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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200174

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200174

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200174
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantASSOCIATION TAMBURINI BONNEFOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 21 janvier, 14 février, 5 et 31 juillet 2022, Mme D C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier mémorial de Saint-Lô à verser la somme de 300 000 euros en réparation des préjudices subis compte tenu de la prise en charge médicale de son époux, M. A C.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- le centre hospitalier de Saint-Lô a commis une faute médicale dès lors que, durant l'intervention chirurgicale subie par son époux le 30 décembre 2021, le cholédoque a été sectionné ; son époux a dû subir une nouvelle intervention au CHU Caen Normandie le 6 janvier 2022 ;

- elle est bien fondée à solliciter le versement de la somme de 300 000 euros compte tenu des souffrances endurées par celui-ci.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er juin et 10 août 2022, le centre hospitalier mémorial de Saint-Lô, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que Mme C ne dispose pas d'intérêt à agir ;

- aucune faute n'est établie ;

- le lien de causalité entre les douleurs et le manquement invoqué n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- les observations de Mme C, représentant M. C, et celles de Me Michaud, représentant le centre hospitalier de Saint-Lô.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a été pris en charge par le centre hospitalier de Saint-Lô le 29 décembre 2021 en raison de douleurs en hypocondre droit. Le 30 décembre 2021, une cholécystectomie par cœlioscopie a été réalisée. Une plaie cholédocienne est survenue durant l'opération. M. C a été transféré au centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie où une anastomose hépatico-jéjunale a été effectuée le 6 janvier 2022. Par un courrier du 6 janvier 2022, Mme D C, épouse de M. A C, a sollicité une indemnisation auprès du centre hospitalier de Saint-Lô. Par un courrier du 26 janvier 2022, M. A C a sollicité l'indemnisation de ses préjudices auprès de ce même centre hospitalier. Par la présente requête, Mme D C sollicite la condamnation du centre hospitalier mémorial de Saint-Lô à verser la somme de 300 000 euros en réparation des préjudices subis compte tenu de la prise en charge médicale de son époux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Par la présente requête, Mme C mentionne les douleurs physiques et morales subies par son époux compte tenu de l'intervention du 30 décembre 2021, lors de laquelle le cholédoque aurait été sectionné, et la nécessité pour lui de subir une nouvelle intervention chirurgicale le 6 janvier 2022. Elle doit être regardée comme sollicitant la condamnation du centre hospitalier à réparer les préjudices subis par son époux lors de l'intervention du 30 décembre 2021. Mme C indique dans son mémoire enregistré le 5 juillet 2022 n'avoir pas eu d'autre choix que de saisir elle-même le tribunal compte tenu de l'état de santé de son époux et transmet un mandat de représentation signé de M. A C le 31 juillet 2022. Mme C a ainsi produit le pouvoir lui donnant qualité pour agir au nom de son époux. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier doit être écartée.

Sur la responsabilité du centre hospitalier :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'entre elles, ordonner, avant-dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues à par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".

5. Le 30 décembre 2021, une cholécystectomie par cœlioscopie a été réalisée au centre hospitalier de Saint-Lô, au cours de laquelle une plaie cholédocienne est survenue, conduisant au transfert de M. C au CHU Caen Normandie pour une nouvelle intervention. Le compte rendu opératoire mentionne l'existence d'un " canal béant de gros calibre avec issue importante de bile " et mentionne une plaie des voies biliaires pour laquelle une nouvelle intervention a été programmée le 6 janvier 2022. L'état du dossier ne permettant au tribunal ni de se prononcer sur la responsabilité éventuellement encourue par le centre hospitalier, ni sur les préjudices en résultant, il y a lieu d'ordonner une expertise aux fins et dans les conditions précisées dans le dispositif du présent jugement.

6. Les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur les conclusions des parties, procédé à une expertise médicale.

Article 2 : L'expert sera désigné par le président du tribunal administratif. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert aura pour mission de :

1°) prendre connaissance du dossier médical de M. C et, notamment, de tous documents relatifs à l'intervention pratiquée en décembre 2021 au centre hospitalier de Saint-Lô ; convoquer et entendre les parties ;

2°) décrire l'état de santé de M. C ayant conduit à son hospitalisation au centre hospitalier et les soins et prescriptions reçus ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement ;

3°) déterminer si les soins diligentés au centre hospitalier de Saint-Lô et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science ; en cas de manquement, déterminer les dommages qui en ont résulté ; dire si les fautes ont fait perdre à l'intéressé une chance d'éviter les dommages et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;

4°) analyser s'il y a eu, lors de la prise en charge de M. C, un accident médical en indiquant si cet événement a entraîné des conséquences anormales au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. Le cas échéant, dire si cet événement a fait perdre à l'intéressé une chance d'éviter des complications et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;

5°) évaluer les différents chefs de préjudices de M. C ; dire si les préjudices subis sont directement imputables aux manquements ou à un accident médical ; comparer les préjudices en lien avec les manquements ou l'accident médical avec ceux qui seraient dans tous les cas intervenus en leur absence ;

6°) rendre un avis sur la relation directe et exclusive entre les débours dont feront état les caisses primaires d'assurance maladie du Calvados et de la Manche, et les manquements relevés à l'encontre du centre hospitalier de Saint-Lô, en distinguant expressément, le cas échéant, ces débours de ceux imputables à l'état initial ou à l'évolution de la pathologie du patient en l'absence de tout manquement ;

7°) donner, de manière générale, toutes les précisions utiles au tribunal afin de lui permettre de se prononcer sur la responsabilité éventuelle du centre hospitalier et sur la mise en œuvre éventuelle de la solidarité nationale au titre d'une infection nosocomiale ou d'un accident médical non fautif, ainsi que sur les préjudices de toute nature en résultant.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. C, Mme C, le centre hospitalier de Saint-Lô, et les caisses primaires d'assurance maladie du Calvados et de la Manche.

Article 5 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception sept jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans son rapport définitif, déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans le délai imparti par l'ordonnance le désignant et notifiera aux parties des copies du rapport dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative.

Article 7 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A C, au centre hospitalier de Saint-Lô, aux caisses primaires d'assurance maladie du Calvados et de la Manche, et à l'expert.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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