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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200254

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200254

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200254
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFABRE & ASSOCIEES, SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 21 novembre 2022, M. C D, représenté par Me Launay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux à lui verser la somme de 34 620,47 euros au titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis lors de sa prise en charge médicale, avec intérêts et capitalisation à compter de la réclamation préalable indemnitaire ;

2°) de condamner le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux aux entiers dépens comprenant les frais d'expertise judiciaire liquidés et taxés à la somme de 1 990,37 euros ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la prise en charge par le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux n'a pas été conforme aux règles de l'art et révèle un manquement à l'obligation d'information du patient ;

- la perte de chance d'éviter les complications post opératoires doit être évaluée à hauteur de 99 % ;

- il est bien fondé à solliciter la somme de 34 620,47 euros en réparation de ses préjudices, dont 3 000 euros au titre du préjudice autonome d'impréparation, 1 396,85 euros au titre des frais divers, 2 862,50 euros de déficit fonctionnel temporaire, 3 500 euros de préjudice esthétique temporaire, 9 000 euros de souffrances endurées, 10 560 euros de déficit fonctionnel permanent, 2 000 euros de préjudice d'agrément et 2 500 euros du préjudice esthétique permanent.

Par un mémoire, enregistré 23 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Calvados, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux à lui verser la somme de 32 771,70 euros au titre de ses débours et subsidiairement la portion de cette somme proportionnelle à la chance perdue de 98 %, avec intérêt au taux légal et capitalisation à compter du 23 décembre 2022, date d'enregistrement du premier mémoire ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux une somme au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion telle qu'elle sera réglementairement fixée au jour de la procédure ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux la somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, compte tenu de la prise en charge médicale de M. D, elle est fondée à solliciter la somme de 32 771,70 euros au titre de ses débours et l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 octobre 2022 et le 6 juillet 2023, le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux, représenté par Me Fabre, conclut au rejet des conclusions tenant à engager la responsabilité de l'établissement pour défaut d'information mais à retenir sa responsabilité pour faute dans la prise en charge médicale de M. D, d'appliquer un taux unique de perte de chance de 98%, de limiter l'indemnisation de M. D à la somme de 17 689 euros et de limiter le remboursement des débours de la CPAM du Calvados à 23 098,76 euros.

Il soutient que :

- le centre hospitalier n'a commis aucun manquement à l'obligation d'information ;

- le taux de perte de chance doit être évalué à 98 % ;

- les conclusions d'indemnisation au titre du défaut d'information doivent être rejetées ;

- un taux de perte de chance de 50 % doit être appliqué au remboursement de frais hospitaliers de la CPAM du Calvados pour l'hospitalisation du 24 avril au 10 mai 2018.

Par une ordonnance du 20 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée 7 juillet 2023.

Vu le rapport de l'expert enregistré le 26 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Garnier-Durand, substituant Me Launay représentant M. D, et de Me Véran, substituant Me Fabre, représentant le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux.

La caisse primaire d'assurance maladie du Calvados n'était pas représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, âgé de 61 ans, souffre d'une coxarthrose bilatérale. Le 20 mars 2013, il a bénéficié d'une arthroplastie de la hanche gauche. Une fracture de l'implant fémoral est intervenue le 23 avril 2018. Le 3 mai 2018, M. D a bénéficié d'une intervention de reprise avec la pause d'une nouvelle prothèse. Suite à des luxations les 15 juillet et 26 juillet 2018, une nouvelle reprise chirurgicale a été nécessaire. Par une ordonnance du 12 avril 2021, le juge des référés du présent tribunal a fait droit à la demande d'expertise médicale. Le rapport d'expertise a été déposé le 26 août 2021. Par une décision implicite du 17 janvier 2022, le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux a rejeté la réclamation préalable de M. D. Par la présente requête, M. D sollicite la condamnation du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux à lui verser la somme de 34 620,47 euros en réparation de ses préjudices. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Calvados demande la condamnation du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux à lui verser la somme de 32 771,70 euros au titre de ses débours.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert du 26 août 2021, que M. D, alors âgé de 61 ans, a été opéré d'une arthroplastie de la hanche gauche au centre hospitalier d'Aunay-Bayeux le 20 mars 2013 avec une pose d'implant à tige modulaire. L'expertise relève, sans que cela ne soit contredit en défense, que la pose a été réalisée avec une hauteur de coupe fémorale non adaptée, que " l'angulation de la tige au sein de la diaphyse fémorale n'était pas conforme au cahier des charges que l'on peut attendre d'une arthroplastie " et que ces défauts de pose ont été l'élément déclencheur de la fracture de fatigue de la métaphyse de la tige modulaire survenue le 23 avril 2018. Il résulte également du rapport d'expert du 26 août 2021 que l'intervention de reprise du 3 mai 2018 présentait une antéversion cumulée des implants de près de 45° ainsi qu'un effet came, responsables des deux luxations subies par M. D les 15 juillet et 26 juillet 2018. Dès lors, le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux a commis une pluralité de fautes, lesquelles ne sont d'ailleurs pas contestées, de nature à engager sa responsabilité en lien direct et certain avec la fracture de fatigue du 23 avril 2018 et les luxations des 15 juillet et 26 juillet 2018 dont M. D a été victime.

En ce qui concerne le défaut d'information :

4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () ". En application de ces dispositions, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. Il appartient aux juges du fond devant lesquels est invoquée la violation de ces dispositions de rechercher dans la littérature médicale si le risque qui est survenu était connu ou s'il se rattache à une catégorie de risque connu, la circonstance qu'il constitue un aléa thérapeutique ne permettant pas par elle-même de conclure à son imprévisibilité.

5. M. D soutient que le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux ne l'a pas informé des risques particuliers relatifs à la prothèse à tige fémorale modulaire choisie par le docteur A par rapport aux risques inhérents à une prothèse monobloc. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise amiable non contradictoire du 17 octobre 2019 du docteur M., que deux articles de la littérature médicale publiés en février et novembre 2013 dans la revue française " Maîtrise orthopédique " ont fait état de controverses sur le sujet des prothèses de hanche à col modulaire et que le premier article évoquait un taux de reprise multiplié par deux par rapport aux implants à col fixe publiés dans les registres australiens en 2014 et 2016. Toutefois, il ressort du rapport de l'expert du 26 août 2021, sans que cela soit utilement contredit, que les recommandations officielles de l'agence nationale de sécurité du médicament ont été éditées en janvier 2018 et que des rapports de la haute autorité de santé en juillet 2018 ont établi que les taux de reprise des tiges Louxor de la société SEM, modèle utilisé pour l'opération de M. D en mars 2013, étaient de 2,3 % pour les cols modulaires contre 1,3 % pour les tiges à col fixe, et ce, plus de cinq ans après l'opération litigieuse. Par conséquent, au regard de l'ensemble de ces éléments, M. D n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux n'aurait pas suffisamment informé M. D des risques particuliers relatifs au choix d'implantation d'une prothèse à tige modulaire plutôt qu'une prothèse à col fixe.

En ce qui concerne la perte de chance :

6. L'expert précise que la perte de chance d'éviter la fracture de fatigue du 23 avril 2018 peut être estimé à 50 %, en tenant compte des risques évalués à 2,3 % de reprise chirurgicale en l'absence de faute. Il y a lieu de retenir une perte de chance d'éviter la fracture de fatigue à 50 % compte tenu des fautes commises. L'expert précise que la perte de chance d'éviter une luxation suite à la reprise du 3 mai 2018 peut être estimée à 98 %, en tenant compte des risques de luxation postopératoire sans faute entre 1 et 3 %. Dès lors, il y a lieu de retenir une perte de chance d'éviter les luxations post opératoires de 98 % en lien avec les fautes commises à compter du 15 juillet 2018.

En ce qui concerne la réparation des préjudices :

7. Eu égard aux conclusions de l'expert, la date de consolidation de l'état de santé de M. D doit être fixée au 20 mai 2019.

8. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice () ".

9. Il résulte de ces dispositions que le juge, saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et d'un recours subrogatoire d'un tiers payeur doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient, ensuite, de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué au tiers payeur.

10. En l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados exerce, sur les réparations dues au titre des préjudices subis par M. D, le recours subrogatoire prévu à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Quant aux préjudices patrimoniaux :

S'agissant du besoin d'assistance par tierce personne :

11. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. D a nécessité, compte tenu du dommage lié à la faute du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux, un besoin d'aide par tierce personne d'une heure par jour pour la période de déficit fonctionnel au taux de 50 % du 11 mai au 22 juin 2018, du 17 juillet au 25 juillet 2018 et du 4 août au 11 septembre 2018. Compte tenu du taux horaire moyen de rémunération des personnes à employer tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche pour la période en cause, et sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, les frais d'assistance par tierce personne doivent être évalués, après application du taux de perte de chance, à la somme de 987 euros.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

12. Il résulte de l'instruction que M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire total sur la période du 24 avril au 10 mai 2018, du 15 juillet au 16 juillet et du 26 juillet au 3 août 2018, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 11 mai au 22 juin, du 17 juillet au 25 juillet et du 4 août au 11 septembre 2018, un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 23 juin au 14 juillet 2018 et du 12 septembre au 20 novembre 2018, et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 % du 21 novembre 2018 au 19 mai 2019. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à la somme de 1 500 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

13. L'expert a évalué les souffrances endurées par M. D, induites par les deux reprises chirurgicales dans le cadre de la rupture de l'implant et des luxations itératives, à 4 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant, après application du taux de perte de chance, la somme de 7 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire et permanent :

14. Dans son rapport, l'expert a évalué le préjudice esthétique temporaire à 3,5 sur une échelle allant de 1 à 7, compte tenu de la nécessité de se déplacer deux fois six semaines en béquilles, et le préjudice esthétique définitif à 2 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant, après application du taux de perte de chance, la somme de 2 300 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

15. Le rapport d'expertise du 26 août 2021 mentionne un taux de déficit fonctionnel permanent de 5 %. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel de M. D compte tenu de son âge à la date de la consolidation de son état de santé en lui allouant, après application du taux de perte de chance, la somme de 5 100 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

16. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise du 26 août 2021, que " même en l'absence de reprise chirurgicale, M. D n'aurait pas pu reprendre ses activités sportives " sur les conseils du chirurgien préalablement à l'opération, ni les activités de bricolage et d'entretien du jardin du fait de la seule reprise chirurgicale. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation de M. D du préjudice d'agrément sont rejetées.

En ce qui concerne les demandes de la CPAM :

17. Par un mémoire enregistré le 23 décembre 2022, la CPAM a sollicité la mise à la charge du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux de la somme de 32 771,70 euros au titre des dépenses de santé. La CPAM produit une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil. Ces débours sont cohérents au regard des périodes concernées et détaillées par le rapport d'expertise. Par suite, il y a lieu d'allouer, après application des taux de perte de chance tels qu'énoncés au point 6 du présent jugement, la somme globale de 23 098,76 euros à la CPAM au titre de ses débours.

Sur les intérêts :

18. Lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

19. La CPAM sollicite que la somme allouée soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2022, date du premier mémoire indemnitaire. Il y a lieu de faire droit à cette demande.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

20. Aux termes de l'article 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 fixe à 115 euros et 1 162 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.

21. En application des dispositions précitées et compte tenu de la somme à allouer à la CPAM, celle-ci a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale pour un montant de 1 162 euros. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge du centre hospitalier.

Sur les frais liés au litige :

22. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

23. Les dépens de l'instance sont constitués des frais et honoraires de l'expertise rendue le 25 août 2021 par le docteur B. Ces frais ont été liquidés et taxés, par ordonnance du 16 septembre 2021, à la somme de 1 658,64 euros non soumise à la TVA. Dans les circonstances de l'espèce, ces frais, sous déduction des allocations provisionnelles si celles-ci ont été versées, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux.

24. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens, le versement à M. D de la somme de 2 500 euros et à la CPAM du Calvados la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux est condamné à verser la somme globale de 16 887 euros à M. D.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux versera la somme de 23 098,76 euros à la CPAM du Calvados, avec intérêts au taux légal à compter du 23 décembre 2022.

Article 3 : Le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux versera à la CPAM la somme de 1 162 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés, par ordonnance du 16 septembre 2021, à la somme de 1 658,64 euros, sous déduction des allocations provisionnelles si celles-ci ont été versées, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier d'Aunay-Bayeux.

Article 5 : Le centre hospitalier d'Aunay-Bayeux versera, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 2 500 euros à M. D et une somme de 1 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados et au centre hospitalier d'Aunay-Bayeux.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLANLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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