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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200670

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200670

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200670
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantSCP DOUCERAIN-EUDE-SEBIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 24 mars 2022, M. A C, représenté par la SCP Doucerain-Eude-Sebire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions de retrait de points qu'elle récapitule ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer le capital du solde de son permis de conduire à hauteur de douze points ou, à titre subsidiaire, de l'affecter d'un capital de trois points ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision en litige est irrégulière, dès lors qu'elle a été notifiée postérieurement à la réalisation d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 4 et 5 février 2022 ;

- les décisions de retrait de points sur lesquelles se fonde la décision en litige ont été adoptées à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a jamais reçu l'information exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 février 2022, dont le requérant demande l'annulation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation du permis de conduire de M. A C pour solde de points nul en raison de retraits de points consécutifs à des infractions routières commises entre le 8 octobre 2018 et le 12 novembre 2020.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route, dans sa rédaction issue de la loi du 5 mars 2007 : " () / Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. () ". Aux termes de l'article R. 223-8 du même code : " I.- Le titulaire de l'agrément prévu au II de l'article R. 213-2 délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci. / II.- L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. / III.- Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage () ".

3. D'une part, les décisions portant retrait de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité du permis pour solde de points nuls, ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Tant que le retrait de l'ensemble des points du permis ne lui a pas été rendu opposable, l'intéressé peut prétendre au bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 223-6 du code de la route prévoyant des reconstitutions de points lorsque le titulaire du permis a accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière ou qu'il n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points pendant une certaine période.

4. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'une contestation portant sur un retrait de points du permis de conduire, lequel constitue une sanction que l'administration inflige à un administré, de se prononcer sur cette contestation comme juge de plein contentieux. Il en va de même lorsque le juge est saisi d'un recours contre une décision constatant la perte de validité d'un permis de conduire pour solde de points nul. Dans le cas où il apparaît que le solde des points était nul à la date à laquelle une telle décision est intervenue mais que, faute pour l'administration de l'avoir rendue opposable en la notifiant à l'intéressé, celui-ci a pu ultérieurement remplir les conditions pour bénéficier d'une reconstitution totale ou partielle de son capital de points, il appartient au juge de prononcer l'annulation de ladite décision.

5. Il résulte de l'instruction que M. C a réalisé un stage de sensibilisation les 4 et 5 février 2022, pour lequel une attestation de suivi lui a été délivrée le dernier jour de ce stage. Le capital de points du permis de conduire du requérant devait donc être affecté de quatre points à compter du 6 février 2022. Ainsi, le solde devait être porté à cinq points sur douze à compter de cette date. Le retrait de deux points prononcé par la décision du 11 février 2022 aurait dû ramener le solde du permis de conduire à trois points sur douze. Dès lors, en prononçant l'invalidation du permis de conduire du requérant, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'erreur de droit. Par suite, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 février 2022 en tant qu'elle prononce l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul.

En ce qui concerne les infractions relevées le 12 septembre 2019, le 8 octobre 2020 et le 12 novembre 2020 :

6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Cette information revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme duquel le retrait de points est décidé.

7. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issues d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19 issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issues d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme à ces dispositions, dont la mise en œuvre a été généralisée à l'occasion d'une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Par ailleurs, la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention " N/A " possède également la même valeur probante durant toute la période d'application des règles sanitaires alors applicables pour lutter contre la covid-19, dès lors qu'elle permet d'attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations, sans qu'il ait eu à apposer sa signature sur le document.

9. Pour contester la légalité des retraits de points consécutifs aux infractions des 12 septembre 2019, 8 octobre 2020 et 12 novembre 2020, le requérant soutient qu'il n'a pas reçu l'information préalable exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces infractions ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique d'infraction dressé après interception du véhicule. Les procès-verbaux ainsi établis comportaient l'ensemble des informations devant être portées à la connaissance de la personne verbalisée. En outre, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que l'absence de signature, par le requérant, du procès-verbal électronique ne le prive pas de force probante dès lors que la mention " refus de signer " a été inscrite par l'agent verbalisateur en bas de ce document. Si les procès-verbaux électroniques dressés les 8 octobre et 12 novembre 2020 ne comportent pas la signature du requérant, ils ont été établis dans le respect des règles sanitaires visant à lutter contre l'épidémie de Covid-19 et présentent la mention " N/A " pour " non-apposée ", qui a la même valeur probante que la mention " refus de signer ". Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne les infractions relevées le 8 octobre 2018 et le 27 août 2019 :

10. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation. Cette condition est également remplie lorsque la condamnation intervient selon la procédure simplifiée régie par les articles 524 et suivants du code de procédure pénale, qui permettent au juge de statuer sans débat préalable sur une contravention de police, mais qui réservent la possibilité, pour le prévenu, de former opposition à l'ordonnance pénale ainsi prononcée et d'obtenir que l'affaire soit portée à l'audience du tribunal de police ou de la juridiction de proximité dans les formes de la procédure ordinaire.

11. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire du requérant, que l'infraction relevée à son encontre le 8 octobre 2018 a donné lieu à une condamnation pénale prononcée par le tribunal de police d'Evreux le 27 novembre 2018. L'infraction relevée le 27 août 2019 a donné lieu à une condamnation pénale prononcée par le tribunal de police de Lisieux le 7 décembre 2020. Ainsi, M. C, qui a été mis à même de contester les éléments de fait et de droit relatifs à ces infractions devant le juge pénal, et qui n'établit pas avoir contesté les décisions rendues par ce juge, n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie substantielle en raison de l'absence de l'information exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction relevée le 14 novembre 2019 :

12. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettent le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

13. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation de paiement établie par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes le 20 avril 2022, que M. C a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 14 novembre 2019. Alors que le requérant ne produit pas d'éléments de nature à mettre en doute l'exactitude des informations contenues dans ce document ou à établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre, ou qu'il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact, il découle de ces seules constatations que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points intervenu à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 11 février 2022 en tant qu'elle prononce l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration procède à la reconstitution du capital de points de M. C, en tenant compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 4 et 5 février 2022. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de procéder à la reconstitution du capital de points du requérant, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée 48 SI du 11 février 2022 est annulée en tant qu'elle prononce l'invalidation du permis de conduire de M. C.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir le capital de points du permis de conduire de M. C en tenant compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière suivi les 4 et 5 février 2022 et ce, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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