mardi 7 octobre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200109 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL JURIS VOXA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 janvier 2022, 11 mai 2022 et 2 juin 2023, M. C... et Mme B... A..., représentés par Me Cassaz, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 9 août 2021 par lequel le maire de la commune de Bernières-sur-Mer a accordé à celle-ci un permis d’aménager pour l’aménagement de deux courts de padel dans un complexe sportif situé chemin de Quintefeuille ;
2°) d’annuler l’arrêté du 22 mars 2022 par lequel le maire de la commune a accordé à celle-ci un permis d’aménager modificatif pour le même projet ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bernières-sur-Mer une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme A... soutiennent que :
- la commune a accusé réception de leur recours gracieux ;
- ils justifient d’un intérêt pour agir du fait des nuisances sonores qu’ils vont subir ; les terrains de padel seront en continuité de leur parc et sont en covisibilité avec leur château ; en outre, les terrains sont situés en site patrimonial remarquable ;
- l’autorisation spéciale prévue à l’article L. 632-1 du code du patrimoine n’a pas été demandée ;
- la commission de sécurité et d’accessibilité n’a pas été saisie alors que l’arrêté tient lieu d’autorisation pour les établissements recevant du public ;
- le dossier de demande de permis ne respecte pas les exigences des articles R. 441-3 et R. 441-4 du code de l’urbanisme ; il ne mentionne pas le site classé du Château de Quintefeuille ni le site patrimonial remarquable ; en outre, le plan produit n’indique aucune légende, rendant sa lecture impossible notamment pour l’architecte des Bâtiments de France ; de plus, il n’est rien prévu quant au traitement des parties du terrain situées en limite du projet, notamment au regard des exigences du règlement de l’aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine ; enfin, le dossier ne précise pas le profil du terrain, les échelles, les plantations existantes et ne comporte pas de plan côté dans les trois dimensions faisant apparaître la composition d’ensemble du projet et les plantations à conserver ou à créer ;
- l’article R. 441-5 du code de l’urbanisme est méconnu ; le dossier ne comprend pas d’étude d’impact ni ne mentionne des raisons qui justifieraient sa dispense ; en outre, le dossier ne comprend aucune étude acoustique contrairement aux exigences de l’article D. 112-12 du code de la construction et de l’habitation ;
- le dossier est incomplet au regard de l’article R. 441-8 du code de l’urbanisme ;
- ni le permis d’aménager attaqué ni la demande modificative n’ont pour objet de régulariser les constructions illégalement entreprises et la destruction du couvert végétal, de sorte que le maire était tenu de refuser le permis sollicité ;
- le projet autorisé méconnaît l’article UB 2 du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît l’article UB 3 du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît l’article UB 4 du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît l’article UB 9 du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît l’article UB 10 du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît l’article UB 11 du plan local d’urbanisme et l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme ;
- il méconnaît l’article UB 12 du plan local d’urbanisme ;
- il méconnaît l’article UB 13 du plan local d’urbanisme.
Par un mémoire enregistré le 22 mai 2023, la commune de Bernières-sur-Mer, représentée par Me Le Coustumer, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des époux A... une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne justifient pas avoir notifié leur recours gracieux conformément aux exigences de l’article R. 600-1 du code de l’urbanisme ;
- ils sont dépourvus d’intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de l’environnement ;
- le code du patrimoine ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Kremp-Sanchez, conseillère,
- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cassaz, représentant M. et Mme A..., et D..., substituant Me Le Coustumer, représentant la commune de Bernières-sur-Mer.
Une note en délibéré présentée pour M. et Mme A... a été enregistrée le 2 octobre 2025.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 9 août 2021, le maire de la commune de Bernières-sur-Mer a accordé à celle-ci un permis d’aménager pour la transformation d’un court de tennis en deux terrains de padel au sein d’un complexe sportif situé chemin de Quintefeuille. M. et Mme A... ont sollicité le retrait de ce permis par un courrier du 28 septembre 2021, demande rejetée par le maire le 9 décembre 2021. Par une ordonnance n° 2200441 du 15 mars 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Caen a suspendu l’exécution de l’arrêté du 9 août 2021. Un permis modificatif a été délivré à la commune de Bernières-sur-Mer par un arrêté du 22 mars 2022. Par une ordonnance n° 2200698 du 21 avril 2022, le juge des référés du tribunal a mis fin à la suspension de l’exécution de l’arrêté du 9 août 2021. M. et Mme A... demandent au tribunal d’annuler le permis d’aménager initial du 9 août 2021 et le permis d’aménager modificatif du 22 mars 2022.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Lorsqu'une autorisation d’urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l’autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Elle peut, de même, être régularisée par une autorisation modificative si la règle relative à l’utilisation du sol qui était méconnue par l’autorisation initiale a été entretemps modifiée ou si cette règle ne peut plus être regardée comme méconnue par l’effet d’un changement dans les circonstances de fait de l’espèce. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l’autorisation initiale.
En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :
Aux termes de l’article L. 143-2 du code de la construction et de l’habitation : « (…) constituent des établissements recevant du public tous bâtiments, locaux et enceintes dans lesquels des personnes sont admises, soit librement, soit moyennant une rétribution ou une participation quelconque, ou dans lesquels sont tenues des réunions ouvertes à tout venant ou sur invitation, payantes ou non. / Sont considérées comme faisant partie du public toutes les personnes admises dans l'établissement à quelque titre que ce soit en plus du personnel ». L’article L. 122-3 du même code dispose : « Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative, qui vérifie leur conformité aux règles d'accessibilité prévues à l'article L. 161-1 et, lorsque l'effectif du public et la nature de l'établissement le justifient, leur conformité aux règles de sécurité contre l'incendie prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2. / La vérification de la conformité aux règles prévues à l'article L. 161-1 n'est pas exigée lorsque les travaux n'ont pas d'incidence sur l'accessibilité du cadre bâti. Il en va de même pour la vérification de la conformité aux règles prévues aux articles L. 141-2 et L. 143-2 lorsque les travaux n'ont pas d'incidence sur le niveau de sécurité contre l'incendie. / Lorsque ces travaux sont soumis à permis de construire, celui-ci tient lieu de cette autorisation dès lors que sa délivrance a fait l'objet d'un accord de la même autorité administrative (…) ». Aux termes de l’article L. 425-3 du code de l’urbanisme : « Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. Le permis de construire mentionne ces prescriptions (…) ».
Il résulte de ces dispositions que si les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu’après la délivrance d’une autorisation permettant de vérifier la conformité du projet à la législation spéciale intéressant ces établissements, dont le permis de construire tient lieu lorsqu’il a fait l’objet d’un accord de l’autorité administrative compétente, une telle vérification n’est pas exigée lorsque les travaux n’ont pas d’incidence sur l’accessibilité du cadre bâti ou le niveau de sécurité contre l’incendie.
Il ressort des pièces du dossier que les travaux autorisés par le permis d’aménager attaqué consistent en la transformation d’un court de tennis existant au sein d’un complexe sportif en deux terrains de padel, ce qui implique la pose d’un revêtement au sol et l’édification d’un grillage et de parois en verre autour du terrain. Eu égard à la nature des travaux autorisés, ceux-ci sont dépourvus d’incidence sur l’accessibilité du cadre bâti et sur le niveau de sécurité contre l’incendie. Dès lors, leur exécution n’était pas soumise à autorisation au titre de l’article L. 122-3 du code de la construction et de l’habitation, de sorte que la commission de sécurité, dont les requérants ne précisent au demeurant pas sur quel fondement elle aurait dû être saisie, n’avait pas à être consultée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la régularité du dossier de demande de permis :
En premier lieu, aux termes de l’article R. 441-3 du code de l’urbanisme : « Le projet d'aménagement comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords et indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) La composition et l'organisation du projet, la prise en compte des constructions ou paysages avoisinants, le traitement minéral et végétal des voies et espaces publics et collectifs et les solutions retenues pour le stationnement des véhicules ; / c) L'organisation et l'aménagement des accès au projet ; / d) Le traitement des parties du terrain situées en limite du projet ; / e) Les équipements à usage collectif et notamment ceux liés à la collecte des déchets ». L’article R. 441-4 du même code dispose : « Le projet d'aménagement comprend également : / 1° Un plan de l'état actuel du terrain à aménager et de ses abords faisant apparaître les constructions et les plantations existantes, les équipements publics qui desservent le terrain, ainsi que, dans le cas où la demande ne concerne pas la totalité de l'unité foncière, la partie de celle-ci qui n'est pas incluse dans le projet d'aménagement ; / 2° Un plan coté dans les trois dimensions faisant apparaître la composition d'ensemble du projet et les plantations à conserver ou à créer ». Aux termes de l’article R. 441-8 du même code : « Lorsque le projet porte sur des aménagements extérieurs dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 441-3 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ».
Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis modificatif comporte plusieurs plans faisant état de la localisation du projet dans le périmètre d’un site patrimonial remarquable et permettant d’identifier sa situation au regard du zonage de l’aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine, et donc du domaine de Quintefeuille, qui appartient au secteur 1 faisant l’objet de « protections architecturale et urbaine majeures ». Le dossier comporte également une notice qui décrit l’environnement immédiat du projet et les modalités de son insertion paysagère, notamment par la création d’espaces verts, et précise les solutions de stationnement retenues. Il comporte enfin un mémoire technique qui précise les modalités d’exécution des travaux et les matériaux utilisés. Les photographies jointes permettent, par ailleurs, de constater la présence de l’église dans le champ de visibilité du projet. La circonstance que le dossier de demande ne fasse pas référence au permis de construire initial délivré en 1978, contienne des incohérences quant aux surfaces allouées aux espaces végétalisés, ou que les places de stationnement ne soient pas matérialisées sur les plans ne sont pas de nature à caractériser des insuffisances au regard des dispositions précitées du code de l’urbanisme.
En deuxième lieu, aux termes de l’article D. 122-12 du code de la construction et de l’habitation : « Le dossier, mentionné au a de l'article R. 122-11, comprend les pièces suivantes : / (…) 3° Une notice expliquant comment le projet prend en compte l'accessibilité aux personnes handicapées, en ce qui concerne : / (…) c) Le traitement acoustique des espaces ; (…) ».
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le dossier de demande d’autorisation d’urbanisme n’avait pas à comprendre les pièces exigées pour l’instruction d’une demande d’autorisation au titre de la législation sur les établissements recevant du public.
En troisième lieu, aux termes de l’article R. 441-5 du code de l’urbanisme : « Le dossier joint à la demande de permis d'aménager comprend en outre, selon les cas : / 1° L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale. L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme vérifie que le projet qui lui est soumis est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas de ne pas le soumettre à évaluation environnementale ; / 2° L'étude d'impact actualisée lorsque le projet relève du III de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement ainsi que les avis de l'autorité environnementale compétente et des collectivités territoriales et leurs groupements intéressés par le projet rendus sur l'étude d'impact actualisée ». Aux termes de l’article R. 122-2 du code de l’environnement : « I. Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau. (…) / II. – Les modifications ou extensions de projets déjà autorisés, qui font entrer ces derniers, dans leur totalité, dans les seuils éventuels fixés dans le tableau annexé ou qui atteignent en elles-mêmes ces seuils font l'objet d'une évaluation environnementale ou d'un examen au cas par cas. / Les autres modifications ou extensions de projets soumis à évaluation environnementale systématique ou relevant d'un examen au cas par cas, qui peuvent avoir des incidences négatives notables sur l'environnement sont soumises à examen au cas par cas ». Le tableau annexé à cet article prévoit, dans sa version applicable au litige, pour la catégorie 44 « équipements sportifs, culturels ou de loisirs et aménagements associés », que sont soumis à un examen au cas par cas : « a) pistes permanentes de courses, d’essais et de loisirs pour véhicules motorisés. / b) parcs d’attractions à thème et attractions fixes. / c) terrains de golf et aménagements associés d’une superficie supérieure à 4 hectares. / d) autres équipements sportifs, culturels ou de loisirs et aménagements associés ».
Il ressort des pièces du dossier que les travaux autorisés par le permis d’aménager attaqué et décrits au point 5, outre qu’ils consistent en la seule transformation d’un court de tennis existant, s’inscrivent dans un espace déjà aménagé pour recevoir des équipements sportifs et qui comprend, par ailleurs, d’autres courts de tennis, une salle omnisports et un club-house. Dès lors, ces travaux constituent des modifications d’un projet existant au sens des dispositions précitées de l’article R. 122-2 du code de l’environnement, dont il n’est pas établi, ni même sérieusement soutenu, qu’elles seraient susceptibles d’avoir des incidences négatives notables sur l’environnement. Le projet n’était, dans ces conditions, pas soumis à évaluation environnementale. Par suite, le dossier de demande d’autorisation d’urbanisme n’avait pas à comporter d’étude d’impact.
Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis d’aménager doit être écarté.
En ce qui concerne la conformité du projet à la réglementation en vigueur :
En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L. 632-1 du code du patrimoine : « Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis ». Aux termes de l’article L. 632-2 du même code : « I. – L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Il tient compte des objectifs nationaux de développement de l'exploitation des énergies renouvelables et de rénovation énergétique des bâtiments définis à l'article L. 100-4 du code de l'énergie. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. / Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager, l'absence d'opposition à déclaration préalable, l'autorisation environnementale prévue à l'article L. 181-1 du code de l'environnement ou l'autorisation prévue au titre des sites classés en application de l'article L. 341-10 du même code tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. (…) ».
Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées que le permis d’aménager tient lieu d’autorisation de travaux au titre du code du patrimoine si l’architecte des Bâtiments de France a donné son accord. Dans cette hypothèse, ces dispositions n’imposent pas que l’autorisation délivrée au titre du code du patrimoine soit matériellement ou formellement distincte de l’autorisation délivrée au titre du code de l’urbanisme. En l’espèce, il constant que le projet litigieux a été autorisé par deux permis d’aménager délivrés le 9 août 2021 et le 22 mars 2022, qui mentionnent, chacun, expressément, les accords donnés respectivement le 19 juillet 2021 et le 21 mars 2022 par l’architecte des Bâtiments de France, saisi pour l’instruction des demandes. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 632-1 du code du patrimoine doit être écarté.
En deuxième lieu, en vertu de l’article UB 2 du règlement du plan local d’urbanisme, les installations, aménagements, extensions et transformations de bâtiments existants dans les zones situées entre zéro et un mètre au-dessus du niveau marin de référence sont autorisés sous réserve qu’ils ne fassent pas obstacle à l’écoulement temporaire des eaux et que les remblais soient limités à la stricte emprise des constructions existantes.
Il ressort des pièces du dossier de demande de permis d’aménager, en particulier du mémoire technique, qu’une infrastructure drainante sera implantée dans le sol des terrains de padel et recouverte d’une dalle en béton poreux permettant l’infiltration des eaux. Dans ces conditions, alors que la clôture grillagée entourant les terrains ne fait pas obstacle à l’écoulement des eaux et qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que ceux-ci seraient entourés d’une bordure pleine susceptible de faire obstacle à cet écoulement, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article UB 2 du règlement du plan local d’urbanisme doit être écarté.
En troisième lieu, en se bornant à soutenir que le dossier de demande de permis d’aménager ne comporte aucune précision sur les accès aménagés pour les piétons et les personnes à mobilité réduite d’une part, et sur l’écoulement des eaux pluviales d’autre part, les requérants n’assortissent pas les moyens tirés de la méconnaissance des articles UB 3 et UB 4 du règlement du plan local d’urbanisme de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens ne peuvent qu’être écartés.
En quatrième lieu, l’article UB 9 du règlement du plan local d’urbanisme prévoit qu’en-dehors des espaces proches du rivage, le coefficient maximum d’emprise au sol, rapporté à la totalité de l’unité foncière d’implantation, est égal à 50 %. Le lexique du règlement définit l’emprise au sol comme « la projection verticale du volume de la construction, tous débords de toiture, et surplombs inclus ».
Il ressort des pièces du dossier que les terrains de padel autorisés par le permis attaqué sont clos par un grillage et ont une superficie de 590 m2, surface qui constitue une emprise au sol au sens des dispositions précitées du règlement du plan local d’urbanisme. Le terrain d’assiette du projet, la parcelle cadastrée section AA n° 16, ayant une superficie évaluée à 14 210 m2, le projet autorisé, qui représente un coefficient d’emprise de 4 % de la surface totale de l’unité foncière d’implantation, ne méconnaît donc pas les dispositions de l’article UB 9 du règlement du plan local d’urbanisme. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que le coefficient maximum d’emprise au sol était déjà méconnu sur l’unité foncière d’implantation, ils ne produisent aucun élément de nature à tenir cette affirmation pour établie. Par suite, le moyen doit être écarté.
En cinquième lieu, l’article UB 10 du règlement du plan local d’urbanisme, relatif à la hauteur maximum des constructions, prévoit que celle-ci est mesurée au niveau de l’égout des bâtiments. Ces dispositions n’ont donc pas vocation à s’appliquer à un terrain de padel qui est une structure non couverte. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance ne pourra qu’être écarté.
En sixième lieu, l’article UB 11 du règlement du plan local d’urbanisme dispose : « L’autorisation de construire peut ne pas être accordée pour les projets qui sont de nature par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l’aspect extérieur des constructions ou ouvrages à édifier ou à modifier, à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt de leur environnement et à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. / L’orientation du bâti et des lignes de faîtage doit suivre les lignes de composition et de structure spatiale données par les tracés (alignement de faîtage existant, voies, passage…), le parcellaire et les constructions environnantes. / Les constructions doivent présenter un volume, un aspect et des matériaux en harmonie avec ceux des constructions avoisinantes. Le traitement des façades, des toitures et des clôtures doit prendre en compte les rythmes, les couleurs et les matériaux de l’environnement proche. / Le choix des couleurs, en dehors des matériaux conservant leurs tons naturels (briques, pierres et le cas-échéant, le bois) doit découler de l’architecture de la construction, dans le respect de l’ambiance chromatique environnante, tant construite que naturelle ». Ces dispositions ont le même objet que celles, également invoquées par les requérants, de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Par suite, c’est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d’urbanisme que doit être appréciée la légalité du projet autorisé.
D’une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet est situé dans le périmètre d’un site patrimonial remarquable et dans le périmètre de protection des abords de l’église de la commune, classée monument historique. Il est également à proximité du Château de Quintefeuille, classé avec son parc en application de l’article L. 341-1 du code de l’environnement. Si l’intérêt naturel et patrimonial du site d’implantation est ainsi établi, il ressort toutefois des pièces du dossier qu’au titre de la législation patrimoniale, le terrain d’assiette du projet est classé dans le secteur 2 du zonage de l’aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine, intitulé « zone périphérique établissant une transition avec les quartiers récents et intégrant les entrées de ville », pour laquelle seule une « vigilance urbaine et paysagère » est prévue, à la différence des deux autres secteurs définis par ce zonage, qui appellent des « protections majeures ». D’autre part, le projet litigieux, qui prévoit la transformation d’un court de tennis existant en deux terrains de padel, implique la pose au sol d’un revêtement de couleur orangée, similaire à celle du court originel, et l’édification d’une clôture partiellement vitrée et partiellement grillagée autour des terrains, qui étaient déjà entourés d’un grillage. Compte tenu de sa nature et de ses effets, le projet n’a qu’un impact visuel très limité sur le site, ainsi qu’il ressort d’ailleurs de la comparaison entre les vues actuelles et les vues projetées jointes au dossier de demande de permis. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article UB 11 du règlement du plan local d’urbanisme doit être écarté.
En septième lieu, aux termes de l’article UB 12 du règlement du plan local d’urbanisme : « Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations doit être assuré en dehors des voies publiques, à l’intérieur de la propriété. / (…) Lors de toute opération de construction, de division de bâti existant, de changement de destination ou de transformation de locaux, devront être réalisées des aires de stationnement dont les normes sont définies ci-après : (…) / pour les équipements publics ou d’intérêt collectif : le nombre de places de stationnement sera adapté selon la nature des constructions ou installations, de leur situation géographique, de leur capacité d’accueil et de fréquentation simultanée ».
Il ressort des pièces du dossier de demande de permis d’aménager que la commune a fait état de l’existence de vingt places au sein du complexe sportif, qui peuvent être complétées le cas échéant par des places de stationnement situées à l’entrée du chemin de Quintefeuille, à proximité immédiate du terrain d’assiette du projet. Dans ces conditions, et alors qu’il n’est ni établi, ni allégué que la transformation du court de tennis en terrains de padel entraînera une hausse de la fréquentation des lieux, le nombre de places de stationnement n’apparaît pas inadapté à la capacité d’accueil des lieux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article UB 12 doit être écarté.
En huitième lieu, aux termes de l’article UB 13 du règlement du plan local d’urbanisme : « Sur les terrains constructibles, il est prescrit un coefficient de perméabilité de 50 % minimum de l’espace libre, cette surface devra rester perméable aux eaux pluviales par un traitement de sol favorisant les infiltrations naturelles ».
Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu’il a été dit au point 16, que le permis attaqué prévoit l’implantation d’une infrastructure drainante dans le sol des terrains de padel et la pose d’une dalle en béton poreux permettant l’infiltration des eaux. Dans ces conditions, et en l’absence de tout élément de nature à établir que le coefficient de perméabilité serait méconnu, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article UB 13 doit être écarté.
En dernier lieu, s’il ressort des pièces du dossier que la disposition actuelle du complexe sportif ne correspond pas à celle qui figure sur les plans du permis de construire de 1978 ayant autorisé sa création, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que des travaux auraient été irrégulièrement exécutés, alors qu’il n’est par ailleurs pas soutenu qu’aucune autorisation d’urbanisme n’aurait été délivrée dans l’intervalle, et que le permis attaqué, qui se borne à autoriser la transformation d’un court de tennis en terrains de padel, ne porte pas sur les constructions existantes de ce complexe sportif. En tout état de cause, et au surplus, à supposer l’exécution irrégulière de travaux établie, elle ne ferait pas obstacle à la délivrance d’une nouvelle autorisation dès lors qu’en application des dispositions de l’article L. 421-9 du code de l’urbanisme, l’expiration d’un délai de dix ans à compter de l’achèvement des travaux a pour effet de régulariser la construction. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis d’aménager aurait dû porter sur l’ensemble des travaux réalisés sur cette parcelle ne peut qu’être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir, que M. et Mme A... ne sont pas fondés à obtenir l’annulation des arrêtés du 9 août 2021 et du 22 mars 2022 par lesquels le maire de la commune de Bernières-sur-Mer a délivré à celle-ci un permis d’aménager et un permis modificatif.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bernières-sur-Mer, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les époux A... demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A... une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A... est rejetée.
Article 2 : M. et Mme A... verseront une somme de 1 500 euros à la commune de Bernières-sur-Mer en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... et Mme B... A... et à la commune de Bernières-sur-Mer.
Délibéré après l’audience du 30 septembre 2025 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Fanget, conseillère,
- Mme Kremp-Sanchez, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2025.
La rapporteure,
SIGNÉ
M. KREMP-SANCHEZ
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026