vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200387 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | COURREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, Mme B C, représentée par Me Courreau, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur les plus-values et des prélèvements sociaux supplémentaires et des pénalités auxquels elle a été assujettie au titre de l'année 2017 pour un montant de 251 524 euros ;
2°) de prononcer la réduction des cotisations primitives d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 à raison de la plus-value immobilière, à concurrence de 23 625 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
S'agissant de la procédure de rectification :
- elle est irrégulière dès lors que la proposition de rectification est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- elle est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de contester la non prise en compte par l'administration fiscale des 109 m² en rez-de-chaussée de son habitation principale qui aurait justifié une nouvelle proposition de rectification pour lui permettre de faire valoir ses observations.
S'agissant du bien-fondé des impositions :
- les droits relatifs à l'impôt sur la plus-value immobilière auxquels elle a été assujettie sont mal fondés dès lors qu'en vertu des 1° et 3° du II de l'article 150 U du code général des impôts, la plus-value tirée de la cession de sa résidence principale et de ses dépendances immédiates devaient en être exonérées et que l'administration fiscale, pour déterminer l'assiette de l'impôt, a sous-évalué la part exonérée ;
- la domiciliation de son entreprise est sans incidence sur le régime d'exonération de la plus-value de cession de sa résidence principale, comme le prévoient les commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-8M-1-04 n° 7 le 14 janvier 2004 ;
- les droits relatifs à l'impôt sur la plus-value immobilière auxquels elle a été assujettie sont mal fondés dès lors que l'administration fiscale, pour déterminer l'assiette de l'impôt, s'est, d'une part, référée à des valeurs de référence non comparables pour évaluer l'assiette taxable et a adopté, d'autre part, une méthode d'évaluation ne prenant pas en compte le caractère atypique de l'opération immobilière concernée qui imposait de prendre en références des ventes d'immeubles entiers et de terrains à bâtir pour valoriser la surface de la cour et des garages au profit de la part exonérée en tant que dépendance de la résidence principale ;
- les droits relatifs à l'impôt sur la plus-value immobilière auxquels elle a été assujettie sont mal fondés dès lors que l'administration fiscale a commis une erreur en ne valorisant pas la cour alors que, bien qu'elle n'a pas été vendue comme terrain à bâtir, elle offre le potentiel de construction et a une valeur intrinsèque qui justifie le prix de vente élevé, tout en demeurant nécessairement indissociable de sa résidence principale dès lors qu'il est établi qu'elle en avait seule la jouissance et qu'aux termes de l'acte de vente la cour et les garages sont une dépendance de sa résidence principale ;
- les paragraphes 30 et 340 des commentaires administratifs publiés au BOFiP-Impots sous la référence BOI-RFPI-PVI-10-40-10 exonèrent d'imposition sur les plus-values immobilières la cession des dépendances immédiates et nécessaires de la résidence principale dont la cession est exonérée, même lorsqu'elle porte sur des terrains à bâtir lorsque les dépendances en cause constituent une annexe à l'habitation ;
- l'acte de cession sous-évalue la partie des biens cédés correspondants à sa résidence principale et ses dépendances.
S'agissant des pénalités :
- l'administration n'est pas fondée à appliquer des pénalités de 40 % dès lors que, s'agissant d'une opération complexe, il n'y a pas eu volonté de minorer l'impôt ;
- si les impositions supplémentaires devaient être maintenues, l'administration ne pourrait en tout état de cause appliquer des pénalités de plus de 10 %.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais ;
- les conclusions de M. A ;
- et les observations de Me Courreau, avocate de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a vendu le 30 juillet 2017 un bien immobilier situé à Deauville (Calvados) qu'elle occupait partiellement à titre de résidence principale, pour le prix de 2 450 000 euros. L'acte de vente a évalué la fraction de ce prix exonérée de droits sur la plus-value au titre de la cession de la résidence principale à 2 050 000 euros, et l'autre fraction du prix, à 400 000 euros. Par une proposition de rectification du 23 avril 2019, l'administration fiscale a informé Mme C de ce qu'elle envisageait de l'assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 ainsi qu'à des intérêts de retard et pénalités à raison de la remise en cause de la ventilation du prix entre sa fraction exonérée de droits de plus-value et celle non-exonérée, la première devant être évaluée à 1 100 000 euros et la seconde, à 1 350 000 euros. Mme C demande la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des impositions supplémentaires mises à sa charge à l'issue de cette procédure.
Sur les impositions supplémentaires :
2. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques (), lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. / () / II. Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession () / 3° Qui constituent les dépendances immédiates et nécessaires des biens mentionnés aux 1° et 2°, à la condition que leur cession intervienne simultanément avec celle desdits immeubles ".
3. D'une part, pour fixer le montant de la plus-value exonérée de droits en application des dispositions précitées, l'administration a retenu que la valeur de la résidence principale de Mme C, d'une surface bâtie de 207 m2, devait être fixée par référence au prix moyen par m2 tel qu'il ressort de trois transactions intervenues entre 2016 et 2017, portant sur des maisons d'une superficie comprise entre 160 et 172 m2. D'autre part, pour fixer le montant de la plus-value non-exonérée, l'administration fiscale a retenu que la valeur de la partie en cause, composée d'un local commercial de 114 m2 et de quatre appartements loués d'une surface totale de 208 m2, devait être fixée par référence, s'agissant du local commercial, au prix moyen par m2 tel qu'il ressort de trois transactions intervenues entre 2016 et 2017, portant sur des commerces situés en centre-ville et de la prise en compte d'un abattement de 30 % tenant compte de ce que le bien cédé par Mme C était occupé, et, s'agissant des appartements, par référence au prix moyen par m2 tel qu'il ressort de six transactions intervenues entre 2015 et 2016, portant sur des appartements libres d'occupation.
4. De première part toutefois, il est constant que la résidence principale de Mme C se situait dans l'ensemble immobilier cédé. Il résulte en outre de l'instruction que, à tout le moins depuis le départ en 2012 de la société Sotredis des locaux qu'elle occupait au rez-de-chaussée de l'immeuble, Mme C jouissait de manière exclusive de l'accès à la cour et aux garages qu'elle desservait, accessibles directement depuis son habitation principale, les autres occupants de l'immeuble ne pouvant matériellement pas y accéder. Dès lors, la cour et les garages devaient être regardés comme les dépendances immédiates et nécessaires de la résidence principale de Mme C au sens de l'article 150 U du code général des impôts. Il résulte en outre de l'instruction que les dépendances, d'une emprise au sol de l'ordre de 800 m², offraient un potentiel de constructibilité très important, puisqu'un immeuble de dix-huit logements a été érigé sur leur emplacement postérieurement à leur cession. Il s'ensuit que l'administration ne pouvait valablement, comme elle l'a fait, déterminer la valeur de la résidence principale de Mme C par comparaison avec des biens ne comportant pas de potentiel de constructibilité. De deuxième part, il est constant que l'administration fiscale a surévalué la superficie de la partie soumise aux droits de plus-value de cession immobilière d'environ 85 m2. De troisième part, l'administration ne pouvait en tout état de cause valablement évaluer le local de commerce cédé par comparaison avec des biens situés dans des zones plus fréquentées, offrant par conséquent un potentiel commercial significativement supérieur. De quatrième part, il résulte de l'instruction que les appartements cédés par Mme C présentaient un état d'extrême vétusté, dont il n'est pas établi qu'elle aurait été prise en compte dans le choix des termes de comparaison retenus par l'administration. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C aurait ventilé de manière erronée le prix de cession entre sa partie exonérée de droits de plus-value et celle non-exonérée.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017.
Sur les impositions primitives :
6. Il résulte des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales que, lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement, le contribuable supporte la charge de la preuve du caractère exagérée de cette imposition.
7. Si Mme C soutient que l'acte de cession de son bien a fait une évaluation insuffisante de la fraction du prix de vente exonérée de droits de plus-value et se prévaut à cet effet de l'évaluation telle qu'elle ressort d'un rapport établi à sa demande par un expert foncier postérieurement à la cession, cette évaluation ne repose pas sur une ventilation du prix de vente significativement différente de celle déclarée dans l'acte de cession. Par suite, Mme C ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère exagéré des impositions primitives mises à sa charge.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à la réduction des cotisations primitives à laquelle Mme C a été assujettie au titre de l'année 2017 doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est déchargée, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017 pour un montant de 251 524 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : L'État versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
Le président,
Signé
A. MARCHANDLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026