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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200575

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200575

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200575
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantCOULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2022 et le 15 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Coulaud, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 7 janvier 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Manche a rejeté son recours préalable formé le 10 novembre 2021 contre la décision du 9 septembre 2021 lui notifiant un trop-perçu de 5 072,65 euros correspondant, notamment, à un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 2 846 euros pour la période du 1er mars 2020 au 31 décembre 2020 et à deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 200 euros chacun au titre des mois de mai 2020 et novembre 2020, ensemble la décision de la caisse d'allocations familiales de la Manche du 9 septembre 2021 ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la dette dans sa totalité ou, à tout le moins, à la somme de 1 053,80 euros ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Manche la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 7 janvier 2022 de la commission de recours amiable méconnaît les exigences posées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; la commission a omis de statuer sur l'obligation de restituer les allocations de logement familiale de mars à septembre 2020 et l'aide exceptionnelle de solidarité de mai 2020 et n'a, en tout état de cause, pas suffisamment motivé sa décision, en particulier sur la dation en paiement ; en outre, la décision de la commission n'est pas motivée sur la qualification de concubinage et sur son commencement ;

- la décision est entachée d'inexactitudes matérielles des faits ; elle n'occupait pas la maison achetée par M. B ; de plus, elle a payé son loyer par dation en paiement de ses biens mobiliers ; enfin, elle n'était pas en couple avec M. B de mars 2020 à fin août 2020 ;

- l'indu d'allocation de logement familial est infondé dès lors qu'elle a réglé le paiement du loyer de mars 2020 à décembre 2020 par la voie de la dation en paiement ;

- c'est à tort que la caisse d'allocations familiales a estimé qu'ils remplissaient, à partir du mois d'août 2020 et jusqu'en décembre 2020, les conditions de stabilité et de continuité qui permettent de définir le concubinage ;

- elle pouvait prétendre aux aides exceptionnelles qui lui ont été versées ;

- elle n'a pas commis de fraude ;

- elle est de bonne foi et en situation financière précaire.

Par un mémoire enregistré le 19 août 2022, la caisse d'allocations familiales de la Manche conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le pôle social du tribunal judiciaire est compétent pour statuer en matière d'allocations familiales ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- et les observations de Me Coulaud, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant sur la nécessité de ne pas tenir compte de l'attestation de la mutuelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle du dossier de Mme A C, la caisse d'allocations familiales de la Manche a considéré qu'elle vivait en concubinage avec M. B depuis le 1er août 2020 et qu'elle ne payait plus ses loyers depuis le 1er mars 2020. Par décision du 9 septembre 2021, l'organisme lui a notifié un indu d'un montant global de 5 072,65 euros correspondant à un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 2 846 euros pour la période du 1er mars 2020 au 31 décembre 2020, un indu d'allocations familiales d'un montant de 1 826,65 euros pour la période du 1er août 2020 au 31 décembre 2020 et deux indus d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 200 euros chacun au titre des mois de mai 2020 et novembre 2020. Par courrier du 10 novembre 2021, Mme C a contesté cette décision auprès de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales. Par décision du 11 janvier 2022, la caisse d'allocations familiales de la Manche, après avis de la commission de recours amiable rendu le 7 janvier 2022, a rejeté son recours. Par la présente requête, Mme C conteste cette décision en ce qu'elle a rejeté son recours concernant les allocations de logement familiales et les aides exceptionnelles de solidarité.

En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement familiale :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de logement familiale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre, notamment, de la prime d'activité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu ni de répondre à l'ensemble des arguments de l'allocataire formulés dans son recours administratif préalable. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, prise sur recours administratif, que celle-ci comporte l'ensemble des éléments devant obligatoirement y figurer et précise, par ailleurs, les faits relevés par le contrôleur assermenté le 23 mars 2021. La circonstance que la décision ne se prononce pas sur la dation en paiement dont faisait état Mme C dans son recours administratif ni ne détaille les faits l'ayant conduit à retenir une situation de concubinage ne saurait faire regarder la décision comme étant insuffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale ; / b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / () " et aux termes de l'article L. 822-3 du même code : " Les aides personnelles au logement ne sont pas dues aux personnes locataires d'un logement dont elles-mêmes, leurs conjoints ou l'un de leurs ascendants ou descendants, jouissent d'une part de la propriété ou de l'usufruit, personnellement ou par l'intermédiaire de parts sociales de sociétés, quels que soient leurs formes et leurs objets. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice des aides personnelles au logement, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, ce dernier étant la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

6. Mme C soutient qu'elle ne vit pas en concubinage avec M. B depuis mars 2020 mais seulement depuis la signature du pacte civil de solidarité le 29 décembre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Manche ayant retenu un début de vie en concubinage au 1er août 2020. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête établi le 26 juillet 2021 par un agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales de la Manche, que Mme C a cessé de verser le montant de son loyer à M. B, propriétaire du logement, à compter de mars 2020, que M. B, qui habitait à Boulogne-Billancourt, a trouvé un nouvel emploi à Caen à compter de juillet 2020 et que Mme C est rattachée à la mutuelle d'entreprise de M. B en tant que concubine depuis septembre 2020 sur le fondement d'une attestation de concubinage à compter du 1er août 2020. En outre, Mme C a indiqué, sur le formulaire du 23 mars 2021 reprenant la procédure contradictoire préalable, être d'accord avec les constats issus du contrôle, en particulier la vie commune avec M. B depuis août 2020 et l'absence de loyer après le mois de février 2020, la requérante ayant précisé que le dernier paiement de loyer en février était d'un montant de 316 euros. En outre, dans une attestation du 29 mars 2021, M. B fait état de la situation de Mme C, en cours de procédure de divorce, en indiquant qu'en septembre 2020, le rapprochement sous un même toit depuis deux mois et l'intention de confirmer ce rapprochement dès que la situation d'état civil de l'intéressée le permettrait l'a conduit à chercher à la protéger avec sa mutuelle. Les explications de Mme C et les pièces produites ne sauraient suffire pour remettre en cause les constatations de l'agent de contrôle et l'appréciation de la caisse d'allocations familiales qui a retenu une vie en concubinage à compter du 1er août 2020, soit cinq mois avant la conclusion du pacte civil de solidarité. Au vu de l'ensemble de ces éléments, qui constituent un faisceau d'indices concordants, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de la Manche a procédé à la régularisation des droits de Mme C en retenant l'existence d'une vie en concubinage, à compter du 1er août 2020, avec M. B, propriétaire du logement occupé par la requérante.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 822-5 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ne sont dues qu'aux personnes payant un minimum de loyer () ".

8. Mme C fait valoir qu'elle s'est acquittée de son loyer de mars 2020 à décembre 2020 par la voie de la dation en paiement de biens mobiliers à la suite d'un accord conclu avec M. B, à qui était versé directement l'allocation logement familiale d'un montant de 284 euros, la somme mensuelle de 316 euros restant à la charge de la requérante. Mme C produit une liste détaillant les meubles qui auraient fait l'objet de la dation en paiement, et consistant en un tracteur, valorisé à 760 euros, une tondeuse, valorisée à 1 400 euros, un buffet de chasse et un piano droit, d'une valeur de 200 euros chacun, et une table de salon et dix chaises, d'une valeur de 600 euros, soit un montant total de 3 160 euros correspondant strictement au montant total des loyers dus par Mme C à M. B pour la période allant de mars à décembre 2020 inclus. Toutefois, ces biens, dont a hérité la requérante et qui sont, pour la plupart, des meubles meublant la maison du couple, ne peuvent être regardés comme ayant compensé le non-paiement des loyers par Mme B au cours de la période précitée. Dans ces conditions, et en tout état de cause, Mme C n'est pas fondée à invoquer l'existence d'une dation en paiement pour contester le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement sur la période de mars à août 2020.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision d'indu en tant qu'elle concerne l'allocation de logement familiale doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :

10. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : () / 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnés à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation susvisé ; () II. - Une seule aide est due par foyer ". Aux termes de termes de l'article 1er du décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul () ".

11. Il résulte de l'instruction que Mme C ne pouvait bénéficier de l'aide au logement au titre des mois d'avril ou mai 2020 ni au titre des mois de septembre ou octobre 2020. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'annulation des deux décisions portant sur l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité au titre de mai 2020 et novembre 2020.

Sur la remise gracieuse :

12. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

13. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

14. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C, qui vit en couple avec M. B, serait dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait rembourser l'indu d'allocation logement familiale d'un montant de 2 846 euros ainsi que les indus d'aides exceptionnelles de solidarité d'un montant total de 400 euros. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de cette demande ni sur la condition tenant à la bonne foi de l'allocataire, la demande de remise gracieuse doit être rejetée, la requérante pouvant, par ailleurs, si elle s'y croit fondée, solliciter un échelonnement pour le remboursement de sa dette.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Manche une somme au titre des frais exposés par la requérante pour la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à la caisse d'allocations familiales de la Manche et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

A. GODEY

La République mande et ordonne ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

A. Godey

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