de son cercle familial, a participé à l'altération de sa santé justifiant des arrêts maladie et la conduisant à demander le 18 mai 2021 son retour anticipé en métropole, il résulte de l'instruction que l'administration a réagi fasse à la mésentente entre Mme B et son collègue en les entendant séparément d'abord, puis lors d'une confrontation le 22 avril 2021 à l'issue de laquelle ils se sont engagés à faire des efforts pour l'intérêt général du service et, face à la persistance de leurs difficultés relationnelles, en extrayant le collègue de Mme B de leur bureau commun, pour les séparer physiquement, le déménagement étant effectif le 28 mai 2021, et en organisant le travail pour limiter les interactions entre eux.
6. Mme B soutient enfin que, depuis son affectation au groupement de soutien de la base de défense de Cherbourg le 1er septembre 2021, elle aurait été victime d'une série de faits constitutifs de harcèlement moral matérialisés par son affectation sur un poste d'agent polyvalent de restauration qui lui a été annoncée dans des circonstances traumatiques, lors d'un entretien le 8 septembre 2021, l'ayant conduite à déclarer un accident de service, cette affectation à " la plonge " étant vécu par elle comme une sanction déguisée, à laquelle s'ajoute l'engagement de poursuites disciplinaires et de retenues sur salaire pour des absences injustifiées, la non prise en compte de déclaration d'accident de travail et la non reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie et la menace de passer à demi traitement. Toutefois, il résulte de l'instruction que le poste d'agent polyvalent de restauration au cercle Chantereyne était parmi les quatre postes vacants au 1er septembre 2021, date de sa réaffectation à Cherbourg, celui le plus en rapport avec ses qualifications et son parcours professionnel, les trois autres postes portant sur des fonctions de chauffeur poids lourd, jardinier et cuisinier. Mme B n'établit d'ailleurs pas que cette affectation aurait eu un impact négatif de carrière, elle expose son ressenti d'un déclassement du fait que, bien qu'elle ait par le passé exercé des fonctions de technicienne de surface, elle avait depuis essentiellement exercé des fonctions d'accueil dans des bureaux. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait excédé les limites du pouvoir hiérarchique lors de l'annonce de cette affectation. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait refusé à tort de qualifier en accident de service le traumatisme subi par Mme B lors de l'entretien du 8 septembre 2021. Enfin, la circonstance que l'administration a tiré les conséquences des absences injustifiées de Mme B par l'engagement de procédures disciplinaires et l'imputation de retenues sur son traitement ne peut être regardée comme révélant l'existence de faits de harcèlement moral, pas plus que la prolongation de ses arrêts maladie.
7. Il résulte de ce qui précède que les faits allégués par Mme B ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Dès lors, la responsabilité de l'État ne saurait être recherchée à ce titre.
Sur l'indemnité de départ volontaire à la retraite :
8. Si Mme B soutient avoir droit au versement d'une indemnité de départ volontaire, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 15 novembre 2019 adressé à son supérieur hiérarchique, elle a envisagé un départ en retraite anticipée à la faveur de restructurations à compter de janvier 2020 mais a subordonné son départ en retraite anticipé à l'attribution de l'indemnité de départ volontaire et à la perception d'une indemnisation au titre du chômage, et qu'en parallèle, elle s'est projetée dans une mutation outre-mer impliquant un engagement sur trois ans et a postulé, le 23 janvier 2020, à un poste en Guyane où elle a été affectée à compter du 1er novembre 2020, par arrêté du 28 septembre 2020, de sorte que Mme B a nécessairement renoncé à ce projet de départ en retraite anticipée et qu'elle ne peut se prévaloir d'aucun droit à l'attribution de l'indemnité de départ volontaire.
Sur la perte de loyers :
9. Mme B affirme que son départ anticipé de Guyane a eu pour conséquence de la priver de 950 euros de loyers pendant 9 mois. Toutefois ces allégations ne sont étayées par aucun élément de nature à établir que l'Etat aurait commis un fait susceptible d'engager sa responsabilité en lien avec cette perte financière, dont la matérialité n'est pas non plus établie. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat à ce titre.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions de la requête de Mme B doivent être rejetées, en ce compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
Le président,
Signé
A. MARCHANDLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026