vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200745 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 30 juillet 2022, 22 août 2022 et 24 octobre 2022, la société anonyme Assurances du Crédit Mutuel IARD, représentée par la SCP ST Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 085,87 euros en réparation des dommages occasionnés, le 11 janvier 2020, à l'agence bancaire A crédit Mutuel située rue Lécuyer à Caen, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 décembre 2021 avec capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir dès lors qu'elle bénéficie de la subrogation légale instaurée par les dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée dès lors que les dégradations des vitres de la devanture de l'agence bancaire de son assurée ont été commises au cours d'une manifestation avec usage de la force ouverte et présentent un caractère délictuel ; les dégradations n'ont pas été le fait d'un groupe organisé constitué dans le seul but de les commettre et ne sont pas constitutives de délits commis par les attroupements ou rassemblements, elles engagent la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- la devanture de l'agence de son assurée a été dégradée au cours de la manifestation du 11 janvier 2020 et par des participants à la manifestation ;
- le lien de causalité est suffisamment établi ;
- elle justifie suffisamment de ses préjudices, évalués par un tableau d'expertise à 3 625,87 euros, auxquels il convient d'ajouter les frais de cette expertise de 420 euros.
- l'indemnité versée à son assurée ne constitue pas une libéralité dès lors qu'elle est prévue par le contrat d'assurance les liant.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 juin 2022 et le 8 septembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée en l'absence de lien suffisant entre les faits et les préjudices allégués ;
- à titre subsidiaire, l'indemnisation effectuée par la requérante constitue une libéralité ;
- à titre infiniment subsidiaire, il y a lieu de ramener le montant de l'indemnité demandée aux seules vitres cassées et aux honoraires de l'expert.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 11 janvier 2020, une manifestation des " gilets jaunes " s'est déroulée à Caen. Par une lettre adressée au préfet du Calvados et réceptionnée le 20 décembre 2021, la société Assurances du Crédit mutuel IARD (ACM IARD), assureur du crédit mutuel, a sollicité l'engagement de la responsabilité de l'Etat à hauteur de 3 625,87 euros au titre des préjudices matériels subis par son assurée, la caisse de crédit mutuel Caen-Ecuyère, dite A crédit mutuel, située 10 rue Ecuyère à Caen lors du passage de la manifestation du 11 janvier 2020, et de 420 euros au titre des frais d'honoraires de l'expertise. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur cette demande. Par sa requête, la société ACM IARD, subrogée dans les droits de son assurée à concurrence de l'indemnité versée, demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 4 045,87 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal avec capitalisation.
Sur le principe de la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés.
3. En l'espèce, si la plainte déposée par M. A au nom de la caisse de crédit mutuel Caen-Ecuyère le 21 janvier 2020 pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui mentionne qu'ils ont été commis lors de la manifestation du 11 janvier 2020 et qu' " il a été constaté que deux vitres avaient été brisées lors du passage de la manifestation des gilets jaunes ", il est constant qu'aucun témoin des dégradations de l'agence n'a été identifié et que le plaignant n'a fait état d'aucun élément susceptible d'orienter l'enquête sur les faits allégués. Il résulte de l'expertise du 3 avril 2020 et de la photo produite à l'instance que la devanture de l'agence bancaire a subi des dégradations matérielles, les vitrages feuilletés ayant été brisés, le lettrage publicitaire endommagé et des graffitis inscrits. Toutefois, comme le soutient le préfet du Calvados en défense, le jour et l'heure où les dégradations ont eu lieu sur la devanture de l'agence bancaire ne peuvent être déterminés avec certitude, la déclaration d'assurance ayant été réalisée le 14 janvier 2020 et le dépôt de plainte ayant été effectué le 21 janvier 2020. Enfin, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le cortège de manifestants a traversé la rue Ecuyère dans le cadre de la manifestation du 11 janvier 2020, ni que cette manifestation a revêtu un caractère violent avec des heurts et dégradations constatés dans la journée. Au surplus, si l'expert qualifie la nature de sinistre en " émeute - mouvement populaire " dans la convocation à l'expertise et en entête du tableau des dommages, ce document n'établit aucunement que le sinistre est consécutif à la manifestation des gilets jaunes du 11 janvier 2020. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que les dégradations subies par l'agence bancaire ont été perpétrées lors de cette journée de manifestation des gilets jaunes du 11 janvier 2020 ni dans le prolongement direct de la manifestation. Par suite, le lien de causalité direct et certain entre le préjudice subi et la manifestation des gilets jaunes du 11 janvier 2020 ne peut être regardé comme établi.
4. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société ACM IARD doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société ACM IARD est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Assurances du Crédit Mutuel IARD et au préfet du Calvados.
Copie sera transmise au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026