jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200528 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 mars 2022 et le 10 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) du 37 rue du Dauphin demande au tribunal de réduire les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 à raison des locaux situés à Honfleur (Calvados).
Elle soutient que :
- selon l'article 1494 du code général des impôts la valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée selon les règles définies aux articles 1495 et suivants du code général des impôts pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte, elle a loué le bien concerné pour un usage mixte de commerce en rez-de-chaussée et d'habitation aux étages ;
- il n'appartient pas au preneur de changer l'affectation des locaux loués, en l'absence d'autorisation du bailleur et de non opposition en mairie, l'affectation à prendre en compte s'agissant des locaux loués au 37 rue du Dauphin à Honfleur est celle prévue au contrat de bail,
- si le preneur pour les années en litige a déclaré avoir un usage commercial des étages pour en réalité ne pas être redevable de la taxe d'habitation, cet usage commercial, incompatible avec la configuration des lieux, n'est pas établi.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 septembre 2022 et 26 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Pillais, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Pillais, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 décembre 2024 à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI du 37 rue du Dauphin est propriétaire d'un immeuble de trois étages à usage commercial et d'habitation pris à bail par une société exploitant un fonds de commerce de charcuterie. Le gérant de la société preneuse a contesté le bien fondé des cotisations de taxe d'habitation auxquelles il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020 pour le logement situé aux étages de l'immeuble qu'il a déclaré utiliser dans le cadre de son activité professionnelle et non plus à titre d'habitation, en justifiant d'un domicile à l'extérieur. L'administration fiscale a rectifié l'évaluation des étages pour prendre en compte l'évolution de l'affectation des locaux d'un usage d'habitation à un usage commercial. La SCI du 37 rue du Dauphin a été destinataire de deux avis de taxes foncières supplémentaires dans les rôles de la commune de Honfleur l'un pour l'année 2020, l'autre pour l'année 2021 procédant à la rectification du calcul du montant des taxes auxquelles elle était assujettie. Par la présente requête, elle demande la réduction des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie pour les années 2020 et 2021.
2. D'une part, aux termes de l'article 1415 du code général des impôts dans sa version applicable à l'espèce : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". D'autre part, aux termes de l'article 1494 du même code dans sa version applicable à l'espèce : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe d'habitation ou d'une taxe annexe établie sur les mêmes bases est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte". Aux termes de l'article 1495 du même code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation. () ". Aux termes de l'article 324 A de l'annexe III du code général des impôts : " Pour l'application de l'article 1494 du code général des impôts on entend : 1° Par propriété normalement destinée à une utilisation distincte : a. En ce qui concerne les biens autres que les établissements industriels l'ensemble des sols terrains et bâtiments qui font partie du même groupement topographique et sont normalement destinés à être utilisés par un même occupant en raison de leur agencement ; b. En ce qui concerne les établissements industriels l'ensemble des sols terrains bâtiments et installations qui concourent à une même exploitation et font partie du même groupement topographique.2° Par fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte lorsqu'ils sont situés dans un immeuble collectif ou un ensemble immobilier : a. Le local normalement destiné à raison de son agencement à être utilisé par un même occupant ; b. L'établissement industriel dont les éléments concourent à une même exploitation. / Est également considéré comme une fraction de propriété l'ensemble des sols terrains bâtiments et parties de bâtiment réservés à l'usage commun des occupants. L'immeuble collectif s'entend de toute propriété bâtie normalement aménagée pour recevoir au moins deux occupants ".
3. Il résulte des dispositions des articles 1494 et 1495 du code général des impôts ainsi que de l'article 324 A de l'annexe III au même code que les parties d'un ensemble immobilier constituent des "fractions de propriété normalement destinées à une utilisation distincte" au sens de l'article 1494 du code général des impôts lorsqu'elles sont susceptibles de faire l'objet chacune d'une utilisation distincte par un même occupant.
4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a révisé le montant des taxes foncières exigées de la SCI du 37 rue du Dauphin, au regard de l'usage fait des diverses fractions de l'immeuble concerné au 1er janvier de chacune des années d'impositions en litige. La circonstance que cet usage aurait différé de ce qui était prévu au bail mixte, conclu par la SCI du 37 rue du Dauphin avec le preneur, est sans incidence sur l'évaluation de la valeur locative appliquée par l'administration fiscale dès lors que celle-ci s'est appuyée sur l'usage déclaré des fractions de l'immeuble par son preneur, qui a démontré que son domicile était ailleurs, sans que la société requérante n'ait établi que l'usage commercial déclaré de toutes les fractions de l'immeuble au 1er janvier de chacune des années d'imposition en litige était inexact. Il s'ensuit que la SCI du 37 rue du Dauphin n'est pas fondée à contester le bienfondé des impositions contestées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI du 37 rue du Dauphin est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière du 37 rue du Dauphin et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. PILLAIS
Le greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
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