vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200629 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mars 2022 et 16 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Macé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-James a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Saint-James de la réintégrer dans les effectifs de cet établissement et de rétablir sa carrière ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-James la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens ;
Elle soutient que :
- la décision attaquée constitue une sanction déguisée ; elle est entachée d'un détournement de procédure dès lors qu'en prononçant un licenciement pour insuffisance professionnelle, elle a été privée des garanties prévues avant le prononcé d'une sanction disciplinaire ;
- elle méconnaît le principe " non bis in idem " ; certains des faits qui lui sont reprochés au titre de l'insuffisance professionnelle ont donné lieu à un avertissement au cours d'un entretien le 18 mai 2020 ; les faits antérieurs à cette date ne peuvent pas être retenus pour justifier un licenciement ;
- aucune insuffisance professionnelle ne peut lui être reprochée.
Par des mémoires, enregistrés les 18 août 2022 et 5 janvier 2023, le centre hospitalier de Saint-James, représenté par la SARL Juriadis, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Créantor,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Macé, représentant la requérante, et de Me Châles, représentant le centre hospitalier de Saint-James.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, recrutée le 15 août 2016 par le centre hospitalier de Saint-James en qualité de cadre de santé paramédical titulaire, a été affectée au service soins de suite et de réadaptation de cet établissement. A la suite d'une enquête administrative diligentée par le centre hospitalier de Saint-James, le directeur de l'établissement a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle par la décision attaquée du 10 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 9 janvier 1986, en vigueur jusqu'au 1er mars 2022 : " Hormis le cas d'abandon de poste et le cas prévu à l'article 62, les fonctionnaires ne peuvent être licenciés que pour insuffisance professionnelle. Le fonctionnaire qui fait preuve d'insuffisance professionnelle peut soit être admis à faire valoir ses droits à la retraite, soit être licencié. La décision est prise par l'autorité investie du pouvoir de nomination après observation de la procédure prévue en matière disciplinaire ".
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que le directeur du centre hospitalier de Saint-James a estimé que Mme B présentait des insuffisances professionnelles tenant à la mauvaise gestion des plannings des membres de son équipe et à un " comportement délétère et un management rigide et abrupt, à l'origine d'importantes difficultés relationnelles tant avec ses supérieurs hiérarchiques, ses collègues qu'avec ses équipes " de nature à affecter l'organisation du service, tant pour l'équipe de celle-ci que pour la prise en charge des patients. Il ressort des pièces du dossier que lors d'un entretien qui s'est tenu le 18 mai 2020, Mme B a été informée par sa hiérarchie de ce que six agents du service soins de suite et de réadaptation et la cadre coordinatrice avaient fait état d'une ambiance pesante et de suspicion dans le service, d'une attitude agressive de la part de Mme B envers les agents et d'un sentiment de favoritisme à l'égard de certaines personnes. Il lui a été demandé à l'issue de cet entretien d'adopter un bon positionnement managérial et de changer de comportement auprès des équipes. Si Mme B soutient que ces reproches n'ont jamais figuré dans ses fiches de notation, il ressort des pièces du dossier que sa fiche de notation pour 2020 lui a fixé notamment comme objectif de réajuster sa posture, parfois inadaptée vis-à-vis des professionnels et de mettre en place un management participatif et bienveillant. La circonstance que Mme B aurait eu, par ailleurs, de bonnes appréciations dans ses évaluations entre 2015 et 2020, sa note ayant atteint 21,25/20 en 2020, n'est pas incompatible avec les motifs de la décision attaquée dès lors que les carences reprochées à Mme B dans l'exercice de ses fonctions sont davantage d'ordre comportemental que technique. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'à la suite des nombreux signalements, le centre hospitalier a diligenté une enquête administrative qui a confirmé au terme d'un rapport, dont la rigueur et l'impartialité n'ont pas été utilement critiquées, un climat délétère au sein de l'équipe, le rapport évoquant par ailleurs une désorganisation du service, des conflits et des départs de professionnels, créant des difficultés quotidiennes dans le fonctionnement du service. Si Mme B conteste l'ensemble des faits mentionnés dans la décision attaquée qu'elle regarde comme de faux reproches intentionnellement cumulés par le centre hospitalier pour identifier artificiellement des manquements pouvant lui être reprochés, l'appréciation portée par le directeur du centre hospitalier de Saint-James sur son aptitude professionnelle repose sur des témoignages et des constatations précises et étayées des membres de l'équipe du service de soins de suite et de réadaptation, et notamment d'agents, aides-soignants et infirmiers diplômés, relatives aux défaillances professionnelles de l'intéressée. Ces faits sont corroborés par l'avis circonstancié rendu le 2 décembre 2021 par le conseil de discipline, consulté dans le cadre de la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle, qui indique que son comportement a été à l'origine de difficultés organisationnelles et d'une souffrance au travail exprimée par trois de ses collègues. Enfin, les carences reprochées à Mme B présentent un caractère répété, sans perspective d'amélioration malgré les remarques qui lui ont été faites. Elles doivent être regardées comme ayant dégradé les conditions de travail de l'équipe, et révèlent ainsi l'inaptitude de Mme B à exercer les fonctions de cadre de santé qui lui ont été confiées, et par suite à justifier son licenciement pour insuffisance professionnelle. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
4. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été indiqué au point 3, il ne ressort pas des pièces du dossier que le licenciement de Mme B constituerait une sanction déguisée et procèderait d'un détournement de procédure. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits sur lesquels se fonde la décision attaquée auraient donné lieu à un avertissement à l'encontre de la requérante. En outre, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4, que le licenciement de Mme B pour insuffisance professionnelle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire. Mme B n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'elle aurait été sanctionnée deux fois à raison des mêmes faits. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe Non bis in idem doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Saint-James a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Saint-James, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 800 euros à verser au centre hospitalier de Saint-James au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera au centre hospitalier de Saint-James une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au centre hospitalier de Saint-James.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Sénécal, première conseillère,
- Mme Créantor, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.
La rapporteure,
Signé
V. CREANTOR
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026